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31/01/2019 13h:17 CET | Actualisé 31/01/2019 13h:17 CET

L’assurance Takaful dans le monde et en Algérie en 2019

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La Banque islamique de développement ainsi que la Banque Mondiale dans un rapport conjoint indiquaient que le paradigme du transfert des risques de la finance conventionnelle limite non seulement le financement des investissements dans l’économie réelle, mais renforce également la spéculation fondée sur une vision à court terme ainsi que le fardeau du surendettement. Le système financier mondial actuel doit faire face à de nombreux défis pour l’économie mondiale contemporaine, tels que l’éradication de la pauvreté, l’accès à une eau salubre, l’éducation et la lutte contre le réchauffement climatique.

Dans ce contexte, le mouvement économique et financier islamique est apparu comme un élément possible de la solution aux nouveaux défis auxquels l’humanité est confrontée.

De nos jours, 45 pays ont élaboré des réglementations spécifiques sur la finance islamique destinées à favoriser son développement. D’après Thomson Reuters, le secteur de la finance islamique comprend de par le monde 1 389 institutions et fenêtres financières islamiques. Ce segment de la finance a enregistré une croissance de 11% de ses actifs en 2017, soit 2400 milliards USD d’actifs.

Ce secteur a le potentiel de croître de manière significative d’ici 2023 pour atteindre 3 800 milliards d’actifs avec une croissance annuelle moyenne prévue de plus de 10%. Sur le plan académique, la recherche et la formation sont aussi en plein essor avec 688 instances éducatives et 2 564 documents de recherche produits sur le sujet entre 2015-2017.

En tant que secteur destiné à accompagner l’essor de la finance islamique, l’assurance Takaful a connu quant à elle une croissance phénoménale. Les contributions brutes ont augmenté à un taux de croissance annuel composé de 33% entre 2005 et 2010, puis de 18% entre 2008 et 2013 et enfin de 6 % entre 2012 et 2017. Malgré un ralentissement de la croissance globale du marché mondial, Fitch Ratings indique que, sur de nombreux marchés locaux, le Takaful continue de croître plus rapidement que l’assurance conventionnelle.

Par exemple, en Malaisie - le marché des services financiers islamiques le plus développé au monde -, le Takaful familial et le Takaful général ont progressé respectivement de 9,8% et de 5,8% au premier semestre 2016, tandis que sur le marché conventionnel à la même période, ils avaient augmenté de 8,2% en assurances de personnes et de 2,6% en assurances de biens et de responsabilités.

En 2016, le secteur mondial du Takaful a enregistré une croissance annuelle de 12%, selon le rapport de stabilité du secteur des services financiers islamiques publié par l’IFSB en 2017. En 2017, malgré un rythme d’expansion réduit, cette croissance reste importante et de nombreux développements stratégiques récents devraient fournir une base solide pour la poursuite de la consolidation.

Bien que Moody’s s’attende à ce que la croissance continue de ralentir, l’agence estime que le marché de Takaful affichera toujours des taux de croissance dynamiques grâce à ”une jeunesse plus instruite et en âge de travailler ainsi qu’une sensibilisation accrue au concept de Takaful et à son orthodoxie religieuse″.

Il faut garder à l’esprit que l’industrie Takaful a moins de 40 ans et ne devrait plus être considérée comme un produit de niche, mais comme une alternative ayant prouvé sa légitimité.

Les actifs mondiaux des opérateurs Takaful ont atteint 46 milliards de dollars en 2017 et devraient atteindre 72 milliards à horizon 2023. La croissance du marché mondial est principalement tirée par les trois principaux marchés que sont l’Arabie saoudite, l’Iran et la Malaisie, qui représentent près de 80% du total des actifs mondiaux. À l’échelle mondiale, on estime à 324 le nombre d’opérateurs (Takaful, re-Takaful et de fenêtres) avec 113 opérateurs mixtes, 112 opérateurs généraux, 76 opérateurs familiaux et 21 opérateurs Retakaful.

En ce qui concerne le développement du Takaful en Algérie, on peut relever trois points essentiels qui caractérisent le marché :

- Un déficit en termes de pénétration et un manque d’offre ;
- Un désintérêt des assurés et une absence de réflexe assurantiel en assurance de personnes ;
- Un retard considérable dans le domaine de les produits de capitalisation absents du marché.

Le marché algérien des assurances reste concentré aux mains de quelques acteurs clés et le poids du secteur public reste prépondérant.

Le secteur qui est concentré entre les mains des acteurs publics, l’est également au niveau géographique puisque la wilaya d’Alger concentre plus de la moitié du marché des assurances.

Il faut souligner que le manque de démocratisation de l’offre et de culture assurantielle pénalise le développement du marché des assurances et les campagnes de sensibilisation ne sont pas suffisamment nombreuses. L’activité des assurances de personnes n’a pas encore pénétré la structure sociale du pays bien que dans le secteur des compagnies privées, des marques fortes et bien implantées dans le paysage économique jouissent d’une ancienneté qui leur confère une grande confiance de la part de la clientèle.

Aujourd’hui il n’existe aucun opérateur Takaful familial en Algérie, c’est-à-dire en mesure d’offrir des assurances de personnes ainsi que des produits de capitalisation.

Sur un marché peu différencié, le Takaful familial peut tirer son épingle du jeu en raison de son originalité et de son positionnement sur un marché fortement empreint par la tradition, ce produit innovant répond aux besoins de la clientèle et à ses attentes de conformité religieuse. Il doit également accompagner le développement de la finance islamique dont la Banque d’Algérie a publié un règlement le 4 novembre dernier portant sur les conditions d’exercice des opérations de banque relevant de la finance participative par les banques et établissements financiers.

Pour permettre au marché d’éclore, l’adoption d’une régulation adaptée aux spécificités du Takaful s’avère être nécessaire.