ALGÉRIE
18/06/2018 10h:23 CET

L’Association TORBA, les héritiers de l’écologiste Pierre Rabhi à l’œuvre

Le principe est aguichant : ni commerçants intermédiaires ni marché de gros. Ce sont des récoltes qui arrivent tout droit de la ferme aux consommateurs.

Ahmed Sahara

Pierre Rabhi a maintenant des héritiers en Algérie. Chaque vendredi et depuis trois ans, l’association agro-écologique Torba, reçoit ses adhérents au Fayet Club à Alger autopur d’un nouveau concept Algérie : AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Le HuffPost Algérie est allé à leur rencontre pour découvrir comment cette association innovante ouvre la voie à une agriculture biologique en Algérie et rassemble autour d’elle des centaines d’amoureux des aliments bio.

 Un réseau important pour sauver l’agriculture paysanne en Algérie

S’inspirant des travaux de l’écologiste et agriculteur bio, Pierre Rabhi, le collectif s’emploie depuis des années à ouvrir une nouvelle voie en Algérie: celle de l’agriculture biologique.  Abdelkrim Rahal, professeur à l’Institut des Sciences Vétérinaires de Blida et Président du collectif TORBA, précise que les activités de Torba ne s’arrêtent pas dans les AMAP, l’association. Torba “organise des rencontres Wwoofing, des sorties pédagogiques à la ferme agro-écologique de Bouinane au profit des adhérents, des séances d’apprentissage aux enfants, des chasses au trésor avec les enfants au Djnan Salim. Enfin la plus intéressante des activités sont les sessions de formations que le collectif organise au profit des adultes et les enfants en permaculture avec des spécialistes nationaux et internationaux”.

Le collectif Torba ne s’arrête pas à ces activités foisonnantes. Son grand projet est de  “généraliser l’activité agro-écologique et paysanne en Algérie”.

Une rencontre producteur-consommateur

En ce week-end passé sur place, 40 adhérents ont été conviés et présélectionnés pour l’AMAP. La présélection se fait par mail via le site de l’association. Le nombre des participants est défini par la quantité des produits agricoles proposée à la vente par les agriculteurs.

Avant l’arrivée des “Amapiens”, les coordinateurs ont reçu la livraison des fruits et légumes du jour tôt le matin et ont partagé au gramme près les légumes dans des paniers au nombre des préinscrits.

Dans la cour gazonnée adjacente à l’entrepôt, les adhérents et les agriculteurs forment un cercle pour un exposé sur les difficultés de production, débat et partage d’idées.

Une assemblée digne d’une conférence scientifique mais aussi culturel où les difficultés des agriculteurs finissent par trouver les solutions adéquates grâce à l’échange.

Mehdi Belfodil est l’un des agriculteurs pourvoyeurs de l’AMAP. Originaire de Djendel à Ain Defla, il raconte à l’assemblée sa passion au travail de la terre et son engagement dans l’agriculture bio. “La décision de faire de ma ferme familiale un terroir agrobiologique n’était pas un hasard. C’est une activité transmise de père en fils chez la famille. C’est sacré”, dit-il d’emblée.

“Nous cultivons tout ce que nous consommons et avec des moyens traditionnels. Nous récoltons une variété importante de légumes (les choux de Bruxelles, les choux de brocoli, des endives, des fèves, des petit-pois, les pommes de terre, des tomates, poivron, aubergine, oignon, ail, persil…)”. Et pour son association avec Torba, il explique que l’esprit du Collectif si proche du sien l’a séduyit d’emblée. “j’ai trouvé des gens passionnés, tout comme moi, pour l’agriculture paysanne, donc sans poser trop de questions, je les suis jusqu’au bout”, ajoute-t-il.

 

 

Pour ses livraisons aux AMAP, Mehdi Belfodil a expliqué qu’au départ, il avait décidé d’investir dans l’arboriculture mais sa rencontre avec Tamani (la coordinatrice de Torba) lui a permis de revoir son projet. “On a eu beaucoup de discussions sur les jardins bio, la permaculture, les potagers urbains et sur les activités du Collectif Torba. Là, je n’ai pas hésité une seconde à réserver une parcelle de terrain d’environ 3000 M², sur le total d’une exploitation de six hectares, toute traitée biologiquement. Je n’utilise aucun engrais, ni pesticides”. Il dit aussi sa satisfaction de voir pousser ses légumes. “On a réussi à cultiver et récolter de l’ail, des oignons, des petit-pois, des fèves, des navets, du persil, de la coriandre et et du céleri branche.”. “La terre étant bien reposée et bien arrosée, la production était réellement satisfaisante”, atteste-t-il encore.

