TUNISIE
21/02/2019 20h:26 CET | Actualisé 22/02/2019 15h:08 CET

L'Asie de bout en bout: Le récit du bonheur de ce Tunisien, blogueur voyage

Lust mais pas lost.

Mehdi Fliss

“J’ai toujours été curieux. Très curieux”, commence Mehdi Fliss.

Il y a trois ans, ce jeune tunisien, ingénieur en mécanique, qui était alors installé en Angleterre, avait plié bagages, direction l’Asie. C’était parti pour six mois d’aventures. En cours de route, commence sa remise en question. Ainsi, les mois se sont transformés en années. Aujourd’hui, il est blogueur voyage avéré, et continue jusqu’au bout son aventure.

Cela fait plus de trois ans qu’il avait renoncé à sa carrière et à la sécurité matérielle que cela lui procurait. Il fait aujourd’hui le tour de l’Asie, un continent qui le fascine encore et encore, de jour en jour, de ville en ville.

La vie de bureau n’est décidément pas faite pour lui. “Je me suis toujours vite ennuyé. C’est sûrement pour ça que pendant mon parcours universitaire et professionnel, je ne suis pas resté dans la même ville plus de trois ou quatre ans”, se rappelle-t-il.

Il fait quelques voyages dans des villes européennes, mais son besoin de dépaysement était plus grand. Il veut aller plus loin, loin de l’ambiance occidentale où il vivait. Il entame alors un premier voyage en Asie, direction Tokyo.

L’Asie, c’est une sorte d’histoire d’amour qui a commencé par un coup de foudre pour le Japon

“Je découvre alors un monde dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Ça a été un choc et un vrai bonheur en même temps. Depuis, je suis revenu en Asie aussi souvent que j’ai pu, jusqu’au jour où j’ai quitté mon boulot pour faire le tour du continent”.

Dans cette interview, Mehdi Fliss nous livre les fond de ses pensées et nous ouvre son sac à dos.

Mehdi Fliss
Quartier de Shibuya à Tokyo

HuffPost Tunisie : Qu’est-ce qui t’a poussé à partir dans ce long voyage?

Mehdi Fliss : J’avais besoin d’une vraie “raison de vivre”. Partir travailler tous les jours pour payer ses factures et dépenser le reste en cuites pour oublier sa misérable vie, ce n’était plus pour moi.

J’ai donc entamé une quête spirituelle en même temps que mes voyages en Asie. Je suis dans un questionnement continu. Des philosophies de vie asiatiques comme le bouddhisme, le taoïsme ou l’hindouisme m’aident beaucoup à trouver un équilibre dans ma vie.

Aujourd’hui, tu as réussi à faire de ta passion un métier, notamment grâce à ton blog. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Raconte-nous tout!

J’ai créé mon blog “asianwanderlust.com” dans le but de partager mes aventures. Quand on voyage, on est heureux et quand on est heureux, on a une envie folle de partager ce bonheur. Mais en recevant tellement d’encouragements et de questions de mes premiers lecteurs, ça m’a donné envie de pousser le projet encore plus loin. Et pour être honnête, c’est beaucoup de travail et d’heures passées derrière l’ordinateur. Mais je fais quelque chose que j’adore et qui me permet d’être totalement libre et indépendant, autant géographiquement que financièrement.

Mais au début, ce n’était pas du tout le cas. Quand j’ai commencé mon tour d’Asie, j’avais assez d’économies pour voyager pendant six mois. Au bout de cette moitié d’année, je devais décider si j’allais rentrer en Europe pour reprendre une vie normale, ou si je voulais continuer mon trip. Finalement, les six mois sont devenus un an, puis deux, et maintenant plus de trois ans.

J’ai pu prolonger mes aventures grâce à de petits boulots que je faisais par ci par là. Et ça va de faire le ménage dans une auberge, d’acteur dans un court métrage vietnamien, de distributeur de tracts, jusqu’à un poste de “Tinder Manager”. J’étais payé pour organiser les rendez-vous galants d’un homme d’affaires Japonais.

Qu’en ont pensé tes proches?

