TUNISIE
22/11/2018 18h:29 CET

L'ancien ministre du Domaine de l'État Mabrouk Korchid descend en flammes Ennahdha

“Je considère que nous avons été trompés par leurs discours durant les 3 dernières années”.

L’ancien ministre du Domaine de l’État des affaires foncières, Mabrouk Korchid, est revenu, jeudi, sur les raisons qui ont poussé Ennahdha à demander son éviction du gouvernement.

Échaudé par les déclarations de Rached Ghannouchi, qui avait affirmé, samedi lors de l’Assemblée générale du bloc parlementaire d’Ennahdha, avoir mis son veto contre certains ministres suspectés d’être corrompus avant de s’excuser, Mabrouk Korchid joue l’apaisement: “Je n’ai aucun problème personnel ni avec Rached Ghannouchi, ni avec personne d’autre. Je le remercie de s’être excusé mais c’est la moindre des choses, lorsqu’on commet une erreur” a-t-il affirmé avant de s’interroger:

“Il a d’abord dit qu’il a mis son veto contre des ministres suspectés de corruption et incompétents. Puis, deux jours après, il dit que ce sont des personnalités nationales, qui ont oeuvré pour le bien de l’État et qui sont compétentes. Il est donc de notre droit de savoir: Pourquoi a-t-il posé son veto contre nous puisque nous sommes des compétences nationales qui avons oeuvré pour le bien de l’État?”, faisant référence à deux autres ministres pour lesquels Ennahdha a également mis son veto.

Ce discours tenu par le président d’Ennahdha a ravivé de mauvais souvenirs à l’ancien ministre du Domaine de l’État: “je considère que nous avons été trompés par leurs discours durant les 3 dernières années”.

“Nous avons accepté d’être au sein d’un gouvernement d’union nationale, c’est à dire que nous avons accepté de travailler avec des gens avec qui nous sommes en désaccord politiquement, mais il s’avère qu’eux ne nous ont pas accepté” a déploré Mabrouk Korchid.

Selon lui, “l’idée de la mise à l’écart (NDLR: de ceux qui ne sont pas en accord avec eux) vient d’eux (...) Le discours de Rached Ghannouchi a montré au peuple tunisien que cette idée est revenue de nouveau chez Ennahdha. Elle nous ramène à leurs discours de 2011 et 2012”.

Les dessous de son éviction 

Affirmant connaitre les raisons pour lesquelles Rached Ghannouchi a refusé qu’il continue l’aventure au sein du gouvernement, Mabrouk Korchid explique que c’est parce qu’il s’est “opposé aux décisions de son parti en de nombreuses occasions, notamment sur trois gros dossiers”: Celui des réparations aux victimes de l’ancien régime, celui de la Banque Franco-Tunisienne et enfin la peur d’Ennahdha de voir son hégémonie sur le sud du pays ébranlée par de nouvelle figures politiques.

Concernant le dossier des réparations accordées aux victimes de l’ancien régime, il explique avoir dit à de nombreuses reprises, qu’il n’était pas possible de donner réparation aux victimes en se servant des caisses de l’État refusant ainsi de signer des accords dans ce sens avec l’Instance Vérité et Dignité (IVD) faisant porter aux Finances publiques tunisiennes un nouveau fardeau.

“Ils l’ont considéré comme une prise de position personnelle contre l’IVD et les personnes concernées par ces dédommagements. Cela représente 62.000 personnes (...) qui demandent à être indemnisées via les caisses publiques” déclare-t-il.

Pour lui, si la loi ne prévoit pas expressément un dédommagement aux victimes, cela doit alors passer par la Justice.

“Rached Ghannouchi a d’ailleurs réitéré cette demande lors d’un meeting tenu il y a 15 jours à Hammamet (...) où il a demandé des réparations des caisses publiques de l’État pour 62.000 personnes, considérées comme victimes” a souligné l’ancien ministre, expliquant que ce n’est pas aux caisses de l’État de supporter cela. “Par ailleurs et d’un point de vue personnel, je ne considère pas que le militantisme nécessite en contrepartie des dédommagements” a-t-il ajouté.

Facebook/Mabrouk Korchid

 

Concernant la deuxième affaire qui lui a valu les griefs de Rached Ghannouchi, c’est celle relative à l’affaire de la Banque Franco-Tunisienne: “J’ai étudié le dossier (...) et estimé que l’État tunisien doit recouvrer ses droits dans ce dossier”.

“Une décision judiciaire avait été prise contre l’État tunisien. On fait quoi? On laisse faire une décision de justice capable de mettre à genoux l’économie nationale? (...) Moi j’ai choisi de ne pas me taire” a-t-il déclaré. 

Ce dossier a dérangé selon lui, car “un des accusés est le gendre d’un grand dirigeant d’Ennahdha” dit-il en référence à Slim Ben Hmidane, ancien ministre du Domaine de l’État sous la Troïka et gendre du dirigeant d’Ennahdha Mohamed Ben Salem.

“Et comme par hasard, à un moment donné, l’un était ministre des Affaires de l’État et l’autre ministre de l’Agriculture. Or, les deux ministères ont un rôle de contrôle l’une sur l’autre” a déploré Korchid.

Enfin, la troisième raison ayant poussé Rached Ghannouchi à poser son veto contre lui, “est une raison purement politique”, celle relative à l’hégémonie que souhaite avoir Ennahdha sur le sud du pays: “Ils pensent que le sud tunisien est leur chasse gardée (...) Le chef du gouvernement m’a donné pour mission de m’occuper du dossier du développement du gouvernorat de Médenine”. 

Or selon lui, cela a fortement dérangé Ennahdha: “Ils ont considérés que comme j’étais de Médenine et que je devais m’occuper du développement régional du gouvernorat, cela allait créer autour de moi une forme de popularité qu’ils n’acceptent pas, car elle pourrait changer les équilibres électoraux”.

Dans ce sens, des députés d’Ennahdha ont envoyé des requêtes écrites au chef du gouvernement lui demandant de retirer au ministre le dossier du développement du gouvernorat de Médenine. 

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