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24/07/2018 16h:08 CET | Actualisé 24/07/2018 16h:12 CET

La Tunisie à l’heure du Big Bang!

Mais en attendant de savoir que choisira le pays, les tunisiens se morfondent dans l’ennui, la canicule et la peur des lendemains.

Sergii Kateryniuk via Getty Images

Surprise pendant un selfie, la Tunisie se met à l’heure du Big Bang. Entre fiction et réalité voici deux scénarios extrêmes -peut-être même improbables- mais pas impossibles.

La première version du big bang pourrait ressembler à cette série noire. Un, des islamistes radicaux et armés s’emparent du pouvoir. Ils se revendiquent de Baghdadi. La Chariâa est décrétée dans sa version wahhabite tandis que l’État moderne est aboli. Deux, un calife est nommé il gouverne avec un conseil des oulémas et voici un aperçu des premières mesures prises par le califat de Tunis. Des tribunaux d’exception sont érigés partout dans le pays. Ils doivent juger séance tenante et en public tous ceux qui ont pris de prés ou de loin à l’ancien régime. On juge sans discernement et pour crimes d’apostasie politiciens, artistes, juges, avocats, universitaires, journalistes et hommes de loi. Les procès sont retransmis directement sur la seule chaine de TV bénie par les nouveaux maîtres. Tous les autres médias cessent d’exister et leurs représentants patrons et journalistes sont raflés puis incarcérés. Les autorités décrètent l’État Martial et ferment les cinémas, les cafés, les bars, les restaurants, les théâtres, les hôtels. Seuls les commerces halals sont autorisés.

Des lois expéditives abolissent les tribunaux, les universités et lieux de savoir laïques sont vidés de leurs occupants et scellés, les clubs de sport, de danse et de tout autre genre artistique sont dissouts. Les langues étrangères sont abandonnées et l’enseignement de l’informatique interdit. La police religieuse s’installe. Le port du Niqab est obligatoire pour les femmes et la barbe l’est pour les hommes. Les plages et la musique n’ont plus droit de cité et la mixité strictement interdite sous peine d’emprisonnement de même que l’alcool et le tabac et tout forme de divertissement. On ferme les boutiques de prêt-à-porter, les salons de thé, les musées et les librairies. Le pays annule l’ensemble de ses engagements internationaux change d’hymne et de drapeau. Le califat éternel est né. Le sud du pays abrite désormais d’immenses pénitenciers à ciel ouvert. On y parque tous les représentants de l’ancien régime. Certains grands quartiers de Tunis, comme la Marsa, Ennasr…dont débaptisés ils portent désormais de nouveaux noms, Kandahar, Kunduz, Aïn al-Arab, Taliban City…. 

Mais la seconde version du bing bang pourrait ressemble à ce conte de fée. Une seconde révolution surprend le pays pendant son sommeil. Un État laïque est décrété. Le nouveau régime sépare définitivement la religion et l’État. Les islamistes radicaux sont jugés par des tribunaux républicains. On dépénalise et s’attaque à tous les tabous. Le règne de la laïcité est total. La Tunisie se donne dix ans pour rejoindre le G20 et atteindre le PIB d’un pays comme le Vietnam soit 223 milliards de dollars. Elle se réconcilie avec ses racines berbères et méditerranéennes. Les gouvernorats du sud et du centre sont décrétés zones spéciales. Le gouvernement décide d’y consacrer 20% de son budget. L’administration est totalement digitalisée et la moitié de ses fonctionnaires reçoivent des primes départ avec à l’appui un programme national de l’auto-entreprenariat. Une amnistie fiscale générale et exceptionnelle est décidée au profit des grandes fortunes, des fortunes placées à l’étranger et des entreprises locales. L’opération est un franc succès.

Toujours dans le domaine de l’économie, l’État décide quatre grandes mesures phares, la ré-industrialisation à pas forcée du pays comme l’a fait le Maroc, la création de zones économiques spéciales comme l’a fait la Chine, la reconversion du tourisme en choisissant le haut de gamme et la culture, et la modernisation des infrastructures stratégiques. Aidé par une grande politique d’ouverture sur le monde, ce grand bond en avant débouche au bout de quelques années sur des résultats concrets. La Tunisie a enfin un port en eau profonde capable de rivaliser avec Med Tanger, et se dote d’un réseau ferroviaire et autoroutier digne d’un pays développé. Dans l’agro-business le made in Tunisia fait désormais autorité et la Tunisie devient dans ce domaine une centrale d’achat et de distribution pour tout le pourtour méditerranéen. Le tourisme de masse est abandonné au profit d’une industrie de vacances qui cible une clientèle huppée et internationale. Kélibia, Djerba, Hammamet et Tabarka se dotent de ports de plaisance hauts de gamme et concurrencent sans rougir, Bodrum, Biarritz, Antibes, ou les Baléares. Les casinos qui s’implantent partout sur le littoral attirent une nouvelle génération de touristes. Les nouveaux centres financiers off-shore permettent enfin à la Tunisie de jouer dans la cour des grandes et la place financière de Tunis devient la première en Afrique. Apple, Microsoft, Atos, Cap Gemini, Dell font de la Tunisie leur base régionale, devenue entretemps la capitale mondiale du Gaming et la destination universitaire la plus prisée en Méditerranée. Amazone construit à Bizerte des zones logistiques pour toute l’Afrique. Les diplômés du supérieur ne cherchent plus à s’exiler et on assiste à un retour en masse de nos compétences à l’étranger attirés par ce nouveau miracle tunisien.

Mais en attendant de savoir que choisira le pays, les tunisiens se morfondent dans l’ennui, la canicule et la peur des lendemains.

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