TUNISIE
07/05/2018 16h:39 CET | Actualisé 07/05/2018 16h:49 CET

La scène politique tunisienne à la veille des élections municipales, vue par la fondation Jean-Jaurès

Pour le think-tank, les élections municipales seront "un révélateur de l’état de l’opinion publique tunisienne" et marqueront un tournant dans l’histoire démocratique de la Tunisie.

NurPhoto via Getty Images

La fondation politique française Jean-Jaurès a dressé un état des lieux de la scène politique tunisienne dans sa huitième année de transition démocratique, et ce à la veille des élections municipales.

Dans un article intitulé “Tunisie, Septième printemps : État des lieux du paysage politique”, la fondation et think-tank a passé en revue les événement marquants des sept années qui ont suivi la révolution de 2011, jusqu’à la tenue des premières élections municipales libres du pays.

Qualifiée de pays arabe “qui fait encore figure d’exception”, la Tunisie entame avec ces élections une phase décisive de son parcours démocratique, selon le doctorant au Ceri (Centre de recherches internationales)-Sciences Po Paris, Louis-Simon Boileau, auteur de l’article précité.

Après être revenue sur les difficultés sécuritaires, sociales, économiques et politiques par lesquelles est passée, et passe toujours la Tunisie depuis 2011, la fondation Jean-Jaurès évoque “un fort sentiment de lassitude à l’égard de la classe politique”, un sentiment issu d’un échec de gouvernance sur de multiples fronts.

L’article cite d’ailleurs l’étude d’opinion publique menée par l’International Republican Institute (IRI), qui a établi la tendance haussière du pessimisme des Tunisiens face à la situation générale du pays.

La fondation évoque également des tentatives de restauration d’un régime présidentiel par “le parti de Béji Caid Essebsi”, une question qui a, à plusieurs reprises, été soulevée par des observateurs politiques nationaux et internationaux. La scène parlementaire est également dépeinte comme une scène plus que jamais affaiblie, avec les nombreuses décompositions et divisions qui l’ont rongée durant toutes ces années. L’Assemblée des Représentants du Peuple fait ainsi face selon la fondation à  une sorte de “Mercato parlementaire” constant.

La fondation se base sur un graphique réalisé par Al-Bawsala montrant les différentes alliances, blocs parlementaires et divisions au sein des partis politiques.

Il est, selon la fondation, difficile de faire ressortir de ce paysage un modèle de référence classique du genre “gauche-droite”, mais uniquement une mosaïque de clivages politiques, propre à la Tunisie, mais parfois similaire aux démocraties étrangères.

Ainsi, une nette opposition entre des partisans de l’ancien régime, et ceux qui veulent totalement rompre avec les anciennes figures est relevée par la fondation, qui souligne également une position “ambiguë” du parti islamiste Ennahdha, depuis toujours opposé à Ben Ali, mais qui se positionne aujourd’hui comme le principal allié de Nidaa Tounes.

Selon la fondation, celui-ci adoptera une stratégie de “survie jusqu’en 2019”, après sa défaite aux élections de 2014. 

Une vraie mosaïque politique

La fondation Jean-Jaurès catégorise alors les différents partis selon les deux clivages politiques constatés.

On retrouve ainsi une présentation graphique des principaux partis selon leur positionnement “critique” ou “de soutien” à l’égard de la révolution, ou encore ceux qui sont favorables à une coalition avec Ennahdha, et ceux qui lui sont défavorables.

Selon l’analyse de la fondation, le parti le plus centriste est “Afek Tounes”, se présentant comme “neutre” à l’égard de la révolution, et serait plutôt favorable à une coalition avec le parti islamiste.

Le parti d’opposition, le Front Populaire est par contre considéré comme un soutien à la révolution, et le parti le plus opposé aux islamistes.

Fondation Jean Jaures / jean-jauresorg

 

Les deux partis considérés comme “critiques” de la révolution sont Nidaa Tounes et Machrou Tounes. Ce dernier est issu d’une division de Nidaa Tounes et avait été fondé en mars 2016.

La différence entre ces deux partis serait alors leur tendance à s’allier à Ennahdha.

Un autre graphique a été établi par la fondation, dans lequel les libéralisme et conservatisme économiques et sociétaux représentent les axes de différenciation.

Fondation Jean Jaures / jean-jauresorg

Selon ce graphique, le parti qui tend le plus vers le libéralisme économique et sociétal est “Afek Tounes”, tandis que son seul opposé est le parti “Al-Irada” qui tend plutôt vers le conservatisme sociétal et le dirigisme économique.

Ennahdha se positionne en faveur du libéralisme économique, mais pas sociétal.

Le Front populaire, éternel opposé d’Ennahdha, est catégorisé comme un parti prônant le libéralisme sociétal et le dirigisme économique.

Le Courant Démocrate s’avère le plus centriste dans cette classification.

Les élections municipales, preuve de la continuité démocratique

En dépit de toute cette anarchie politique, qui a entraîné une instabilité socio-économique susceptible de mettre en péril la transition démocratique du pays, et les tentatives constatées de retour à l’autoritarisme, la fondation Jean-Jaurès estime que la tenue des élections municipales ne pourrait être qu’un signe de plus de l’avancement de la Tunisie vers la démocratie.

L’analyse ayant été faite avant les élections municipales, l’auteur a estimé qu’un taux de participation inférieur à 30% constituerait un “désaveu populaire”.

Il souligne également l’importance des résultats de ces élections qui détermineront à nouveau le rapport de force existant entre les deux partis au pouvoir, lequel constituera selon lui un indicateur pour les élections de 2019.

Enfin, la fondation estime que la lassitude à l’égard de la classe politique pourrait selon l’article mener à la domination des listes indépendantes, et créer ainsi la surprise lors de l’annonce des résultats.

Il ne faudra pas omettre le résultat des listes indépendantes. La lassitude pour la classe politique peut conduire à un résultat atypique de ces listes.Louis-Simon Boileau

Les premières estimations de l’institut de sondage Sigma Conseil ont en effet classé les listes indépendantes en tête des résultats, suivies d’Ennahdha, Nidaa Tounes, et les autres partis et coalitions.

La fondation Jean-Jaurès considère donc que les élections municipales seront “un révélateur de l’état de l’opinion publique tunisienne”, et marqueront un tournant dans l’histoire démocratique de la Tunisie, de par leur caractère inédit, mais aussi des changements qu’elles apporteront à la scène politique tunisienne.

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