 

Sain, solidaire et économique

L’objectif de Torba est clair : revenir à une agriculture saine, telle que celle pratiquée par nos ancêtres. Un objectif idéal partagé par tous les adhérents de Torba. “C’est très intéressant pour nous de trouver ici au moins 80% de ce que nous consommons, cultivé sans pesticides et sans engrais. Je souhaite que cela s’élargit à d’autres produits”,  tmoigne Bourhane, adhérent à Torba depuis deux ans et bénéficiaire du coffin de l’AMAP depuis quatre mois.

Manger bio ou cultiver sainement est-il économiquement rentable ? Cette activité, explique Abdelkrim Rahal, “est principalement solidaire. Ce qui veut dire : les gains ne sont pas vraiment importants pour l’agriculteur qui produit des petites quantités et avec beaucoup d’efforts. En contrepartie de leurs efforts, les agriculteurs bénéficient d’un accompagnement technique et scientifique de la part des membres de l’association. Nous avons déjà organisé plusieurs activités au niveau des fermes qui permettent aux adhérents une bonne initiation et fournissent une aide à l’agriculteur”.

Pourtant, ce n’est pas cher

Le principe est aguichant : ni commerçants intermédiaires ni marché de gros. Ce sont des récoltes qui arrivent tout droit de la ferme aux consommateurs. Pour le plus grand bonheur des Amapiens, cette approche leur permet de se déplacer jusqu’à la ferme pour cueillir eux-mêmes leurs fruits et légumes.

“Les prix appliqués pour les légumes sont similaires à ceux des marchés. Le plus est que les récoltes arrivent fraîches et elles sont bios”, a souligné le président du collectif Torba.

Mohamed Belhachemi, le second fournisseur de l’AMAP, venu d’El Hemdania dans la wilaya de Médéa, il travaille ses terres avec ses deux fils, Noreddine et Aymen. Il a réservé une parcelle de terrain d’un (01) hectare environ. Tout comme M. Belfodil, ses terres sont traitées biologiquement et préfère travailler à la main et avec des outils traditionnels. “Ce métier est notre source de vie, notre gagne-pain et nous l’exerçons depuis très longtemps”, a-t-il expliqué.

Avec une livraison de plus de 50 kilos de légumes par semaine (tomates, haricots, persil, épinards, poivrons, oignons, olives…), Mouhamed Belhachemi est à sa 5èmelivraison pour cette année.  

Avant de s’engager avec l’association Torba, l’agriculteur de d’Elhamdania vendait ses récoltes dans les marchés de Médéa. “Les citoyens ne s’y intéressent pas, parce que notre marchandise n’est pas belle et pas gonflée. Donc pour moi, nos concitoyens ne connaissent pas la vraie valeur nutritive de nos récoltes”, plaisante-t-il.

L’AMAP de Torba lui offre du coup une nouvelle clientèle. “Les adhérents prennent tout et cela me rend très heureux, ça m’encourage à donner le meilleur pour eux et je suis pleinement satisfait de ce que je gagne, surtout que l’avenir est prometteur”, confie-t-il.

 

Le Fayet Club, une maison verte

Rencontré au Fayet Club, le président de la fondation FilahaInnov, le Dr Amine Besemmane a affirmé que l’agroécologie “est un déclic des idées du célèbre botaniste Pierre Rabhi. Je pense que l’avenir de notre culture agricole doit être biologique. Les pays développés qui ont initié à l’agriculture intensive, reviennent sur leurs pas vers l’agriculture biologique, paysanne et saine. L’agriculture à base des OGM devient une problématique de santé publique”.

“L’Algérie travaille pour sa sécurité alimentaire, c’est pour cela qu’on a plongé dans l’agriculture intensive. Mais à quel prix ?”, s’interroge-t-il encore. “Il ne faut pas se détacher de nos traditions agricoles, une agriculture familiale et durable. Je pense qu’il y a des solution pour remédier et remplacer les pesticides chimique, parce que il y a aussi des traitement naturels pour les maladies des plantes”, soutient Amine Bensemmane. 

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