ALGÉRIE
19/02/2019 13h:39 CET

La vente de missiles Meteor aux Saoudiens continue d’opposer l’Allemagne et la France

Les Meteor sont assemblés par le Français Airbus, l’Anglais BAE Systems et l’Italien Leonardo, mais leur système de propulsion et leurs ogives sont fabriqués en Allemagne. En application d’une législation l’autorisant à s’opposer à des ventes d’armements comportant des composants allemands, Berlin a bloqué leur livraison à Riyad après le meurtre de Jamal Khashoggi dans le consulat saoudien à Istanbul.

Fabrizio Bensch / Reuters

Le différend entre la France et l’Allemagne au sujet des livraisons de missiles Meteor à l’Arabie Saoudite ne semble toujours pas résolu quelques mois après la décision de Berlin de les bloquer suite au meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018, dans le consulat de son pays à Istanbul.

Pour rappel, ces missiles sont assemblés par MBDA, une filiale d’Airbus, l’Anglais BAE Systems et l’Italien Leonardo, mais ils comportent des composants fabriqués en Allemagne, en l’occurrence leur système de propulsion et leurs ogives. Or, la législation allemande autorise le gouvernement fédéral à s’opposer à des ventes d’armements comportant des composants made in Germany à des parties non européennes.

Preuve que ce différend persiste, le porte-parole du ministère français de la Défense a démenti hier, dans une déclaration à BFMTV, les informations publiées le 15 février 2019 par le journal allemand Der Spiegel faisant état d’un pacte secret qu’auraient signé les deux pays à Paris, le 14 janvier 2019, en vertu duquel aucun d’eux ne peut plus s’opposer à un contrat de vente d’armements à un pays tiers. « Il n’y a jamais eu de pacte et encore moins secret puisqu’en la matière, nous sommes en discussion avec l’Allemagne », a asséné le porte-parole du ministère français des Armées.

Ce démenti fait écho à des déclarations du PDG d’Airbus Tom Enders à Reuters, le 16 février 2019. D’après ce dernier, « les Français et les Allemands […] essaient de s’entendre sur une nouvelle réglementation » mais « pour le moment, ça ne donne aucun résultat ».

 Airbus agacé par Berlin

La possibilité pour Berlin de mettre en œuvre sa législation afin de bloquer des ventes d’armements en partie fabriqués en Allemagne agace les majors européens de l’industrie militaire. Le patron d’Airbus a résumé leur sentiment en déclarant à Reuters, il y a quelques jours : « Cela nous rend fous, depuis des années à Airbus, que la partie allemande se donne le droit de bloquer la vente, disons, d’un hélicoptère français alors que seule une pièce allemande minuscule est entrée dans sa fabrication. »

Le retard d’un accord sur une réglementation euro-allemande plus souple concernant les ventes d’armements à des parties non européennes ne signifie pas, cependant, qu’il est condamné à ne jamais voir le jour. Des responsables allemands se montrent, en effet, sensibles aux critiques françaises concernant les livraisons de Meteor à l’armée saoudienne. Lors de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, qui s’est tenue du 15 au 17 février derniers, la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, a ainsi exprimé, assez explicitement, une opinion favorable au déblocage de ces livraisons. « Nous, Allemands, ne devrions pas prétendre être plus moraux que la France », a-t-elle déclaré.