TUNISIE
21/06/2019 16h:30 CET

L'Aleca un piège pour la Tunisie? Le politologue Riadh Sidaoui s’insurge contre les risques de cet accord pour l’économie nationale

Pour lui, cet accord exposerait les entreprises tunisiennes à une concurrence déloyale.

L’Accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) fait encore polémique. Entre craintes et opportunités, le débat se poursuit.

Cet accord dont la signature était initialement prévue fin 2019, prévoyait l’instauration d’une zone de libre-échange avec l’Union européenne. Prolongement de l’accord d’association signé entre les deux parties en juillet 1995, le nouveau texte de l’Aleca va plus loin en allégeant les barrières douanières notamment dans dans les domaines de l’agriculture et de l’alimentation.

Le dilemme entre la circulation des biens, des flux financiers et des services, en dépit de la circulation des personnes est une inextricable pomme de discorde entre les deux parties. La position de la Tunisie s’avère fragile surtout que sa décision qui sera prise d’ici quelques mois sera cruciale et irréversible puisqu’elle engage le pays pour les décennies à venir. 

Selon le directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (CARAPS) de Genève, Riadh Sidaoui, la Tunisie n’est pas en mesure de faire face à la libéralisation de certains secteurs comme le prévoit cet accord. 

C’est un danger pour l’économie nationale, confie Sidaoui à demi-mot. Avec l’Aleca, la Tunisie se trouve, selon lui, confrontée à une économie en déclin et risque de ne pas pouvoir remonter la pente. 

Pour étayer ses propos, le directeur de CARAPS est revenu sur les risques de l’Aleca sur l’économie tunisienne. D’après lui, dans un contexte de déséquilibre de développement entre les deux parties, ce partenariat ne serait pas aussi bénéfique pour la Tunisie. Une situation gagnant-gagnant est encore loin d’être atteinte. C’est plutôt, “le fort et le faible” s’insurge-t-il en précisant que la négociation ne se ferait pas d’égal à égal dans le sens d’intérêts communs.

Depuis la signature en 1995 par la Tunisie d’un accord concernant les seuls produits industriels, son impact était fatal pour l’industrie tunisienne. 

“L’industrie tunisienne du textile était très prospère à Ksar Hellal [une ville considérée comme la capitale du textile tunisien], aujourd’hui, elle est morte. A cause de quoi? En raison de ces accords de libre échange”, déplore-t-il tout en notant que la Tunisie ne disposait pas d’aides financières comme certains pays de l’Union européenne à l’instar du Portugal ou de la Grèce. “C’est l’hypocrisie politique” martèle-t-il. 

Pour lui, cet accord exposerait les entreprises tunisiennes à une concurrence déloyale et les fardeaux d’un tel partenariat seront supportés essentiellement par la classe moyenne. 

A ses yeux, cet accord est très complexe et ne fait que pénaliser la classe moyenne tunisienne. “Or, on ne peut pas construire une démocratie sans la classe moyenne” lance-t-il. 

 “Les bureaucrates de Bruxelles doivent comprendre ce qui se passe dans ces pays du ‘tiers-monde’. Ce que signifie ‘une classe moyenne’, ‘le pouvoir d’achat’, ‘des licenciements par milliers’...”, souligne-t-il.

Face à ces enjeux, Sidaoui appelle l’UE à faire des concessions et de soutenir la démocratie sociale en Tunisie.

L’Aleca est loin de faire l’unanimité : organisations, syndicats, économistes ou encore élus, ont fustigé au cours de ces derniers mois un accord qui risquerait, selon eux, de fragiliser l’économie tunisienne. 

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