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14/04/2018 13h:42 CET | Actualisé 14/04/2018 13h:58 CET

La Syrie et la propagande occidentale : la ligne "rouge" des militants de la démocratie

C’est donc une accusation sans preuve qui entraîne des attaques sans mandat international.

STEPHANE DE SAKUTIN via Getty Images

La propagande occidentale est plus efficace que celle des russes, c’est indéniable. Sur le dossier syrien-comme hier sur le dossier irakien- elle a réussi à enfermer bien des esprits éclairés dans la peur d’être taxés d’être des défenseurs d’une dictature aveugle et brutale. A telle enseigne qu’on n’ose même plus soulever des questions élémentaires, cela est réservé à quelques occidentaux de donner une voix dissonante sans recevoir une étiquette infamante.

Les militants de la démocratie et des droits de l’homme dans le monde arabe sont, eux, soumis à une obligation permanente de démontrer qu’ils sont hostiles aux dictatures et donc de ne pas soulever de questions. De prendre pour argent comptant la propagande venue de l’ouest.

 Cette propagande a décrété que “Saddam”- c’est le mot utilisé pour parler de l’Irak -avait des armes de destruction massive pouvant être déployés en 45 minutes (selon l’expert en mensonges, Tony Blair) et on a eu la petite fiole brandie par Colin Powell comme “preuve”. Malgré l’assurance donnée  par Hans Blix (un suédois libre), chef des inspecteurs de l’Onu,  qu’il n’y avait pas d’armes de destructions massives, les médias occidentaux ont saturé les esprits de leurs citoyens en jouant sur la peur.

Après la guerre de Bush, le New York Times a fait son mea-culpa en admettant avoir délibérément occulté les informations qui niaient l’existence d’ADM en Irak et que ses journalistes se sont comportés en de vulgaires propagandistes de la guerre.

Les militants de la démocratie dans le monde arabe -qui dénonçaient déjà la dictature de Saddam Hussein alors qu’il était bien en cours chez les occidentaux- étaient sommés d’avaliser le mensonge sous peine de passer pour un suppôt du dictateur.  Aujourd’hui, ils sont une fois de plus accusés d’être les défenseurs de “Bachar” (on ne dit plus la Syrie) s’ils émettent des doutes sur la véracité de l’attaque chimique contre Douma qui a servi de “cause” aux bombardements menés hier contre la Syrie.

 Poker menteur

Comme pour l’Irak, les dirigeants occidentaux affirment “détenir la preuve” de l’usage d’armes chimiques qu’ils prennent garde de révéler. En définitive, c’est leur “parole” qui est la preuve. Où alors ils invoquent les rapports de leurs services secrets. Comme si les services secrets occidentaux ne mentent jamais, ne manipulent jamais. Des anges !

Et les démocrates dans les pays arabes, ceux qui se battent contre les manipulations des polices politiques de leurs propres pays sont une nouvelle fois sommés, sous peine de subir  l’infamante accusation d’être des “agents  de Bachar”, de croire sur parole les affirmations des dirigeants occidentaux.

 

Ni suppôts des dictatures locales, ni alibi voire supplétifs des intérêts des puissances occidentales, c’est sur cette ligne de crête que les militants de la démocratie restent. Et tout ce qui s’est passé en Irak, en Libye et en Syrie, ne peut que les conforter de rester sur cette ligne. C’est leur dignité que de rester libres et de ne pas renoncer à la vérité.

 

C’est une partie de poker-menteur permanent destiné à faire oublier des choses simples. Il n’y a pas de preuve que le régime a utilisé des armes chimiques à Douma alors que l’ultime groupe de rebelles négociait sa sortie. D’un point de vue militaire, il n’y avait aucune nécessité d’utiliser les armes chimiques, l’armée syrienne pouvait continuer à mener, comme elle l’a fait durant l’offensive sur la Ghouta, des bombardements au demeurant très meurtriers. 

C’est donc une accusation sans preuve qui entraîne des attaques sans mandat international. A la différence de l’Irak de 2003, la présence de forces russes sur le terrain a contraint les occidentaux à limiter la portée de leurs opérations. C’est la réalité du rapport de force qui les contraint, à défaut ils ne se seraient probablement gênés d’aller plus loin. 

Ce qui se passe en Syrie, comme ce qui s’est passé en Irak et en Libye, confirme que le droit international cesse d’être une règle pour les Occidentaux quand ils le veulent. Il ne crée pas d’obligation pour eux. On est dans le droit fil de la règle impérialiste du droit du plus fort. 

 Les démocrates dans le monde arabe qui se battent contre les dictateurs souvent soutenus par les occidentaux imputent à Bachar Al Assad une responsabilité majeure dans le désastre syrien. Mais ils ne sont pas pour autant obligés de se faire les relais des mensonges et des manœuvres d’intérêts étrangers.  Ni suppôts des dictatures locales, ni alibi voire supplétifs des intérêts des puissances occidentales, c’est sur cette ligne de crête que les militants de la démocratie restent. Et tout ce qui s’est passé en Irak, en Libye et en Syrie, ne peut que les conforter de rester sur cette ligne.  C’est leur dignité que de rester libres et de ne pas renoncer à la vérité.

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