TUNISIE
14/01/2019 12h:20 CET | Actualisé 14/01/2019 14h:44 CET

La Tunisie "ne reviendra jamais en arrière": Mustapha Ben Jaafar analyse les obstacles actuels que traverse le pays

Selon lui, si la Tunisie traverse sa crise actuelle, c’est parce qu’une étape importante n’a pas été respectée...

Absent de la scène médiatique depuis quelques temps, l’ancien président de l’Assemblée Nationale Constituante et secrétaire-général d’Ettakatol Mustapha Ben Jaafar est revenu, lundi, à l’occasion du 8ème anniversaire de la révolution du 14 janvier, sur ces huit années de démocratie en Tunisie. “Je suis satisfait de la révolution malgré les côtés négatifs et les problèmes que vit le peuple tunisien” a-t-il affirmé.

“Le peuple nous a donné la liberté. Le résultat le plus important de cette révolution, c’est la liberté, que nous n’avions pas à l’époque et qui aujourd’hui, a quelque peu débordé” a analysé Ben Jaafar, appelant à “voir le verre à moitié plein”: “Quand on regarde les autres révolutions et les périodes de transitions qui en ont suivi, ça a toujours été des moments extrêmement difficiles”.

Selon lui, si la Tunisie traverse sa crise actuelle, c’est parce qu’une étape importante n’a pas été respectée: la mise en place des instances constitutionnelles: “Nous avons mis en place une réalisation concrète qui est la constitution mais nous ne sommes pas passé à l’étape d’après, à savoir, la mise en place des instances constitutionnelles” dont notamment la Cour Constitutionnelle, garde-fou de la transition démocratique.

Alors que la révolution appelle au changement, il y a également eu la contre-révolution -terme que refuse d’employer explicitement Mustapha Ben Jaafar- qui voudrait que le statu-quo perdure: “Il y a des forces qui voudraient que rien ne change. Vous ne trouverez jamais dans leurs discours le mot ‘révolution’ ou des références à la Constitution -sauf s’ils en ont besoin-, cela montre qu’il y a des gens qui n’acceptent pas ce changement. Il ne les arrange pas”.

À ces gens là, Ben Jaafar a un message: “Mais nous ne reviendrons jamais en arrière. Il est impossible de revenir en arrière” même s’il avoue que la Tunisie n’a pas totalement “coupé avec la tyrannie et la corruption”.

Pour lui, l’absence de véritable réconciliation nationale est aujourd’hui le principal obstacle que connait le pays et qui laisse un discours basé sur la division fleurir: “Il y a un fond de commerce, qui revient à chaque fois que l’on se rapproche des élections, on remet la question de l’identité sur la table” déplore-t-il.

Interrogé de son retrait de la vie politique et médiatique, l’ancien secrétaire-général d’Ettakatol dément. “Nous avons fait une évaluation après les élections. Nous avons organisé un congrès et il y a eu une passation de pouvoir” explique-t-il, ajoutant être un observateur aiguisé de la vie politique, sur laquelle il s’exprime librement sans vouloir tomber dans “les shows, les buzz et les combats sur les plateaux télé. Je ne vois pas ce que je pourrais y apporter” dit-il.

“Il faut de la patience et la conviction qu’il y a des choses essentielles, dont ils veulent que nous doutions” notamment via des discours pessimistes comme par exemple “quand ils disent que la liberté est l’une des causes de nos échecs. Je leur dis qu’il n’est pas possible d’avancer sans liberté et institutions, car les gens passent mais les institutions restent” conclut-il.

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