MAROC
18/10/2018 11h:30 CET | Actualisé 18/10/2018 11h:53 CET

Lamiae Benmakhlouf, DG du Technopark: "Le Technopark Agadir sera le premier pensé pour abriter des start-up technologiques"

État des lieux et prévisions avec le lancement en 2019 du Technopark Agadir.

Technopark/Facebook

ENTRETIEN - Il y a deux décennies, les incubateurs d’entreprises n’étaient pas légion et la ‘hype’ de la start-up nation ne s’était pas encore emparée du monde de l’entreprise. Pourtant, avec plus de 1.000 entreprises qui y ont transité depuis sa création en 2001, le Technopark peut légitimement revendiquer le statut de premier accélérateur de jeunes pousses au Maroc. Invitée cette semaine de l’événement start-up Initiative 4Afrika de Microsoft, Lamiae Benmakhlouf, discrète patronne de la société gestionnaire du Technopark, a accordé un entretien au HuffPost Maroc.

HuffPost Maroc: Pourriez-vous nous dresser un état des lieux du dernier-né des Technopark, celui de Tanger?

Lamiae Benmakhlouf: Le Technopark de Tanger est le fruit d’un partenariat public-privé. Le bâtiment nous a été mis à disposition via les domaines de l’État. Nous l’avons récupéré en 2014 et réaménagé. Il est opérationnel depuis fin 2015. Aujourd’hui, nous avons dépassé la cinquantaine d’entreprises sur site. Tous les services qui existent sur Casablanca et Rabat y ont été dupliqués. Les entreprises qui y sont hébergées opèrent dans différents secteurs, des CRM (customer relationship management, ndlr) au big data en passant par le marketing digital.

En général, nous sommes contents de la dynamique qui s’opère dans la région du Nord. Nous avons conclu des partenariats avec des opérateurs de la région, notamment la chambre de commerce espagnole, la chambre de commerce française et d’autres associations qui sont dans la promotion de l’entrepreneuriat et la technologie. Plusieurs événements professionnels s’organisent aussi au sein du Technopark de Tanger. Nous commençons à fédérer un écosystème dans la région.

Nous avons aussi permis à nos partenaires actuels tel que Enactus, l’AFEM et Réseau Entreprendre Maroc de s’installer sur place pour être à proximité des entreprises qui y sont incubées. C’est grâce à cet accompagnement que nos start-up arrivent à relever les difficultés auxquelles elles font face, notamment en termes de financement et d’accompagnement.

Est-il, comme celui de Casablanca lors de son inauguration en 2001, axé IT?

La mission initiale du Technopark était d’encourager la création d’entreprises dans les TIC. Toutefois, en 2010, nous avons suivi la stratégie nationale d’encouragement et d’incitation aux entreprises qui opèrent dans le développement durable. Nous nous sommes ouverts aux entreprises Greentech. Depuis 2015 et l’ouverture du Technopark de Tanger, nous nous sommes également ouverts aux industries créatives. Aujourd’hui, nous avons des projets culturels qui sont installés à Tanger mais aussi à Casablanca et Rabat. L’Boulevard par exemple, qui est une association qui promeut la culture et la musique urbaine, est hébergé chez nous, à Casablanca. Nous avons prévu de dupliquer cette expérience à Tanger avec un projet intitulé Daba Tech, une association qui oeuvre dans la culture, que ce soit le théâtre ou la danse.

Qu’en est-il du site d’Agadir, qui verra le jour en 2019?

C’est le fruit d’un partenariat avec la région d’Agadir, la chambre de commerce et d’industrie de Souss Massa et le Technopark. La région et la chambre de commerce vont mettre à notre disposition un bâtiment qui est en cours de construction, et la société de gestion des Technopark s’occupera de l’exploitation. Le bâtiment répond à certains prérequis en terme d’architecture d’intérieur et de découpage des lieux. C’est une première d’avoir un bâtiment Technopark pensé à la base pour abriter des start-ups technologiques. Les locaux de Casa, Rabat et Tanger avait été aménagés mais pas construits. La capacité à Agadir sera de 80 entreprises présentes sur site. Nous mettrons bien évidemment à disposition les mêmes services que ceux qui existent sur Casablanca, Rabat et Tanger. Nous voulons aussi mettre la technologie au service du développement de certaines spécificités de la région tels que le tourisme, l’aquaculture ou encore les produits du terroir.

Qui gère les Technopark ?

C’est la société de gestion MITC( Morocco Information Technology Company) à capitaux mixtes qui gère l’ensemble des sites. La CDG est impliquée à hauteur de 18%, l’État a 33%. Le reste, ce sont des banques privées marocaines.

Quel est le taux de survie des entreprises qui y sont incubées ?

Nous avons deux indicateurs que nous surveillons. Le taux de survie au-delà de 2 ans, qui est de 87% versus les 33% nationaux avancés par les CRI. Et le taux de survie au-delà de 5 ans, qui est de 82%. Cela veut dire que les entreprises qui quittent le Technopark continuent d’exister. Mieux encore, elles se développent, recrutent plus de salariés, exportent… ce sont des PME à part entière.

Quels sont vos indicateurs de performance ?

Avec nos 15 partenaires écosystème logés au sein du Technopark, nous avons accompagné 1.000 entreprises depuis nos débuts. Aujourd’hui, nous gérons environ 300 entreprises en permanence: 200 à Casablanca, 35 à Rabat et nous en sommes 55 sur le site de Tanger, sachant que ce dernier a le potentiel d’en accueillir 100. Nous avons un turn-over de 25% et un taux d’occupation de 100%. Nous accueillons 70 nouvelles entreprises annuellement. Le départ se fait soit de manière naturelle car il arrive que certaines start-up demandent une extension d’espace que nous ne pouvons pas toujours leur offrir. La priorité est donnée aux nouvelles créations. Toutefois, même lorsque les entreprises quittent physiquement le Technopark, elles ont toujours accès à nos services que ce soit les formations ou les événements de networking. Nous avons aussi une communauté de 2000 salariés d’une moyenne d’âge de 30 ans et un flux mensuel de 7000 visiteurs.

Quel mantra essayez-vous de transmettre aux entreprises que vous côtoyez quotidiennement?

Nous encourageons nos entreprises à envisager non pas simplement le marché local, mais le marché régional voire international. Nous avons de belles pépites qui travaillent au niveau continental et mondial, que ce soit M2T, ValuePass, la fintech IPRC ou encore Dataprotect et LMPS, qui sont dans la sécurité et qui sont opérationnelles au niveau international. C’est une fierté.