28/11/2018 12h:43 CET | Actualisé 28/11/2018 12h:43 CET

La Samir: Les propos de Rebbah fâchent le front de sauvegarde de la raffinerie

"Le gouvernement ne pourra, en aucun cas, intervenir pour sauver la Samir”.

Huffpost MG

LA SAMIR - Ils attendaient la réponse du gouvernement, ils l’ont obtenue hier.  Les membres du “Front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole la Samir” expriment leur surprise quant aux propos tenus, mardi soir, par le ministre de l’Energie, des Mines et du Développement durable, Aziz Rebbah. Appelé à répondre à une question orale posée par le groupement CDT à la Chambre des conseillers sur une éventuelle reprise de la raffinerie de Mohammedia, Rebbah a été catégorique: “le gouvernement ne pourra, en aucun cas, intervenir pour sauver la Samir”.

Des propos relayés par le site d’information de son parti, PJD.ma, précisant que Rebbah a justifié le refus du gouvernement par deux arguments. Le premier est lié à l’aspect juridique du dossier qui, aux mains de la justice, ne peut faire l’objet d’une intervention quelconque. Et le deuxième consiste dans le fait que la Samir n’est plus une propriété de l’Etat après sa privatisation qui lui a coûté cher en terme de dettes accumulées par son patron saoudien estimées à près de 42 milliards de dirhams auprès de la douane et des banques.

Mais interpellé par les reproches des conseillers de la CDT au cours de la même séance sur “l’abandon de la société”, le ministre a déclaré que “la privatisation de la Samir s’est déroulée en concertation avec les représentants des employés et les syndicats et a obtenu à l’époque 3% de la société ainsi que des indemnités”, comme le relaient nos confrères de Hespress. 

“La CDT, le représentant historique des salariés de la Samir, n’a jamais signé un accord de concertation avec qui que ce soit pour privatiser la raffinerie. Cela ne relève pas de ses droits et la loi sur la privatisation est claire en précisant que cette procédure relève exclusivement de l’Etat”, déclare au HuffPost Maroc le coordinateur du front national de sauvegarde de la raffinerie, Houssine El Yamani, également secrétaire général de la branche pétrolière de la CDT.

Le front national a réagi aux propos de Rebbah par un communiqué de presse dans lequel il ne cache pas son indignation rejetant l’existence d’un compromis avec la CDT. “La confédération a observé une grève de 35 jours en 1989 en opposition à la privatisation de la Samir et réussi à la supprimer de la première liste avant d’être intégrée à la liste de 1997 suite à un vote du Parlement face auquel on ne peut rien”, regrette El Yamani. Et d’ajouter que l’ancien secrétaire général de la CDT, Noubir Amaoui, “avait prévenu, fin juillet 2015, le précédent chef du gouvernement que la situation à la Samir était grave”, sauf que son interlocuteur ne partageait pas son avis. “Mais deux semaines plus tard, la production de la raffinerie s’est arrêtée”, rappelle le coordinateur du front.

Quant aux bénéfices récoltés par les employés, El Yamani a également son mot à dire: “En cas de privatisation, le personnel a le droit à 5%. Cependant, dans le cas de la Samir, les employés n’avaient la possibilité financière d’acquérir que 3%, dont une moitié a été vendue, tandis que l’autre est coincée dans la liquidation judiciaire. Les petits porteurs ont ainsi perdu leur capital”.

Si le front national est insatisfait de la réponse du gouvernement, il ne compte pas, pour autant, baisser les bras. Son coordinateur affirme qu’il y aurait “trois offres pour le rachat de la Samir qui attendent de connaître via le gouvernement le devenir de l’industrie du raffinage au Maroc avant de s’investir”.

Pour Rebbah, “la priorité, dans ce dossier, a été accordée au personnel et aux activités annexes de la société”, indique le support média du PJD, soulignant que le ministre a affirmé qu’“au bout de 50 audiences au tribunal, aucune offre convenable pour le rachat n’est parvenue à ce jour”.