TUNISIE
21/12/2018 16h:48 CET

La Tunisie est-elle impactée par la mutation du marché du travail? Un rapport de la Banque Mondiale y répond

Selon le rapport, le taux de syndicalisation en Tunisie est de l’ordre de 15 à 20%.

gorodenkoff via Getty Images

L’édition 2018 du rapport sur le développement dans le monde, sous le thème “Le travail en mutation”, établi par la Banque Mondiale, souligne l’incidence du progrès technologique sur le marché du travail, et l’effet mutatif et perturbateur qu’il impose à ce dernier.

Les plateformes virtuelles ont pris le dessus économique selon le rapport de la Banque Mondiale. Celles-ci se développent beaucoup plus rapidement que les industries traditionnelles, réalisant plus de chiffre d’affaire en un intervalle de temps nettement moins important.

Cette mutation impacte bien évidemment les travailleurs peu qualifiés, de façon directe, et favorise des échanges rapides entre clients, prestataires et producteurs, au détriment de la main d’oeuvre ouvrière mondiale.

Des entreprises industrielles telles que IKEA, fondée depuis des décennies, réalisent aujourd’hui des chiffres d’affaires 15 fois moins importants que ce que réalisent des plateformes telles que Alibaba.

Ces dernières posent également un défi aux gouvernements en matière de fiscalité et de concurrence.

Outre ces plateformes, il y a la robotisation des industries. Entre machines semi-automatiques, et robots entièrement autonomes, le besoin des industriels en travailleurs peu qualifiés diminue à vue d’œil face à une demande croissante de compétences cognitives non routinières.

Mais l’aspect émotionnel et relationnel comme l’aptitude à travailler en équipe, la sociabilité et la bonne communication deviennent selon le rapport de la BM des qualités de plus en plus prisées. Logique quand on sait que le talon d’Achille de l’intelligence artificielle demeure l’Émotionnel.

La polyvalence devient également plus recherchée par les recruteurs.

Ce phénomène qui déstructure les entreprises traditionnelles, touche aujourd’hui les économies émergentes qui mutent elles aussi, adaptation oblige.

Il a cependant eu l’effet inverse dans certaines économies, où la transformation digitale a permis la création de nouveaux emplois, diminuant le taux de travailleurs peu qualifiés, et augmentant le taux d’emploi.

D’autre part, la transformation technologique a eu pour effet de brouiller les frontières entre travail formel et informel, avec le développement des travailleurs indépendants sur internet, assurant de petites tâches pour des revenus modestes.

Ce phénomène favorise l’ancrage du secteur informel aussi bien dans les économies avancées qu’émergentes, notamment à cause du fardeau de la fiscalité et de la protection sociale qui incitent souvent les entreprises à faire appel à des prestataires de services de façon informelle.

Dans ce contexte, la Tunisie, se retrouve en dessous de la moyenne du taux de travailleurs dans le secteur informel chez les économies émergentes, qui est de 64,7%, soit deux travailleurs sur trois.

Banque Mondiale

Le rapport de la Banque Mondiale dresse également un portrait de l’indice de capital humain (ICH) de 2018, où la Tunisie occupe le 96ème rang, sur 157 pays. Elle obtient le score de 0,51 sur 1.

L’indice de capital humain mesure la capacité des pays à exploiter et développer les compétences et les connaissances de ses ressources humaines. Ces compétences appelées “capital humain” représentent la valeur ajoutée que peut apporter une personne au système économique mondial. Ainsi, la mesure du capital humain n’est pas seulement basée sur le niveau scolaire ou les diplômes.

D’après le classement, la Tunisie se retrouve dernière parmi la plupart des pays arabes, mais fait mieux que ses voisins nord africains et de la majorité des pays de l’Afrique subsaharienne.. Elle est toutefois devancée par l’Algérie qui arrive 93ème, avec un score de 0,52.

La tête du classement de l’ICH est occupée par le Singapour, la République de Corée, le Japon, Hong Kong, et la Finlande.

En dernières positions on retrouve le Tchad, le Soudan du Sud, le Niger, et le Mali.

Les capacités socio-comportementales étant devenues les critères les plus recherchés sur le marché du travail à l’ère de la technologie, plusieurs universités se mettent à privilégier l’enseignement de ces compétences, telles que le travail d’équipe la confiance en soi.

Selon le rapport, en Tunisie, “l’introduction d’une filière d’entrepreneuriat qui associe une formation commerciale à un accompagnement personnalisé a remodelé les compétences comportementales des étudiants d’université.”

Lorsqu’on parle de protection sociale, on parle forcément de syndicalisation. A cet égard, dans plusieurs pays de développement, les taux de syndicalisation sont faibles et en baisse, notamment à cause de l’expansion du secteur informel.

Ainsi, les syndicats et les conventions collectives y exercent généralement un rôle limité. Selon le rapport, le taux de syndicalisation en Tunisie est de l’ordre de 15 à 20%, tout comme au Brésil, en Moldavie, et au Sénégal et en Tunisie.

Dans des pays tels que l’Éthiopie, le Guatemala, l’Indonésie et la Turquie, le taux ne dépasse pas la barre des 10%.

Ce rapport préparé par les services de la Banque mondiale avec la contribution de collaborateurs extérieurs. Les observations, interprétations et opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de la Banque mondiale, de son Conseil des Administrateurs ou des pays que ceux-ci représentent. La Banque mondiale ne garantit pas l’exactitude des données citées dans cet ouvrage. Les frontières, les couleurs, les dénominations et toute autre information figurant sur les cartes du présent ouvrage n’impliquent de la part de la Banque mondiale aucun jugement quant au statut juridique d’un territoire quelconque et ne signifient nullement que l’institution reconnaît ou accepte ces frontières.

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