Il y a vraiment de tout. Certains m’admirent, d’autres ne comprennent pas comment j’ai pu abandonner une carrière d’ingénieur si prometteuse. En ce qui concerne ma famille, ça leur a fait peur au début, mais ils sont plus rassurés maintenant que ça marche. En fait, je pense qu’il faut faire abstraction de ce que les gens pensent et croire en ses rêves jusqu’au bout. Notre monde change et à l’heure de l’internet, tout est devenu possible. Mon entourage, je l’aime, c’est juste que j’ai dû l’ignorer pendant un moment, pour réussir.

Si tu n’avais pas été blogueur voyage...? 

Je ne pense pas rester blogueur voyage toute ma vie. J’aurais pu faire de nombreux métiers... Par contre, maintenant que j’ai goûté à l’entrepreneuriat, il serait très difficile pour moi de redevenir un jour salarié. La prochaine étape, ça sera forcément la création d’un nouveau projet.

Quel est ton rituel avant de prendre la route?

J’ai toujours le même programme le dernier jour avant de voyager vers un nouveau pays. Déjà, pas de visites. Je me repose et je m’offre un petit massage, par exemple. Ensuite, je mange tous les plats que j’ai préféré pendant mon voyage. Je profite donc des douceurs locales une dernière fois avant de quitter le pays, parfois, la liste est bien longue.

Que trouve-t-on dans ton sac à dos?

Mehdi Fliss

 

Que l’essentiel! Je voyage avec un sac à dos de 60 litres et un autre petit sac à dos. Je prends bien entendu tout mon matériel pour les photos et vidéos, mon Mac et mes disques durs. Pour ce qui est des vêtements, je prends 5 t-shirts, 5 caleçons, 5 paires de chaussettes, 2 shorts, 2 maillots, un jean, 2 paires de chaussures et 2 vestes. Comme vous l’aurez peut-être compris, tous les 5 jours, je fais une lessive. Ensuite, il y a ma trousse de toilettes et quelques médicaments. Ah et de la crème solaire, c’est très important la crème solaire.

Un objet que tu as toujours sur toi?

En ce moment, j’ai un collier que je porte depuis deux ans. Je l’ai acheté au Vietnam et c’est une sorte de talisman bouddhiste avec un Bouddha sur une face et un dragon sur l’autre. Mais j’essaye au maximum de ne pas m’encombrer de souvenirs. Déjà parce que je n’ai pas de place pour les garder, mais aussi parce que j’essaye de limiter mon attachement à des objets physiques. Dans le bouddhisme, on dit que la souffrance vient de l’attachement, donc j’essaye toujours de voyager (l’esprit) léger.

Mehdi Fliss
Talisman bouddhiste acheté au Vietnam

Vivre avec un style minimaliste a d’ailleurs été une découverte incroyable pour moi. Je ne pensais pas qu’on pouvait vivre avec si peu de choses. Et on se sent tellement libre quand on a toute sa vie dans son sac à dos. Ça fait peur au début mais on s’y habitue très vite et on finit par y prendre gout.

Une anecdote drôle à nous raconter?

Oui, j’en ai plein! J’ai fait le tour du Japon en stop et quand je ne suis pas dans une grande ville, je suis obligé d’écrire mes petites pancartes en Japonais car les habitants ne comprennent pas tous l’anglais. Et pour le fun, j’avais gardé mes anciennes pancartes en souvenir dans mon sac. Un jour, au lieu de sortir la pancarte pour la ville suivante, je sors une ancienne sans m’en rendre compte. Vous imaginez ensuite l’histoire, j’avais reculé de 150 km, et je ne l’ai découvert qu’à la fin. Avec l’automobiliste, on était morts de rire et pour me réconforter, il m’a invité à dormir chez lui.

Il y a aussi cette fois en Thaïlande, où je voyageais avec une Taïwanaise en scooter et on est tombé en panne d’essence, et nous nous sommes retrouvés juste devant une pompe à essence. Là aussi, fou rire interminable.

Mehdi Fliss
Road Trip à Sukhothai en Thaïlande

 

Allez, une dernière pour la route! Je suis allé faire du volontariat à Kumamoto au Japon, après le séisme de 2016. En arrivant au centre de volontariat, on devait se présenter et dire d’où on venait. Je dis que je suis Tunisien et là j’entends quelqu’un dire: “Salam, tounssi? Chnowa 7welek? Tal3ab chkoba?” (“Bonjour, tu es tunisien? Comment vas-tu? Tu joues à la chkoba?”).

