MAROC
12/04/2019 14h:48 CET

L'activiste rifaine Nawal Ben Aissa interdite de sortir du Maroc pour une conférence à Amsterdam

En janvier dernier, sa peine de dix mois de prison avec sursis avait été confirmée.

SADET KARABULUT/TWITTER

SOCIÉTÉ - Nawal Ben Aissa n’a pas pu sortir du territoire national ce vendredi 12 avril. La police a interdit à l’activiste rifaine de quitter le Maroc alors qu’elle s’apprêtait à partir aux Pays-Bas pour participer à une conférence sur la justice sociale.

“Quand je suis arrivée au commissariat de police de l’aéroport de Nador ce matin, ils m’ont dit que mon passeport avait été annulé par le ministère de l’Intérieur et que je ne pouvais pas voyager”, a déclaré la jeune femme à l’agence de presse espagnole EFE par téléphone.

Elle a également indiqué que les agents de police lui ont dit que son passeport et celui de son fils mineur, avec qui elle voyageait, avaient été invalidés, même s’ils sont valables jusqu’en 2023.

La militante devait participer samedi 13 avril à Amsterdam à un événement organisé par le Parti socialiste néerlandais (PS) sur le thème de l’inégalité dans le monde et de la lutte pour la justice sociale, à l’occasion de la journée de la paix.

Sur Twitter, la députée Sadet Karabulut, membre du PS néerlandais, a indiqué dans une série de tweets que Nawal Ben Aissa avait été empêchée de quitter le territoire marocain “sans aucune raison”.

“C’est vraiment dommage que des gens comme Nawal soient opprimés de toutes les manières possibles à cause de leur lutte sociale”, écrit-elle, appelant les autorités marocaines à “arrêter cette politique autoritaire”. La responsable politique précise que l’activiste interviendra, via Skype, à la conférence prévue demain à Amsterdam.

Nawal Ben Aissa a également expliqué à EFE que son discours à la conférence d’Amsterdam portait sur son expérience en tant que femme lors de la révolte du Rif et sur la situation actuelle dans la région.

Perçue comme l’une des figures de proue du Hirak du Rif, elle a été placée en détention à quatre reprises en quatre mois pour des messages postés entre juin et août 2017 sur Facebook, et pour avoir manifesté aux côtés du leader du Hirak, Nasser Zefzafi.

Le 15 février 2018, elle a été condamnée à dix mois de prison avec sursis et à une amende de 500 dirhams pour “incitation à commettre des infractions pénales”, “participation à une manifestation non autorisée” et “insulte aux agents de la force publique”. Une peine confirmée par la cour pénale d’Al Hoceïma, le 17 janvier dernier.

Un mois plus tôt, en décembre dernier, elle s’était rendue en France et en Italie sans être gênée par la police, rapporte EFE.

L’ONG de défense des droits humains Amnesty International a plaidé à plusieurs reprises pour l’abandon de toutes les poursuites à son encontre. Pour l’organisation, Nawal est une “manifestante pacifique” qui a été victime “d’actes d’intimidation et de manœuvres de harcèlement répétés”.