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04/03/2019 17h:11 CET | Actualisé 04/03/2019 17h:11 CET

Langue d’enseignement au Maroc: un cas d’école

"Il s’agit d’un débat salutaire et vital pour le Maroc moderne car il remet l’éducation à sa place: au centre des attentions".

Youssef Boudlal / Reuters
Des élèves écoutent leur professeur à Rabat, le 6 février 2019.

SOCIÉTÉ - Cela fait quelques semaines que j’observe avec intérêt l’agitation autour d’un projet de loi-cadre sur l’enseignement au Maroc. A l’origine, le blocage du PJD et du parti de l’Istiqlal du texte de loi instaurant le français comme langue d’enseignement des matières scientifiques en remplacement de l’arabe*.

Avant toute chose, il s’agit d’un débat salutaire et vital pour le Maroc moderne car il remet l’éducation à sa place: au centre des attentions. Si le populisme d’une classe politique et de certains médias menace la sérénité du débat, nous sommes en train d’apprendre à débattre et devons déconstruire la démagogie par la force de la raison. C’est d’autant plus salutaire!

L’enseignement des matières scientifiques en français fait sens dans la mesure où il permettrait une meilleure intégration des élèves à l’enseignement supérieur (où les cours sont dispensés en français), aussi bien que l’intégration de nos diplômés dans un marché du travail au contexte de plus en plus international.

Par ailleurs, une expression française résume mon point de vue sur ce projet de loi: “Mettre la charrue avant les bœufs”. Et pour cause, nos enseignants ne sont pas outillés pour enseigner les matières scientifiques en français. En 2014, le ministre de l’éducation nationale en exercice, Rachid Belmokhtar, alertait déjà sur la formation des professeurs. Il affirmait “que sur 128.000 enseignants du primaire, seuls 60.000 enseignent en arabe et en français mais tous ne maîtrisent pas parfaitement la langue de Molière”. Le reste ne pratique que l’arabe. Le constat qu’il fait peut être généralisé au collège et au lycée. Prendre le virage du français maintenant est dangereux et reviendrait à reproduire la même erreur de l’arabisation précipitée de l’enseignement au courant des années 70.

A mon sens, ce dont nous avons réellement besoin est une revue complète des programmes de formation des professeurs et d’enseignement des langues étrangères avec un parti pris de mettre l’accent sur le français et l’anglais. Nos professeurs et nos élèves ont besoin d’améliorer leur niveau de langue étrangère avant de négocier le virage de l’enseignement des matières scientifiques.

Le projet de loi aura un sens dans les cinq/dix prochaines années, lorsque nous aurons assuré le prérequis n°1 à savoir la formation des professeurs. Un proverbe grec dit que “Trop de précipitation cause la ruine”; notre système éducatif allant d’échec en échec, nous n’y avons plus le droit!

*en toute rigueur, le texte stipule l’enseignement des matières scientifiques et techniques dans les langues étrangères les plus utilisées.