J’étais choqué! Et le pire, c’est que c’était un Japonais qui avait dit ça. Il avait vécu 2 ans à Tunis, et a travaillé en tant que professeur de Japonais. Il avait adoré le pays.. et la chkoba visiblement.

Mehdi Fliss
Volontariat après le séisme de Kumamoto au Japon

 

Un moment où tu as eu très peur?

C’est arrivé récemment et ça m’a beaucoup marqué. J’étais en Media Trip dans la préfecture d’Iwate, au Japon. Ce jour là, on était hébergé dans un ryokan (auberge traditionnelle Japonaise), en pleine forêt. Il était 17h, on avait quartier libre et il allait bientôt faire nuit. Je me lance alors dans une courte balade et je monte seul une colline qui était juste à côté de l’auberge. Les couleurs d’automne étaient absolument merveilleuses et je faisais complètement phase avec la forêt.

Mehdi Fliss
Mont Hachimantai à Iwate au Japon

 

Une fois au sommet, je commence à redescendre par le même chemin que j’avais emprunté et je commence à voir une masse toute noire s’agiter à 10 mètres en face de moi. J’ai pensé au début que c’était une personne qui portait une doudoune noire. Je me dis qu’elle est géante cette doudoune! Et c’est là que la masse noire se retourne. C’est un ours. Pendant deux secondes, je suis resté en complète admiration devant la scène magnifique à laquelle j’assistais. L’ours était sublime avec sa fourrure noire étincelante, se trimbalant sur un tapis de feuilles d’érable rouges-oranges. Magnifique!

Mais l’admiration s’est vite transformée en peur et en panique, surtout qu’on parlait le matin même du nombre de morts dans la région à cause des attaques d’ours. Je devais donc partir, mais l’ours barrait la seule sortie de la forêt. Et je ne voulais pas m’enfoncer encore plus dans les bois, au risque d’en trouver d’autres. J’ai commencé à faire n’importe quoi. J’avançais, je reculais, j’ai même pensé me jeter dans un ravin en espérant que je survive en “glissant” sur les pierres. Bref, j’ai tourné en rond pendant cinq minutes et j’ai enfin décidé de prendre le chemin de sortie. Je ne voyais plus l’ours. J’ai pris alors mes jambes à mon coup. J’aurais facilement pu dépasser Usain Bolt ce jour-là. Comme vous l’aurez compris, tout s’est bien fini et la prochaine fois que je vais dans les bois dans le nord du Japon, je n’oublie pas mes clochettes de randonneurs qui font, à priori, fuir les bêtes.

À noter qu’on était au mois de Novembre, et que les ours se nourrissent abondamment pendant cette période, pour ensuite hiberner en hiver. C’est ce qui explique sûrement pourquoi cet ours s’était rapproché aussi près d’une zone habitée par l’homme.

Un bon plan voyage à communiquer aux lecteurs?

Je vous file l’application que j’utilise le plus en voyage. C’est Maps.ME, c’est le Google Maps amélioré et surtout offline. Par exemple, avant d’y aller, j’ai téléchargé la carte du Sri Lanka quand j’avais de la connexion, pour ensuite pouvoir l’utiliser sur place, sans avoir internet. Et vous pouvez même voir votre position actuelle tout en étant complètement offline, car le signal est transmis par satellite (GPS). Il suffit d’activer la localisation et ça marche. Je voyage souvent en moto en Asie et c’est donc super utile pour les road trips. On peut également ajouter des “pins” pour indiquer les endroits qu’on veut visiter. Voilà par exemple à quoi ressemble ma carte après mon voyage au Sri Lanka:

Mehdi Fliss
Capture d’écran application Maps.Me

 

Une personne qui t’as marqué ?

Mehdi Fliss
Jeunes moines bouddhistes 

 

Au tout début de mon tour d’Asie, je suis passé par la Thaïlande et notamment par la ville de Sukhothai. C’est une ville historique magnifique et pendant la visite d’un temple, j’ai rencontré un moine bouddhiste, qui parle anglais. On commence à discuter de sujets légers, puis je commence à lui parler un peu de ma vie. Je lui confie mes tourments.

Je lui explique que j’ai fait des études d’ingénieurs pendant 5 ans dans une prestigieuse école, et que j’ai ensuite enchainé avec 7 ans d’expérience professionnelle. Tout se passait bien, mais je me suis juste rendu compte que cette vie n’était pas faite pour moi. Que je voulais vivre autre chose, mais que ces 12 ans vont tomber à l’eau.

