MAROC
08/01/2019 11h:58 CET

L'architecte Nawfal Bakhat répond au cabinet espagnol Lamela qui l'accuse de plagiat pour le grand stade de Tétouan

L'architecte marocain revient en détail sur les accusations du cabinet espagnol Lamela.

AMUSH.ORG

DIFFÉREND - Le 2 janvier dernier, le journal espagnol El Confidencial mettait sur la table un conflit opposant deux architectes: l’un espagnol, Carlos Lamela, l’autre marocain, Nawfal Bakhat. Le cabinet du premier accusait le second d’usurpation pour le projet du grand stade de Tétouan. Après la publication de ces accusations, l’avocat de l’architecte marocain apportait une autre version, dénonçant une campagne de diffamation et de chantage. Nawfal Bakhat a réaffirmé ses propos auprès du HuffPost Maroc.

“Suite à la publication d’articles comportant de fausses accusations par M. Carlos Lamela, je me trouve dans l’obligation d’éclaircir les points exposés par lesdits articles afin de défendre ma réputation, en proie à des attaques fallacieuses”, nous explique l’architecte marocain.

D’après Carlos Lamela, les deux cabinets avaient signé un accord professionnel 5 ans plus tôt pour participer, ensemble, à la construction du nouveau stade de Tétouan. L’architecte espagnol affirmait alors qu’il avait participé au projet à hauteur de 50% et dénonçait “le fait que son ex-partenaire tente de cacher la participation de cette entreprise espagnole à un projet d’une telle ampleur après l’avoir ‘usurpé et plagié’ devant les autorités du pays voisin”, soulignait El Confidencial.

“Contrairement aux allégations de M. Lamela, le différend entre nos deux cabinets porte sur le montant de la rémunération due en rétribution d’une mission de conseil et assistance technique qui s’est arrêtée avant l’aboutissement d’une phase préliminaire et non pas sur un quelconque droit sur le projet ou une propriété intellectuelle (volet clairement spécifié par le règlement du concours et par le protocole d’accord entre les deux cabinets)”, se défend de son côté Nawfal Bakhat.

L’architecte marocain dénonce une “campagne acharnée de diffamation” menée par son confrère espagnole à son encontre, “probablement pour faire diversion des embrouilles judiciaires qui ont entaché sa réputation et ainsi retrouver une crédibilité effritée”.

Une collaboration terminée dans une phase “très préliminaire”

El Confidencial rapportait les détails du protocole d’accord qui liait les deux cabinets et auquel il avait eu accès. “Il y est envisagé que le bureau d’architecture de Nawfal Bakhat ait eu recours à Lamela pour la ‘gestion de projets en collaboration’ qui comprenait des travaux de consultation, de conseil et de sous-traitance pour ‘réaliser une offre et les services résultants’”, dévoilait le journal espagnol.

“Dans une première phase d’études, Lamela serait responsable de 32% des travaux (études préliminaires, avancement des résumés, autorisations et projet d’exécution) contre 18% pour Bakhat. En phase de développement, l’architecte marocain serait responsable de 32% des tâches (contrôle de l’exécution, réception provisoire du contrat et réception finale) contre 18% pour le bureau de Madrid”, ajoutait-il.

Nawfal Bakhat réaffirme les limites de leur collaboration: il avait invité Carlos Lamela à rejoindre son équipe en mission de conseil et d’assistance technique, en préparation au concours lancé pour la réalisation du stade. Concours ouvert ”à tous les architectes inscrits au tableau de l’Ordre National des Architectes. Ceci fait que, par force de loi, toute personne qui n’obéit pas à ces critères ne puisse participer ni prétendre à un droit de propriété intellectuelle ni présenter le projet auprès des instances compétentes officielles”, rappelle l’architecte marocain.

Le protocole d’accord signé en amont du projet stipulait clairement ces limites et les prérogatives du Marocain en cas d’attribution du projet, “et ce, conformément à la législation marocaine et aux règles de notre profession”, précise M. Bakhat. Un protocole d’accord enfreint selon lui par le cabinet Lamela quand ce dernier “a refusé de porter toute assistance au développement du concept et sa modification afin de l’adapter aux nécessités et remarques exprimées par les instances compétentes”, affirme l’architecte. Un deuxième différend sur l’approche technique et conceptuelle proposée pour mener à bien la conception du grand stade a définitivement mis fin à leur collaboration.

Une rétribution pour régler le différend

Dans son article, El Confidencial mettait en avant que le cabinet Lamela avait décidé de porter ces accusations parce que Nawfal Bakhat “a tenté de régler l’affaire, selon le communiqué, avec un montant de 96 199,80 dirhams (8 640 euros) en compensation, ce que le bureau n’a pas accepté.” Ce dernier a refusé car le concours était d’une valeur de ”60 millions d’euros et Lamela demande le paiement d’une facture pour l’utilisation intellectuelle de ses plans allant jusqu’à 230.000 euros”. 

De son côté, l’architecte marocain affirme que Carlos Lamela a refusé sa proposition de régler le différend “d’une manière équitable, juste et à l’amiable, en le rétribuant à la hauteur de sa participation effective”. C’est là que le cabinet espagnol aurait entamé “une étape marquée par le chantage et a menacé de recourir aux campagnes médiatiques et aux organismes internationaux entre autres”, souligne l’architecte. “Malgré le fait que le protocole d’accord, que je respecte, ait clairement inclus une procédure de règlement des litiges”.

Nawfal Bakhat affirme avoir mandaté ses avocats pour intenter une action en justice contre Carlos Lamela, ajoutant qu”’il s’agit simplement d’un différend contractuel entre deux professionnels ou deux cabinets”, non pas d’une “affaire aux allures de conflit international”.