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16/10/2018 20h:30 CET | Actualisé 16/10/2018 20h:30 CET

L’atmosphère en Tunisie, entre progression des droits de l’homme...et une crise de valeurs

Actuellement, les violations vont au-delà de la violation de l’intégrité physique. La société tunisienne lutte contre une véritable crise de valeurs et d’éthiques.

SOFIENE HAMDAOUI via Getty Images

La Tunisie en 2018, c’est des apogées sectorielles et des dégradations sociales. On en a vu de toutes les couleurs. Alors que le premier semestre s’est écoulé et que nous approchons de la fin de l’année, de nombreux événements ont animé l’atmosphère sociale générale.

Parmi les faits saillants qui ont suscité l’attention du public, les viols inhumains et choquants d’une dame âgée de 81 ans qui lui a d’ailleurs coûté sa vie en Août 2018, et de la petite fille de trois ans par un jeune de 23 ans, avant de la percuter par sa voiture pour camoufler l’acte sauvage. Ces événements ont suscité une indignation générale sur les réseaux sociaux. Certains ont même appelé à des pénalités du plus haut échelon, telles que la peine de mort.

Ces échantillons d’événements choquants et déshumanisants ne constituent pas les deux seules violations des droits humains. Ils iconisent en effet la profonde frustration et l’atmosphère, parfois lugubre, que notre société traverse aujourd’hui. 

Comme il nous reste encore du chemin à parcourir, la directive potentielle sur l’égalité des sexes a été établie et le positionnement de la femme tunisienne ainsi que celui des minorités dans la société est de plus en plus défini. Lentement certes, mais substantiellement.

Malgré une opposition catégorique d’une partie conservatrice de la population, y compris des femmes, à certaines réformes de droits civils, nous avons témoigné des initiatives de projets de lois prometteuses, comme celui qui prévoit le droit au mariage sans distinction de religion, ainsi que le projet de loi sur l’égalité en héritage. On assiste aussi à l’adoption d’une loi criminalisant les discours racistes, l’incitation à la haine et la discrimination.

Le contraste se fait en toute évidence et nous avons parfois l’impression que ces réformes législatives au bénéfice de la citoyenneté feraient l’essor du pays. Sauf que nous ne parlons toujours pas de sensibilisations ni d’une inculcation fondamentale de valeurs humaines et civiques dans l’éducation, comme le premier point de départ d’une génération. Les projets de ratification et d’adoption de lois garantissant les droits humains sont cruciaux et reflètent la bonne volonté, mais ils se manifestent en réactivité, et leur application demeure douteuse et par conséquent, leur efficacité est mitigée.

Actuellement, les violations vont au-delà de la violation de l’intégrité physique. La société tunisienne lutte contre une véritable crise de valeurs et d’éthiques

En observant le comportement social quotidien, nous constatons qu’une grande partie de la collectivité manque d’enthousiasme et d’estime inter et intracommunautaire. Par ailleurs, les gestes sociaux valorisants, tels que le sourire, la courtoisie, donner la priorité aux personnes âgées, aux enfants et la bienveillance envers les personnes vulnérables et sans voix, etc., ne sont plus valorisés ni appréciés. Nous avons l’impression que ces signes de compassion et de partage n’ont plus d’impact et n’arrivent plus à stimuler la bonté et la compassion chez certaines personnes. Nous vivons en effet aujourd’hui en l’absence d’un code de conduite social. 

La prise de position par rapport à cette question est divisée en différentes catégories. Certaines personnes agissent avec négligence et nonchalance, d’autres banalisent la problématique avec cynisme, pendant que d’autres ne se rendent pas compte de ce que la société endosse et traitent ce fléau comme un faux-problème pour prioriser d’autres questions économiques et politiques. D’autre part, les organes gouvernementaux compétents et la société civile ne donnent pas l’impression de remplir pleinement ce devoir institutionnel, qui est soit disant extrait d’un devoir existentiel fondamental.

La responsabilité collective et le patriotisme jonglent aussi entre ceux qui se battent pour un changement positif, ceux qui manquent d’enthousiasme envers de telles initiatives, et d’autres qui sabotent pour préserver leurs intérêts personnels.

La créativité manque à une grande partie de la conscience collective et spécialisée, et l’apathie est vite achevée. Les violences verbales et physiques sont devenues régulières et tolérées à la télévision, dans les médias sociaux et dans la rue. Ce qui nous pousse à remettre en question les efforts déployés pour la mise en place de mécanismes de réponse et de gestion, sous-forme de syndicats, de mouvements, d’associations, etc. Ce laxisme général doit se réduire pacifiquement et la mesure de l’impact de ces violences sur la société, notamment sur la jeune génération qui a pour tâche de reconstruire le pays après la crise de 2011, doit se faire. Un accent particulier doit se mettre sur le développement de la morale et l’apprentissage de l’axiologie.

La transition entre la révolution contre l’ancien régime tyran et le progrès a été lente. Il est tout de même judicieux d’admettre que quelques lueurs d’espoir ont effleuré la Tunisie, bien que nous n’ayons toujours pas assisté à un vrai catalyseur de changement social.

La société est un projet. Ainsi, le discours devrait pencher vers la positivité, vers la compassion, l’esprit de partage, de la responsabilité et la responsabilisation. L’investissement dans la jeune génération ne peut être réalisé si l’inclusion n’est pas appliquée. Nous ne pouvons pas former la prochaine génération si nous-mêmes manquons d’orientations. La génération actuelle a su comment prouver sa bonne volonté en 2011, malgré l’exclusion et le manque d’encadrement et d’investissement. Bien qu’elle en soit consciente, cette génération a toujours démontré qu’elle ne retient aucune rancune envers la précédente malgré la rancœur ressentie. C’est en effet cette expérience qui va lui permettre d’identifier les aspects pertinents du patrimoine culturel, moral et identitaire à transmettre à la génération suivante. 

Les initiatives de changement social transcendent les associations traditionnelles et les activités sociales simplificatrices, redondantes et monotones. Nous vivons à une époque où nous avons des outils technologiques et efficaces pour améliorer les choses.

Il est temps de se détacher du patriarcat, de remettre en questions ces hérésies gobées sans les avoir analysées, de cesser de faire en sorte que les jeunes se sentent traités avec condescendance et exclus, de les imprégner de bon sens, de les inclure dans un cadre de changement et de créativité. Même dans le monde de la faune, les prédateurs apprennent instinctivement à leur progéniture à se défendre, se nourrir et à faire face aux difficultés naturelles.

Certes que garantir les droits fondamentaux de tout être humain est crucial pour tout essor individuel et collectif. Sauf que nous sommes en 2018. Les questions relatives aux droits de l’Homme ont été débattues depuis des siècles. Il est temps d’agir et de les percevoir comme évidence. Il est temps de bâtir une cohésion sociale basée sur des droits pleinement acquis. Une responsabilité partagée et des normes de valeurs à appliquer et à maintenir, pour une nation, voire une humanité réconciliée et harmonieuse.

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