TUNISIE
14/10/2019 20h:14 CET

La Turquie face aux Kurdes, comment Daech peut en tirer profit

En Syrie, la Turquie a lancé son offensive sur les forces kurdes après le retrait des troupes américaines, qui les laisse seules face à Erdogan et Daech.

Anadolu Agency via Getty Images
Bombardements turcs sur la ville de Tal Abyad le 13 octobre.

SYRIE - L’offensive militaire turque contre les forces kurdes en Syrie, un sac de nœuds duquel Daech va tenter de tirer son épingle du jeu. Voilà moins d’une semaine que Recep Tayyip Erdogan a annoncé le début d’une nouvelle opération militaire baptisée “Printemps de la paix” dans le Nord-est syrien; la situation ne semble pas près de s’arranger et joue même en faveur de l’État islamique. 

Pour rappel, le régime syrien a envoyé ses troupes ce lundi 14 octobre dans le nord du pays pour tenter de stopper l’offensive turque contre les forces kurdes. Ces dernières ont appelé à l’aide après l’annonce d’un départ des soldats de leur allié américain de cette région. En effet, les quelque 1000 soldats américains, qui étaient déployés dans le nord de la Syrie pour aider les forces kurdes dans leur combat contre Daech, ont reçu l’ordre de quitter le pays. Ils laissent ainsi seuls leurs anciens alliés face à l’armée turque qui s’est empressée de mener son offensive, mais aussi face aux jihadistes toujours actifs dans la région. 

Ces derniers vont d’ailleurs pouvoir tirer profit de cette déstabilisation de plusieurs manières, ont expliqué au HuffPost Wassim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements jihadistes pour France 24 et le spécialiste du conflit syrien Historicoblog. 

Qui va empêcher la résurgence de Daech?

“Avant toute chose, il ne faut pas oublier que Daech n’est jamais réellement parti de cette zone. Alors qu’il a été annoncé par Donald Trump que l’EI [Etat islamique, ndlr] avait été éradiqué, des cellules clandestines ont été activées. Cela fait un an et demi que des attentats et des attaques sont perpétrés, donc on ne peut pas dire que l’on va assister à un retour des jihadistes au Nord-est de la Syrie; ils sont déjà là”, nous explique Historicoblog. 

Et justement, les Unités de protection du peuple (YPG), milice kurde qualifiée de “terroriste” par Ankara mais soutenue par l’Occident, sont en temps normal chargées de combattre les terroristes. S’ils sont occupés à se défendre contre l’armée turque, qui va empêcher la résurgence de l’EI? 

“C’est bien l’une des premières brèches dans lesquelles Daech va s’engouffrer, note Historicoblog. Si leurs ennemis sont sur d’autres fronts pour défendre leur territoire, les jihadistes vont eux pouvoir reprendre du terrain et perpétrer plus d’attaques”. 

“Le moment est propice pour un retour en force. L’alliance qui combat contre eux depuis des années se délite et les forces diplomatiques syriennes [kurdes, ndlr] se disloquent, laissant le champ libre aux cellules qui n’avaient pas encore été démantelées”, renchérit le journaliste Wassim Nasr, auteur de “L’État islamique, le fait accompli” aux éditions Plon. 

La menace des évasions de jihadistes

Mais il n’y a pas que les jihadistes en liberté qui menacent ces territoires: ceux emprisonnés aussi. 

Les Kurdes détiennent toujours dans leurs prisons des milliers de membres de l’EI, dont un grand nombre d’étrangers, et retiennent des milliers de proches de jihadistes dans des camps. Dimanche, les autorités kurdes ont affirmé que 785 proches de jihadistes avaient fui du camp d’Aïn Issa.

“Tous ces détenus ne sont pas tous proches de Daech, certains sont simplement des personnes qui ont été déplacées pendant le conflit, précise Wassim Nasr , ils ne sont pas forcément tous des militants de l’EI. Mais évidemment, dans le lot il y a bien des proches des combattants et des personnes radicalisées qui, maintenant qu’elles sont en liberté, vont retourner chez elles ou rejoindre les rangs de l’EI. Il y aura aussi un retour en force de leur propagande”. 

Sur les territoires des milices kurdes sont dispatchés plusieurs de ces camps. Dans celui d’Al-Hol, ce sont près de 70.000 personnes qui s’entassent dans des conditions critiques. “Si les combattants kurdes sont obligés de reculer à cause de l’armée d’Erdogan, alors ils seront obligés de laisser ces camps, sans surveillance, analyse Historicoblog. Il y a déjà eu plusieurs émeutes et mutineries dans certaines prisons pour créer des évasions. Certains prisonniers ont même pu sortir en payant leur liberté. Sans les Kurdes pour les surveiller, les prisons vont bien vite se vider et tous les jihadistes être lâchés dans la nature”. 

Les Kurdes accusés de relâcher des jihadistes délibérément

Lâchés dans la nature, ou relâchés? La Turquie a accusé ce lundi 14 octobre les forces kurdes syriennes d’avoir vidé une prison où étaient enfermés des détenus liés à l’EI, après avoir qualifié de “désinformation” leurs déclarations sur une évasion massive de proches de jihadistes. 

Dans la zone que nous contrôlons, il n’y a qu’une seule prison de Daech. Lorsque nous y sommes allés, nous avons constaté qu’elle avait été vidée”, a déclaré le ministre turc de la Défense Hulusi Akar. “Nous avons des photographies et des vidéos”, a-t-il ajouté. Il n’a pas précisé de quelle prison il parlait.

Erdogan et Trump estiment que cette ”évasion” est en réalité un moyen pour les Kurdes de faire pression sur les États-Unis et les forcer à revenir et les impliquer de nouveau sur le territoire. Une façon de se protéger à la fois de l’offensive turque et des combattants de l’EI qui sont en train de reprendre des forces en plein chamboulement des forces. 

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