ALGÉRIE
11/01/2019 13h:56 CET | Actualisé 11/01/2019 13h:58 CET

L'augmentation du nombre de divorce par khol'a: signe du refus de résignation des femmes

PATRICK BAZ via Getty Images

Environ 19% des cas de divorces enregistrés en 2017 par le ministère de la Justice sont des cas de khol’a. Les chiffres ont été dévoilés par la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la Femme, Ghania Eddalia, jeudi à Alger, lors d’une séance plénière de l’Assemblée populaire nationale (APN), consacrée aux questions orales.

Le nombre de divorces enregistrés en Algérie en 2017,  dépassant les 68.000 cas selon le ministre de la Justice, Tayeb Louh, a été dévoilé en janvier 2018, cela fait une année.

Néanmoins, la ministre de la solidarité sociale, de la famille et de la condition de la femme, Ghania Eddalia, a dévoilé d’autres détails de ces statistiques, en répondant à une question orale d’un député sur “la recrudescence du phénomène du divorce dans la société algérienne”.

Dans son intervention, elle a révélé que 48.6% des cas de divorces enregistrés en 2017 étaient à l’initiative des époux.  Seulement 15% des cas de divorce étaient des consentements mutuels et 16% nombre de cas demande de divorce “classique” à l’initiative de la femme. 

La ministre a ensuite fait savoir que nombre de khol’a’ a continué sa hausse pour atteindre en 2017 un taux de 19.8% de la totalité des cas de divorces. Introduite par un amendement de l’article 54 du code de la famille en 2005, le nombre de cas de khol’a est passé de 2466 cas en 2007 à 4465 cas en 2009. En 2011, ce chiffre a continué à grimper jusqu’à 7559, selon le ministère de la Justice

En 2017, le taux de 19.8% représente ainsi un chiffre dépassant 13.450 cas de khol’a.

De l’avis d’un juriste, cette évolution “sensible” ne constitue pas une régression. “Des ménages qui ne tiennent pas la route, cela existe et le divorce est un moyen d’y mettre fin afin que chacun puisse reconstituer sa vie”. Il estime que la hausse des cas de khol’a est essentiellement due à la lenteur de la procédure de divorce classique.

“Le divorce est le plus souvent l’apanage des hommes. Le “tatliq”, le cas où la femme demande le divorce avec la préservation de ses droits, prend beaucoup de temps. Il laisse les femmes contraintes à subir un mariage, souvent fait de violences subies, ou de rester en “attente”, dépendante du bon vouloir du mari”, fait-il savoir. “Le Khol’a est une procédure plus rapide où la femme renonce totalement à ses droits pour reprendre sa liberté et la main sur sa vie”, rajoute-t-il.

De son avis, le recours à cette pratique “montre d’abord que la procédure classique du Tatliq reste trop longue ou peu opérante”. Mais il s’agit également d’un “signe lié à l’évolution de l’éducation générale des femmes”.

“Si elles choisissent de plus en plus de recourir au khol’a, et cela demande du courage vis à vis de l’entourage familial, cela est un signe que pour beaucoup de femmes aujourd’hui, la résignation qui était de mise avant, n’est plus de mise”.

Le même juriste poursuit que “c’est indéniablement un bon signe, contrairement à ce que des esprits chagrins serinent.  Une relation maritale qui n’est plus fondée sur la confiance et le respect n’a plus de raison d’être. Le Khol’a est un sacrifice consenti par la femme pour sortir d’une vie infernale ou insatisfaisante et reprendre la main sur sa vie. La religion est bien plus généreuse que ces défenseurs de la domination absolue des mâles”. 

A ce propos, la même source, tout en dénonçant les propos insultants à l’égard des femmes ayant eu recours au khol’a, qualifient les auteurs e ces propos “d’esprits bornés qui défendent une vision patriarcale réactionnaire. Pire, ils vont à l’encontre même de la religion qui autorise le khol’a”. 

En 2017, le nombre de divorces enregistré s’est élevé à 68.284 cas contre 349.544 mariages contractés. Un taux de 19%, “faible” par rapport aux chiffres “européens et arabes” selon le ministre de la Justice, Tayeb Louh.

Ghania Eddalia a même classé l’Algérie 10e pays arabe et 78e pays au monde.