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26/12/2018 14h:31 CET | Actualisé 26/12/2018 14h:31 CET

La(es) Casbah(s): Entre Représentation et "Urbavilité"

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Il ressort à travers le titre que la Casbah est un pluriel. Je l’ai voulu ainsi, car, des Casbahs, ça existe et ça a existé dans plusieurs villes du pays. Chaque ville son histoire, mais, l’histoire de la nation est unique, est une seule. Le problème que je pose ici n’est pas d’ordre historique, ni politique d’ailleurs, quoique histoire et politique se mêlent et s’entremêlent.

Pour rentrer dans le vif du sujet, qui ne cesse de faire couler de l’encre, et qui  plus, réveille les esprits, sur ce qu’on appelle “revitalisation” de la Casbah d’Alger et qui à mon sens  devrait être celui des “Casbahs” puisque territorialement parlant, et si “planification stratégique ” existe. Bien avant qu’elle ne soit urbaine et se limite à la seule contrée d’Alger, la question qui s’impose c’est de donner un sens au terme “Revitalisation”.

Etymologiquement parlant, la “revitalisation”, ou bien “vitalisation” précédé du préfixe “Re”, et pour mieux cerner le sens, il en ressort plusieurs interprétations: ça peut être donner des caractères de vies à quelque chose, comme ça peut être interprété comme donner une vie à une réalité abstraite, ou tout simplement  donner un caractère de fécondité en analogie avec  la reproduction sexuelle.

Cela mène à dire que revitalisation peut signifier, redonner une vie à ce qui existe déjà, propulser une vie à ce qui a déjà existé et qui est ne représente plus rien, ou enfin rendre fécond quelque chose qui se caractérise par une stérilité non pas organique mais fonctionnelle, autrement dit rendre productif.

C’est en réalité dans le fond que devrait être approchée la problématique de toute éventuelle entreprise se rapportant au patrimoine, la CASBAH(s) en constituant une partie de ce vague patrimoine. Aujourd’hui, la CASBAH(S) existe, c’est un lieu(s), un milieu(s), un bâti(s) dans tous ses états, vécu par une composante sociale elle aussi dans tous ses états.

Ce qui est intéressant dans tout cela et qui se résume à un défi(s) auquel se trouvent confrontées d’une part une société qui est réduite à ce qu’on peut appeler les résidus (non dans le sens péjoratif du mot), mais, à une composante qui a résisté et résiste toujours contre vent et marées à toute éventualité de son déplacement d’un lieu où elle est enracinée, ou elle a développé une empathie envers ce lieu(x), et d’autre part, un pouvoir ( il ne s’agit pas ici de pouvoir comme tout un chacun le désigne comme étant le pouvoir politique, mais , des mécanismes et des rapports de forces qui eux engendrent un système ou un mode opératoire de la gestion de la ville(s).

Je ne suis pas politique, je ne prétends être urbaniste (ce mot est lourd de sens, de responsabilité, d’éthique, je le classe dans le domaine politico-juridique que dans toute autre science, j’ai peut-être un penchant pour “l’Urbanisation” parce que ce n’est qu’à travers elle que ce qui est aujourd’hui appelé urbanisme est né, non pas comme une science, mais comme un droit du sol”), architecte si que je le suis de formation, toutefois, ma courte expérience à titre privé s’est limitée au modèle de l’architecte aliéné, au même titre que le citoyen assujetti au logement, au véhicule ... l’homme endetté de la société de consommation.

Cela étant, le désassujettissement a un prix, c’est une lutte pour vivre honorablement, indépendamment, tout en optant pour quelque chose, et me voici en train d’apprendre, de découvrir, ce que ni le cursus, ni la profession me l’ont permis, sauf, d’en être sorti avec un penchant et un amour pour la société, celle dans laquelle je vis et avec laquelle je partage ses ”états aléatoires”.

C’est dans cet état d’esprit, et au vu de cet état des lieux qui ne doit laisser indiffèrent, comme le chante si bien Gibert Bécaud “ce qui tue le monde, c’est l’indifférence. Elle rompt et corrompt, même l’enfance”, que cette fameuse entreprise de “Revitalisation de la Casbah”, m’a interpellé, comme m’a interpellé le devoir citoyen, et le devenir de mon pays. En citant la Casbah d’Alger, moi qui ne suis pas Algérois, mais Algérien, des images, des cartes mentales à la Kevyn Lynch me sont venues à la tête, de la Souika de Constantine, de Sidi El Houari et des sites historiques d’Oran, De Tidjditt et de Tobbana à Mostaganem, des Ksours, de Kalaat Beni Hamad à M’Sila... , un don du ciel incommensurable, qui se recherche et pour qui la sauvegarde, la mise en valeur, restauration … ne consiste aucunement en des actions ponctuelles, mais cela relève d’une stratégie urbaine avant tout, c’est un “vouloir du pouvoir” mais, il ne peut y avoir de pouvoir sans savoir” ( concept que j’emprunterais à Michel Fouccault et que je développerais peut-être autrement).

Parlant de savoir, mais dans  un sens autre que celui développé par le philosophe français, puisqu’il est question de “revitalisation” , et au vu des trois définitions que j’ai étymologiquement cité ici-haut, il y’a besoin d’un “Savoir”, non pas d’un savoir-faire qui s’illustre à travers les œuvres architecturales que je qualifierais de Super-mondernistes de Jean Nouvel (architecte retenu pour le Neo-Projet de la Casbah), mais d’un savoir (connaissance) de la société.

Ce savoir dont doit faire usage l’élu de la gouvernance, c’est la “Représentation”. Par ce terme je ne cite pas la cadre bâti de la Casbah ou son parti architectural, mais, ce qui de nos jours fait défaut à la Casbah (par Casbah j’entends dire toutes les villes historiques du pays vouées à elles-mêmes). Ce petit grand quelque chose qui fait défaut que je qualifie par “Représentation”, c’est l’acte de faire appel, ou rendre présent, l’esprit qui régnait dans la Casbah, car représenter, c’est faire appel à une image que j’ai dans le présent, ou d’une image du passé qui m’échappe à présent et dont je dois absolument m’en souvenir, pour la reproduire, pour la rendre “féconde”, et le défi majeur c’est d’aboutir à une “CASBAH” féconde, car l’objectif de la fécondité c’est de maintenir une espèce, de veiller à sa permanence.

Il n’est pas moins important de vitaliser ce que j’appelle “l’Urbavilité”; ce néologisme qui à première vue associe, urbanité et civilité, mais dont le concept est défini comme l’accomplissement de la reconnaissance de “soi-même” avec “autrui”, non pas dans le sens d’accepter la “subjectivité” d’autrui comme étant “notre”, mais, de faire en sorte que nos subjectivités qui sont nos intérieurs et font que nos différences, se mimetisent temporairement ou en permanence dans le lieu ou l’espace qu’on partage, qui lui devient objectif, parce qu’il nous est extérieur.

C’était çà la CASBAH de “l’urbavilité”, le lieu de partage dans son sens le plus large, c’est bien la Casbah à laquelle aspire les Algériens, ça ne doit pas être un espace contemplé ou muséifié, mais un espace vivant et fécond, l’histoire a bel et bien prouvé qu’il a été fécond sur plusieurs plans.