Et là, il pose sa main sur mon épaule et me demande: “Tu as quel âge ?” Je réponds “30 ans”. Il me dit alors: “Tu devrais avoir au moins 50 ans de vie devant toi. Est-ce que tu préfères gâcher 12 ans ou 50 ans?”

Et là, il y a eu comme un déclic ! Une serrure s’est débloquée dans ma tête, un chakra s’est ouvert, je ne sais pas… Mais à partir de ce jour-là, j’ai commencé à voir la vie autrement. Au lieu de passer mon temps à vivre dans les regrets, j’ai pris les choses plus simplement et j’ai commencé à profiter pleinement du moment présent.

Quels changements as-tu observé en toi?

Grace à mes trips en Asie, je pense que je suis devenu beaucoup plus ouvert d’esprit et tolérant. Et je pense que n’importe quelle personne qui prend la route et découvre de nouvelles cultures ne peut qu’évoluer dans ce sens. Comme on dit, le voyage c’est l’école de la vie et on y apprend des valeurs humaines très importantes.

Les voyages nous permettent de nous reconnecter avec notre chère Mère Nature et sans jouer à l’écolo démago, on peut vraiment faire beaucoup mieux dans ce domaine. Mais comme je le dis souvent, si on veut changer le monde, il faut commencer par soi-même. J’essaye donc d’être irréprochable moi-même et quand l’opportunité se présente, je sensibilise mon entourage aux causes qui me sont chères.

Mehdi Fliss
Arbre millénaire au sanctuaire de Takeo au Japon

 

Un endroit en Asie où tu pourrais t’installer pour un bon moment?

J’ai déjà vécu toute une année à Tokyo et j’adore cette ville! Je pense que je pourrais m’y poser pendant quelques temps. Mais à choisir, je pense que j’opterai pour Bali. Bien sûr, c’est pour le soleil, les plages, les cocotiers mais il y a quelque chose de spécial à Bali qui m’a fait tourner la tête. Je ne sais pas vraiment l’expliquer mais c’est vraiment les bonnes ondes, qui y règnent, qui donnent envie de s’y installer.

Mehdi Fliss
Coucher de soleil à Ubud, Bali

 

Et la Tunisie pour toi ?

La Tunisie c’est la maison! C’est mon pays, mon chez-moi, ma famille. Touness c’est une grande fierté, en même temps, je suis triste de voir la situation se dégrader ces dernières années. Je parle bien sûr de la situation économique, mais aussi du cirque politique auquel on a droit.

Mais je vois une lueur d’espoir. En tout cas, je pense qu’attendre du changement de nos dirigeants, c’est une grosse erreur. J’ai l’intime conviction que le changement viendra du peuple, et j’espère qu’un jour, je pourrais également apporter ma pierre à l’édifice.

Un dernier mot?

Je voudrais finir sur un petit mot d’encouragement aux jeunes qui lisent cette interview et qui rêvent de vivre de leur passion. Mes amis, je le répète, tout est possible aujourd’hui! J’ai eu 4,5/20 au bac en Français et j’ai pourtant écrit des centaines d’articles sur mon blog. Je ne connaissais rien au Marketing et il y a pourtant plus de 100,000 personnes qui lisent mon blog chaque mois. On m’invite à des Media Trips avec des journaux comme l’Express, Culture Trip ou encore Lonely Planet.

Mehdi Fliss
Île de Shodoshima au Japon

 

Avec Internet, tout s’apprend et on n’a donc plus d’excuses. Ce n’est qu’une question de mentalité. Il ne faut pas attendre qu’on vous donne telle ou telle chose. Il faut prendre ce qu’on veut sans demander la permission! L’avantage quand on fait ce qu’on aime c’est qu’on va le faire mieux que quiconque et plus longtemps. Les passionnés ont donc un avantage à la fois qualitatif, mais aussi quantitatif. Alors n’hésitez plus, lancez-vous et surtout, n’oubliez pas de vous faire plaisir! Le bonheur, c’est le chemin, pas la destination.

Vous pouvez retrouver les aventures de Mehdi sur son blog voyage Asian Wanderlust, ainsi que sur son compte Instagram, de 116 000 abonnés.

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