MAROC
25/11/2018 13h:08 CET | Actualisé 25/11/2018 17h:30 CET

Lalla Meyrem et l'ONDE s'engagent contre le fléau des enfants des rues en Afrique

"Un enfant des rues sur 4 est donc Africain”

MAP

CAUSE - 30 millions d’enfants africains sont à la rue. Une situation alarmante et préoccupante pour la princesse Lalla Meryem, porteuse d’un message du roi Mohammed VI, samedi 24 novembre à Marrakech, pour clore la 8ème édition du forum Africités. Devant une assemblée panafricaine constituée de ministres, hauts responsables et élus, le message du souverain a résonné comme un appel urgent à lutter contre le phénomène des enfants en situation de précarité dans les rues du continent. 

“L’avenir de nos villes et de nos nations dépend de ce que nous offrons aujourd’hui à nos enfants. Et nos enfants en situation de précarité ne sont pas invisibles, ils sont présents et ils sont aussi le futur”, indique le message royal lu par la princesse. En sa qualité de présidente de l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE), qui s’engage depuis 2015 en faveur des enfants défavorisés du royaume, Lalla Meryem a, de facto, lancé la vaste campagne panafricaine baptisée “Pour des villes africaines sans enfants en situation de rue”? Objectif: placer l’enfance au cœur des politiques urbaines des villes africaines et rendre la dignité aux enfants en situation de rue.

C’est un objectif national et continental soutenu notamment par le CGLUA (Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique), le Réseau des femmes élue locales d’Afrique (REFELA), avec l’appui et le soutien de l’UNICEF. Il s’inscrit dans le cadre des Objectifs du développement durable de 2030 établis par l’ONU. 

“On estime à 30 millions les enfants qui vivent dans les rues des grandes villes africaines. Il faut agir avant que ce phénomène ne devienne incontrôlable”, a ajouté, pour sa part, Céléstine Ketcha, maire de Bangangté au Cameroun et présidente du REFELA qui a salué, dans son allocution, l’engagement du Maroc et “le message poignant” du roi Mohammed VI. “C’est la faillite d’une famille, mais aussi d’un système, c’est le recul de nos valeurs, il faut retrouver nos valeurs de solidarité”, a-t-elle déclaré. Et d’appeler à “donner à ces enfants des rues l’accès aux services sociaux, en particulier l’accès à la santé, à l’éducation et à l’hébergement afin de réduire ce phénomène d’ici 2030”. 

Le Maroc ouvre la voie

“Sur les 120 millions d’enfants des rues dans le monde, il en est plus de 30 millions qui survivent dans notre continent. Un enfant des rues sur 4 est donc Africain”, a souligné le message du roi pour qui ce chiffre est non seulement accablant mais aussi “en contradiction avec les valeurs ancestrales” des sociétés africaines qui placent la solidarité et la famille en priorité. 

Aucun des 54 pays du continent n’est épargné par ce phénomène. “Comme les autres pays d’Afrique et du monde, le Maroc n’échappe malheureusement pas au défi que représente le problème des enfants sans abri”, affirme le discours royal. A travers cette campagne, le Maroc ambitionne d’ouvrir la voie et mobiliser toute l’Afrique pour déclencher une dynamique nationale et continentale par le biais d’actions tangibles. 

Ainsi, chaque ville adhérente à cette campagne devra suivre une feuille de route articulée autour de 5 phases-clés. La directrice exécutive de l’ONDE, Lamia Bazir, a expliqué, lors de la cérémonie qu’il est question de l’élaboration d’une stratégie de ville axée sur les enfants dans le plan d’action communal avec un budget conséquent, d’avantage d’institutions et du renforcement des actions de prévention et proactives au niveau des familles. L’urbanisation et l’accès aux services, loisirs, écoute, santé sont également sur cette feuille de route qui propose, dans ce sens, la création de points focaux. 

Rabat, ville pionnière

Si de nombreuses réformes et une politique intégrée de protection de l’enfance au Maroc ont été adoptées, “il reste beaucoup à faire”. “La sauvegarde des enfants ne s’arrête pas aux atteintes à leur intégrité physique, morale et psychologique; elle suppose la création des conditions d’un épanouissement économique, social et culturel”, souligne le message royal.

La ville de Rabat accueillera le projet pilote de la campagne soutenue financièrement par l’UNICEF “Rabat: une ville sans enfant en situation de rue”. Ce projet vise à faire de la capitale du royaume une ville pionnière et un modèle à suivre pour le Maroc et le continent. D’ici 2030, il faudra réduire de 25 % le nombre d’enfants livrés à eux-mêmes dans les rues africaines. “Nous voulons montrer que le Maroc s’engage concrètement et se donne les moyens pour faire face à la problématique des enfants de rue”, a poursuivi la directrice de l’ONDE. 35 villes ont déjà signé le protocole d’entente et la liste continuera à s’élargir après le sommet.

Et puisque l’heure est à l’action, trois conventions de partenariat ont été signées par Lamia Bazir et le secrétaire général des Cités et Gouvernements Locaux-Unis (CGLU), Jean Pierre Elong Mbassi. Une convention cadre de coopération a aussi été scellée par l’ONDE et le Fonds des Nations unies pour l’enfance, sous la présidence de la princesse. 

 #GhirChoufouni

Dans les allées du forum Africités paradent des centaines de jeunes également porteurs d’un message imprimé sur leurs casquettes rouges et vestes noires. “Je ne suis pas invisible”, “I am not invisible”, “Ghir Choufouni” (“Regardez-moi”) peut-on lire dans trois langues. C’est la phrase clé, le leitmotiv, de la campagne lancée par l’ONDE pour attirer l’attention sur la situation des enfants de rues. A l’ère du digital, c’est précédées d’un hashtag que ces phrases doivent être virales et partagées à grande échelle sur les réseaux sociaux, là où un simple slogan peut générer des millions d’engagements.

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Ces jeunes “parlementaires” en mission pour l’ONDE ont arpenté le forum pour faire signer une pétition “aux plus grands”, que l’on peut retrouver sur le site www.jenesuispasinvisible.com. Un rapport sera remis, plus tard, à la princesse Lalla Meryem, pour évaluer la portée de l’action. 

Sur scène, après les allocutions des officiels et autres hauts-responsables, trois de ces jeunes sont montés pour livrer un message et demander aux adultes de tenir une promesse solennelle: celle de les protéger coûte que coûte. Car, comme l’a rappelé le souverain dans son discours empreint d’espoir, “sans protection de l’enfance africaine, l’Afrique ne saura relever le défi de son émergence, sans protection renforcée des générations futures, l’Afrique ne pourra tirer bénéfice de son dividende démographique”. A bon entendeur.