MAROC
20/03/2019 10h:02 CET

LaCage Media, le média référence de l'actualité urbaine au Maroc

Il a contribué à l'émergence de la scène hip hop marocaine.

Capture d'écran Instagram

HIP HOP - La tournée européenne que vont bientôt entamer Shayfeen et MADD en est la preuve. Le rap marocain a su trouver sa place et conquérir un public venu du monde entier. Et ce, grâce au travail sans relâche et au talent de ses artistes, des acteurs et producteurs qui ont contribué à son émergence comme le collectif NAAR, mais aussi avec le soutien de LaCage Media, une équipe de jeunes “qui a décidé de mettre le pied à l’étrier pour développer la culture urbaine au Maroc”. Avec son fondateur, Khalil Filali, le HuffPost Maroc est revenu sur la naissance du site et son engagement en faveur de la scène urbaine marocaine.

À la question “qui êtes-vous?”, la réponse de Khalil Filali donne tout de suite le ton. “Une idée, un projet et beaucoup d’ambitions”. Quand LaCage Media voit le jour, en janvier 2016, les seuls supports qui rendent compte de l’actualité musicale de la scène urbaine marocaine ne sont que des pages Facebook amateures. Le site deviendra alors le premier média structuré qui “agit sur plusieurs volets (digital et terrain) à travers des évènements, des représentations de la culture urbaine dans des salons, auprès d’entités musicales locales et à l’international”. Les adeptes du genre, qui sont nombreux au Maroc et ailleurs, y retrouveront régulièrement des interviews d’artistes marocains et de rappeurs francophones étrangers.

La formule marche. LaCage Media connaît tout de suite du succès et l’équipe atteint son objectif: “crédibiliser le mouvement au Maroc et aligner nos artistes locaux au même niveau que celui des stars internationales, malgré le manque de moyens”, souligne le fondateur. Trois ans après avoir soufflé sa première bougie, LaCage Media s’est imposé comme le média urbain marocain de référence et a même donné naissance à “de nouveaux bambins dans le game en gardant la même optique de dénicher des talents et les mettre devant nos projecteurs pour booster la scène”.

Avec le temps, le site s’est aussi transformé pour encore mieux répondre aux attentes de ses lecteurs. L’équipe a entamé un virage sur sa plateforme, passant de 80% de contenu écrit et 20% de contenu visuel à quasiment 100% de contenu visuel. “Cela nous permet aujourd’hui de développer plusieurs concepts et de ne plus se limiter à relayer l’actualité urbaine mais plutôt être en mesure de créer notre propre contenu pour divertir la communauté LaCage”, explique Khalil Filali. Dans ces nouveaux concepts, par exemple, on retrouve “allo LaCage”, une série de freestyles qui fait découvrir les nouveaux talents que l’équipe du média a elle-même dénichés. “Une multitude de rappeurs n’étaient pas aussi réputés qu’ils le sont aujourd’hui avant de les exposer sur notre plateforme, à l’instar de Ouenza, Issam Harris, A6Gang, Xacto (Tagne/Madd) ou encore Lil Eytch”.

LaCage compte aujourd’hui plus de 81.000 abonnés sur YouTube et “nos vidéos atteignent plus de 1 million de vues par mois et plus de 10 millions de personnes par mois sur tous les réseaux confondus. Ce qui démontre l’ampleur de la culture urbaine dans la vie quotidienne de la jeunesse marocaine”, ajoute Khalil Filali. 

Les premiers Urban Awards du Maroc

Cette année, LaCage Media a marqué une nouvelle étape dans son engagement en faveur de la scène hip hop marocaine. Le site a organisé la première édition des LaCage Urban Music Awards, pour rendre hommage à la culture urbaine et célébrer les artistes qui ont pu marquer l’année 2018. “Aucun évènement purement urbain ne rendait hommage aux artistes de cette scène. Les rappeurs marocains génèrent beaucoup de chiffres mais aucun évènement ne les récompensait. On a pondu LaCage Urban Music Awards pour créer une sorte de compétition entre les artistes dont le seul gagnant est le public marocain mais aussi pour starifier cette scène urbaine qui, comme on a dit, a les chiffres et l’image. Il faut donc l’évènement qui va avec”.

Le public a été invité à choisir le meilleur artiste parmi les 21 artistes sélectionnés dans différentes catégories. Najy Razzy s’est imposé en tant que meilleur compositeur, le meilleur titre de l’année a été octroyé à MADD pour “Ey Ey Ey”, et le meilleur clip à MR CRAZY avec “NTM”, qui a aussi remporté le award de meilleur artiste masculin. “Khissous 2” de Draganov s’est illustré dans la catégorie du meilleur EP/album. Krtass Nsa est la meilleure artiste féminine de l’année 2018 et enfin, Ouenza, la révélation de l’année.

Ils ont reçu leurs trophées le 23 février dernier à Rabat. “On est satisfait du feedback qu’on a reçu du public marocain et de notre communauté en général. Côté artistes, le retour était très positif aussi, malgré l’absence de certains pour des raisons personnelles. Et on a reçu un soutien énorme de la part de plusieurs figures emblématiques de la culture urbaine au Maroc”, ajoute le fondateur du média.

La scène urbaine marocaine est “cruciale” dans le paysage de la scène mondiale

L’évolution et la reconnaissance de la scène urbaine marocaine ne s’est pas faite aussi rapidement que chez ses voisins. Elle a été possible, notamment, grâce à l’échange avec la scène de rap française, les médias comme LaCage et les producteurs marocains “qui produisaient des albums à des milliers de ventes de rappeurs français et qui ont pu collaborer avec des artistes marocains”. “Cette connexion qui a été créée entre ces deux scènes a donné naissance à des projets qui ont pu exporter le rap marocain à l’international et lui donner une crédibilité dans le pays par rapport aux autres genres. Désormais, le rap marocain est pris au sérieux et ça suscite l’intérêt de plusieurs labels et organismes étrangers”.

Aujourd’hui, cette scène urbaine “se caractérise par la qualité de travail fournie avec les moyens du bord et la productivité des artistes, tout en restant sur la même longueur d’ondes que leurs camarades initiateurs de tendances à l’international”, estime Khalil Filali. Pour le fondateur du média, c’est toute cette nouvelle génération de rappeurs marocains qui a contribué au succès de la scène marocaine et à l’émergence de la culture urbaine du pays, “sans oublier bien évidemment les producteurs et réalisateurs de clips”. La place de la scène urbaine marocaine est désormais “cruciale” dans le monde musical.

“Même les médias généralistes commencent à s’intéresser et à relayer l’actualité urbaine marocaine. Tout cela, on l’avait prévu, on l’a ressenti, et ça ne s’arrêtera pas ici”, assure Khalil Filali. L’équipe a déjà d’autres projets en tête mais, pour ça, il leur faudra une aide financière. “C’est indispensable pour pouvoir mettre à l’œuvre divers projets, qui pourraient donner un coup de boost énorme au hip hop” et, pourquoi pas, “tout changer”.