ALGÉRIE
09/02/2016 04h:45 CET | Actualisé 09/02/2016 11h:53 CET

Lakhdar Brahimi pessimiste sur la Syrie : "Daech est l'enfant naturel des Américains et des Iraniens"

flickr.com/photos/chathamhouse/
Lakhdar Brahimi

Dans un entretien publié par le site Mediapart, l’ancien ministre algérien des affaires étrangères et ex-médiateur de l’Onu pour la Syrie affiche son grand scepticisme sur les négociations entre Damas et l’opposition.

Pour lui, les Syriens, ceux du régime comme ceux de l’opposition, ne sont pas disposés à un "compromis" et que les choses dépendent totalement des "sponsors" des différentes parties syriennes, la Russie, l’Iran, les Etats-Unis et les pays de la région.

"Si tous ces pays sont déterminés à trouver une issue politique et qu’ils travaillent ensemble sérieusement, on peut nourrir quelques espoirs. Sinon, il n’y a rien à attendre. Et je crains que nous soyons dans cette hypothèse."

Le changement de la donne militaire en faveur de Damas grâce au soutien iranien et russe renforce sa détermination alors que les sponsors de deux camps sont encore loin d’un consensus sur l’issue de la crise.

Les choses n'ont pas changé par rapport à 2014 où il avait contribué, en tant que médiateur de l’Onu, à la tenue des négociations de Genève II. Là également, dit-il, les conditions n’étaient pas réunies et que la délégation du gouvernement syrien n’était pas venue pour négocier mais juste pour plaire aux russes.

Le régime syrien considérait qu’il mène un combat contre des terroristes, en grande partie étrangers et estimait que les syriens engagés dans le conflit «par erreur, cupidité ou stupidité" étaient les bienvenus s’ils voulaient rentrer chez eux. Mais il n’offrait rien de plus.

L’accumulation d’erreurs des Occidentaux

"C’était le langage que j’entendais à l’époque. C’est le langage que j’entends aujourd’hui. Il n’y a en fait rien de changé…" Selon Lakhdar Brahimi, les occidentaux ont accumulé les erreurs graves depuis le début de ce qui a été appelé les "printemps arabe.".

Il cite à cet effet, la proposition de madame Alliot-Marie, ministre française des affaires étrangères de fournir des gaz lacrymogènes au régime de Ben Ali pour contenir le mouvement de protestation.

La seconde erreur est d’avoir cru que la décision de Moubarak de ne pas se représenter à l’élection présidentielle suffisait pour mettre fin à la contestation. La troisième erreur est d’avoir cru que Bachar Al-Assad abandonnerait le pouvoir comme l’ont fait Ben Ali et Moubarak.

" Ils se sont trompés une troisième fois. Et cette succession d’erreurs a été terrible.". A la question de savoir pourquoi Bachar a décidé de rester au pouvoir alors que Ben Ali et Moubarak l’avaient quitté, Lakhdar Brahimi répond de manière lapidaire : "parce qu’il est syrien."

Le président Bachar pense "réellement" qu'il y a une "conspiration" et les dirigeants du Baath sont convaincus qu’il est ce "qu’il y a de mieux pour le pays" et que ceux qui le critiquent et s’y opposent sont des "ennemis de la Syrie."

" La violence de la répression par l’armée et la police, l’apparition des armes, du côté des manifestants alors que pendant au moins trois mois, les marches étaient parfaitement pacifiques, ont mis en branle l’engrenage qui a conduit la Syrie à la situation qu’elle connaît aujourd’hui. ".

Pour Lakhdar Brahimi, l'erreur des "sponsors" étrangers est d'avoir décidé que Bachar était fini, certains allant jusqu’à fermer leurs ambassades et à faire de son départ un préalable.

"Et personne ne s’est interrogé sur les raisons d’une telle erreur de jugement. La même question se pose sur la politique actuelle des Occidentaux… Mais c’est une question que personne ne semble se poser ni à Paris, ni à Washington, ni à Ankara. "

Entretemps, il y a eu le facteur Daech qui "était à l’origine une organisation irakienne » et l’Iran "qui est maintenant le pays le plus influent en Syrie.". La situation actuelle est une conséquence de l’intervention américaine en Irak en 2003. L’Irak était un Etat fort "qui utilisait la terreur, mais qui fonctionnait, malgré les sanctions internationales. C’était un État moderne."

Les américains ont "offert l’Irak, débarrassé de Saddam" aux iraniens

En 2003, les américains ont "offert l’Irak, débarrassé de Saddam" aux iraniens, ils ont choisi "délibérément " et malgré les avertissements » de détruire les deux piliers de l’Etat, l’armée et le parti Baath avec pour conséquence une prolifération des groupes armés et des milices.

"Pour moi, Al-Qaïda est l’enfant naturel des Américains. Et Daech est l’enfant naturel des Américains et des Iraniens. C’est pourquoi je pense que l’invasion de l’Irak a changé l’équilibre géostratégique du Moyen-Orient de manière fondamentale.".

Pourquoi, les américains ont-ils pu commettre une telle erreur en Irak ? Cela reste un "mystère" pour Lakhdar Brahimi qui suggère néanmoins un effet de l’influence d’Israël sur les décisions aux Etats-Unis.

"Je constate simplement que le cas de l’Irak relevait à l’époque du Pentagone et non du département d’État, que les experts les plus écoutés du Pentagone – Paul Wolfowitz, Eliott Abrams, Richard Perle – étaient tous proches d’Israël. Et qu’Israël tenait l’Irak pour un de ses ennemis majeurs. C’est la seule explication que je vois à cette folle entreprise de Bush."

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