TUNISIE
12/02/2019 17h:37 CET | Actualisé 12/02/2019 17h:41 CET

La Tunisie accusée, par HRW, d'abandonner les épouses et les enfants des djihadistes tunisiens

Pour HRW, la Tunisie traîne à les rapatrier.

Ils sont environ 200 enfants et 100 femmes de nationalité tunisienne qui sont détenus sans inculpation, dans des camps et prisons au Maghreb et Moyen-Orient, révèle l’organisation mondiale Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué rendu public le 12 février 2019.

Avec ce chiffre, la Tunisie est le pays qui a le plus de ressortissants, membres de familles de djihadistes, retenus essentiellement en Syrie, en Libye et en Irak. 

“Même si la Tunisie n’est pas le seul pays qui rechigne à aider ces femmes et ces enfants à rentrer chez eux, et que certains de ces pays ont beaucoup plus de ressources, c’est la Tunisie qui a le plus de ressortissants dans cette situation” regrette l’organisation.

La Tunisie ne fait pas suffisamment d’efforts pour les aider

“Les préoccupations légitimes portant sur la sécurité ne donnent pas aux gouvernements le droit d’abandonner leurs ressortissants, notamment les jeunes enfants, détenus à l’étranger sans inculpation, dans des prisons et des camps sordides”, souligne l’organisation en se référant aux propos de Letta Tayler, chercheuse senior sur les questions liées à la lutte antiterroriste à HRW.

“Des enfants tunisiens sont bloqués dans ces camps, sans éducation, sans avenir et sans moyen d’en sortir, tandis que leur gouvernement semble ne pas lever le petit doigt pour les aider” ajoute-elle.

“Ces enfants sont détenus à l’étranger uniquement parce leurs parents sont des membres de Daech suspectés ou avérés” note HRW. 

Pour elle, “ces enfants doivent être traités avant tout comme des victimes et ne doivent pas être poursuivis pour leurs liens avec des groupes armés comme l’EI, en l’absence d’éléments indiquant qu’ils ont commis des actes violents.”

″Ils doivent être rapatriés rapidement et sans encombre, à moins qu’ils ne craignent de subir des mauvais traitements à leur retour” poursuit-elle.

La Tunisie traîne à rapatrier ses ressortissants 

Malgré les demandes incessantes des familles, la Tunisie n’a aidé jusqu’ici que trois de ces enfants à revenir, de Libye en l’occurrence. 

En janvier, la Tunisie aurait également accepté de rapatrier, pour la mi-février, six orphelins vivant dans un refuge du Croissant-Rouge en Libye, poursuit-elle. 

Pour l’organisation de défense des droits humains, “la détention d’enfants doit rester une mesure exceptionnelle et de dernier recours et durer le moins possible, conformément aux règles de la justice des mineurs”.

Pour Mohammed Ben Rejeb, président de la RATTA, l’insistance des autorités tunisiennes pour ramener les enfants d’abord est “une ruse visant à gagner du temps et finalement ne rapatrier personne”. Selon lui, “le gouvernement tunisien ne veut récupérer ni les enfants ni leurs mères”.

Des efforts insuffisants

D’après ses statistiques, 2 000 enfants et 1 000 femmes de 46 nationalités sont détenus dans les prisons d’Irak, de la Libye et dans trois camps en Syrie. La majorité, selon les recherches de HRW, n’ont été inculpés d’aucun crime.

“Des dizaines de pays disposant de plus de ressources que la Tunisie, qui est dans une situation financière difficile, traînent également les pieds pour rapatrier les épouses et enfants de combattants de Daech” déplore HRW.

Et d’ajouter: “Parmi plus de 200 femmes et enfants transférés à ce jour depuis les prisons et camps, la plupart ont été rapatriés par la Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, l’Indonésie, l’Égypte et le Soudan. Quant à l’Allemagne, la France et les États-Unis, chacun n’en a rapatrié qu’un petit nombre”. 

 

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