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02/02/2019 15h:09 CET | Actualisé 02/02/2019 15h:09 CET

Laissez-nous aimer!

"Force est de constater que le Maroc se referme désespérément sur lui-même et refuse d’ouvrir les yeux sur le monde."

Aleksandr Kuzmin via Getty Images

SOCIÉTÉ - Il tourne sur la toile des extraits d’une émission de Télé Maroc, chaîne satellite émettant depuis l’Espagne, où ils ont osé évoquer la situation des personnes transgenres et par association, l’ensemble de la communauté LGBT.

Une des invités, auto-proclamée coach de vie accompagnant les jeunes suite à la découverte fortuite d’un quelconque diplôme dans un paquet de céréales, n’a pu s’empêcher de faire tous les amalgames du monde et de sortir tous les clichés possibles. L’homosexualité serait donc une maladie, une honte et bien sûr issue éventuellement d’une éducation parentale défaillante, punissable par la justice divine sous prétexte d’un vague hadith dont elle ne se souvenait plus bien (sic).

Cette histoire fait écho à une vidéo récente d’un pauvre homme pris en flagrant délit à Marrakech en tenue de femme, hué et maudit par la foule et bousculé un peu par les policiers. Quand je parle ici de délit, ce n’est pas au sens du code pénal mais dans le sens commun un peu obtus et archaïque d’une populace fermant les yeux sur la réalité de la vie et croyant que tout le monde est identique à leurs standards pré-définis. A tel point, et il faut le signaler, qu’une enquête interne a été diligentée pour rappeler aux forces de l’ordre que le respect des libertés individuelles était tout aussi sacré que le code pénal ou le texte du même nom et qu’à ce titre on ne devait pas traiter un individu en fonction de ses penchants sexuels.

Pourquoi se pencher sur cet épiphénomène puisque selon les études qui sont extrêmement difficiles à mener vu les tabous existant sur la sexualité et qui plus est sur l’homosexualité, cela ne concernerait qu’entre 5 et 15% (étude Kinsey) de la population, soit au Maroc “seulement” 2 à 3 millions de Marocains et de Marocaines?

Moi qui d’ordinaire me préoccupe des 18 millions et quelques de femmes marocaines dont les droits humains et civils sont bafoués et la liberté foulée au pied des inégalités, tomberais-je dans l’anecdotique?

Et bien non, car tout ceci relève bien de la liberté de conscience et de faire de chacun. Au respect de son individualité et de son libre choix.

Car non, être homosexuel tout comme être une femme n’est pas une maladie, un défaut de conception ou la faute à pas de chance! C’est un fait ou un choix ou un état appelez-le comme vous voulez, qui ne regarde que l’individu en question et que l’ensemble des citoyens doivent respecter parce que cette personne reste avant tout un être humain.

Mais voilà, le bon peuple ne peut s’empêcher d’évoquer la tradition ou la religion.

La tradition? L’homosexualité n’est pas un fait nouveau et elle existe depuis que l’homme est homme. En fonction des périodes historiques, elle a été plus ou moins bien perçue, acceptée voire revendiquée. Dans notre société même, les hommes se travestissant en femmes ont été adulés et applaudis il n’y a pas si longtemps.

La religion? Elle se base sur l’histoire racontée par l’ancien testament où Loth s’en est allé à Sodome, ville réputée pour les pratiques homosexuelles et que le Dieu de la bible aurait punie en la rasant au motif que les habitants auraient tenté de forcer deux jeunes hommes contre leur gré. Les chrétiens se sont basés au Vème siècle sur cette histoire pour condamner l’homosexualité.

Les juifs les moins intransigeants évoquent l’histoire pour dénoncer le manque de respect aux gens de passage que l’on accueille. Et certains musulmans se sont basés sur l’histoire du peuple de Loth (désolée pour lui puisqu’il ne s’agit pas de son peuple mais d’une ville où il était de passage) pour stigmatiser l’homosexualité masculine car il est vrai que dans une société patriarcale polygame, le fantasme de coucher avec plusieurs femmes en même temps et avec un brin d’homosexualité féminine ne saurait être un pêché en attendant les 72 houris de l’autre monde!

En fait, force est de constater au Maroc que notre pays se referme désespérément sur lui-même et refuse d’ouvrir les yeux sur le monde et sur les réalités sous prétexte d’une tradition immuable et d’une vision dévoyée de la religion qu’il faut absolument suivre sous la pression sociale.

La prostitution existe dans toutes les villes du Maroc pour le plus grand bonheur de la clientèle locale ou étrangère venant souvent de pays musulmans, mais cela n’existe pas ou reste à tout le moins une honte. La jeunesse aspire à la liberté d’aimer mais faire l’amour sans être marié est punissable par la Loi et attire la sanction par la mise au ban et l’injure de la société entière. La virginité de la femme reste le sceau ultime de la bienséance. Alors deux jeunes hommes ou deux jeunes femmes amoureux l’un de l’autre est le dernier échelon de l’enfer éternel.

Combien de temps allons-nous encore maintenir la population dans cet abrutissement servile de fausse tradition et de religion non aimante en multipliant les mosquées et en laissant faire les faiseurs d’Imlill?

Il est temps de nous accepter et d’accepter les autres tels qu’ils sont, en laissant le libre choix à chacun et sans vouloir imposer nos croyances et traditions archaïques!

Le Maroc est un arbre dont les racines sont ancrées en Afrique mais qui respire par ses feuilles en Europe, disait Hassan II en 1986, et cette citation n’a jamais été aussi vraie car pour pouvoir respirer, il semblerait que certains soient obligés de passer la Méditerranée pour pouvoir pleinement vivre leurs libertés individuelles et assumer aux yeux de tous leurs choix de vie.

#SafiBaraka.