MAROC
08/05/2019 14h:05 CET

L'Association nationale des cliniques privées porte plainte contre le secrétaire général des Finances

À l'origine, un échange tendu entre les deux parties lors des Assises de la fiscalité.

Ministère de l'Economie et des Finances.

CONFLIT - Leur réaction ne s’est pas faite attendre. Aux Assises de la fiscalité, les médecins du secteur privé disent avoir été humiliés par les propos du secrétaire général du ministère de l’Economie et des Finances, Zouhair Chorfi.  Dans un communiqué, ils considèrent que ce dernier a suscité “le tollé général dans la profession, tous secteurs d’exercice confondus”, amenant l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) à saisir la justice contre lui “pour qu’il réponde à celle-ci de ses propos”. 

C’est au cours d’un débat organisé samedi dans le cadre de ces assises que le SG du ministère, ancien directeur général de la Douane, a pris la parole dans le public pour répondre au Dr. Hassan Afilal, pédiatre et vice-président de l’ANCP. Celui-ci venait de défendre l’aspect social de la profession au Maroc, appelant à ce que des mesures soient prises en faveur des médecins notamment lorsqu’ils dispensent des traitements gratuitement. “Il faut que ce soit net d’impôts. Le fisc ne peut pas nous imposer dessus et c’est parfois le cas”, a-t-il déclaré. Et de se demander: “pourquoi un revenu de 300.000 dirhams est imposé à 10% pour les sociétés et à 38% pour les médecins ou le secteur libéral? C’est tout simplement inadmissible!”.  Le Dr. Afilal a, dans ce sens, proposé au nom de ses confrères “un impôt forfaitaire” qui “rendra inutile le contrôle” et permettra aussi de booster l’’investissement. Des mesures qu’il a présentées comme conditions nécessaires pour éviter à plusieurs médecins de quitter leur pays vers l’Europe. 

“J’ai entendu une intervention qui m’a choquée. Au nom du social, tout est social!”, a lancé le SG du ministère suite à cette intervention, soulignant qu’il “ne veut pas attaquer une profession”, mais ajoutant toutefois qu’“aujourd’hui, les données sont connues profession par profession”. Estimant qu’il est temps de “dire les choses avec responsabilité”, Chorfi soutient que, dans ce cas précis, “nous ne sommes pas dans des minorations de valeurs de 10% ou de 20%”, mais quand “on les minore de 90%, là, j’ai un problème!”.

Pour le responsable, le plus important “n’est pas de demander une réforme fiscale” mais de “changer de posture et de comportement”. Et alors qu’il ne citait aucune profession, le secrétaire général des Finances finit par s’emporter: “quand je vais dans une clinique, et qu’on me dit: on n’accepte pas le chèque! Qu’est-ce que cela veut dire? Le chaos? La corruption, ça suffit! Le noir, ça suffit! On veut construire un autre pays!”. Une sortie saluée in situ par une salve d’applaudissements, puis une standing ovation à laquelle certains représentants de la profession, à l’évidence, ne prennent pas part. 

Pour conclure son intervention, Chorfi a appelé à une moralisation de la vie publique en impliquant les associations et les Ordres. “A quoi sert un Ordre, à quoi sert cette association?”, s’est-il interrogé en faisant allusion à l’ANCP.

Un échange tendu entre les deux parties qui a fini par faire le tour de la toile (vidéo ci-dessous).   

Pour les syndicats des médecins du secteur libéral et l’ANCP, le SG du ministère des Finances “a fait une sortie fracassante et irresponsable par laquelle a dénigré et stigmatisé la profession médicale comme rarement auparavant à ce niveau de responsabilité étatique”.

Dans leur communiqué commun, ils dénoncent “ces propos de ce haut commis de l’état qui accuse solennellement les médecins de sous-déclaration majeure (90%) de leur imposition”. Et d’annoncer que les professionnels comptent saisir par courrier le président du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) lui “demandant qu’il prenne position dans ce problème vu ses responsabilités vis-à-vis des médecins marocains”.

Autres décision: le collège syndical national des médecins spécialistes privés et l’ANCP comptent saisir aussi les parlementaires pour interpeller le ministre de l’Economie et des Finances, au sein du Parlement, ”à propos des glissements graves de son SG”. 

Ces médecins menacent, par ailleurs, d’observer une grève dans le secteur privé pour une durée d’une semaine tout de suite après le mois de Ramadan.