MAROC
09/09/2019 14h:17 CET | Actualisé 09/09/2019 14h:24 CET

Dans la saison 2 de la série Netflix "Elite", l'héroïne ôte son voile et crée la polémique

Netflix est accusée d'instrumentaliser le voile après qu'une des héroïnes de la série a retiré son hijab pour revendiquer sa liberté.

Netflix
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POLÉMIQUE - Si la première saison de la série espagnole “Elite”, produite par Netflix, très controversée et regardée par plus de vingt millions de personnes en seulement un mois, avait choqué pour ses nombreuses scènes de sexe, de drogue et de violence, elle revient avec une deuxième saison qui suscite déjà une vive polémique sur les réseaux sociaux. La cause? Le personnage de Nadia qui a retiré son hijab, après l’avoir porté pendant toute une saison, afin de revendiquer sa liberté et marquer une rupture avec les choix religieux de sa famille. 

Nadia, interprétée par l’actrice d’origine marocaine Mina El Hammani, a pris un nouveau tournant. Dans la saison 1, la lycéenne de 16 ans rejoint Las Encinas, le lycée le plus huppé d’Espagne après qu’un séisme a frappé son école dans un quartier populaire. Son nouveau lycée, fréquenté par les adolescents les plus riches d’Espagne dont les parents nagent dans les hautes sphères du pouvoir, est le théâtre de tous les excès: drogues, alcool et sexe font partie du quotidien.

Issue de la classe ouvrière, Nadia fait notamment partie d’une famille très religieuse et a reçu une éducation stricte. Surtout, elle a porté durant toute la première saison un hijab et a défendu son choix auprès de la direction de l’école qui lui imposait de le retirer, justifiant un choix personnel par respect pour sa religion.

Dès les premières images de la saison 2, Nadia revient au lycée et apparaît avec un turban sur la tête, plus moderne et coloré que le foulard gris qu’elle portait précédemment. Mais c’est lors d’une soirée en boîte de nuit avec ses camarades que la jeune fille se dévoile complètement et affiche sa chevelure bouclée, un maquillage plus prononcé et passe au ralenti devant Guzman, un garçon amoureux d’elle mais qui a tenu à plusieurs reprises des propos islamophobes à son égard. 

Si Netflix et certains internautes saluent le geste, sur Twitter, la scène a suscité une vive polémique et de nombreuses personnes accusent Netflix d’instrumentaliser le voile:

“Une femme musulmane qui retire son voile pour être libre? C’est un cliché islamophobe”.

“Quitter la religion est synonyme de liberté? Je n’étais pas au courant de cette nouvelle définition de liberté, j’en ai honte”.

“On passe de la fille forcée à porter le voile, enfermée par ses parents musulmans, à la vie triste, et qui soudain se sent ‘libre’ et ‘plus épanouie’ après avoir retiré son voile... Honte sur vous”.

“Il semblerait que les femmes musulmanes ne sont pour vous des ‘reines’ que lorsqu’elles se libèrent de leur culture dite répressive. Cette liberté se traduit par le fait d’enlever le foulard, d’embrasser la culture blanche et de séduire le premier homme blanc au hasard qu’elle voit. Montrez un peu de respect, s’il vous plaît”. 

“Vous n’êtes pas fatigués de toujours pousser les mêmes discours selon lesquels les femmes ne peuvent être autonomes que lorsqu’elles suivent les standards occidentaux? C’est en fait très offensant et toutes le femmes musulmanes ne souffrent pas à cause du hijab. Vous n’imaginez pas à quel point tout cela nous fatigue”. 

Dans une interview avec le média UOL, l’actrice Mina El Hammani s’est confiée sur le tournant que prend son personnage dans la saison 2. “Elle réfléchit à ses souhaits et choisit elle-même d’utiliser ou non le hijab dans certains environnements, par exemple pour aller dans un club (...) Chaque action est sacrée et réelle si chacun décide par lui-même. Elle ne peut accepter aucune sorte d’imposition. Nadia porte le hijab parce qu’elle croit vraiment en sa religion, elle croit vraiment à ce que ses parents lui ont enseigné dans son enfance. Mais en même temps, elle doit le savoir”, estime-t-elle au sujet des choix religieux de Nadia. 

“Pour ma part, je crois que toute femme est une féministe. Et c’est merveilleux quand cette position est assimilée, non imposée. Je pense donc que c’est aussi un peu ce qui arrive au personnage. Dans la deuxième saison, vous pouvez aussi voir que ce sont des décisions qu’elle prend librement et il y a aussi des choses qu’elle n’acceptera pas parce qu’elles ne font pas partie de ses idéaux de vie, déclare-t-elle au média. Nadia est pour moi une fille qui comprend sa religion et croit vraiment en l’islam, mais elle aspire à une autre vie. Ensuite, elle devra commencer à suivre un autre chemin et se permettre de faire des erreurs, comme n’importe quel jeune de 16 ans”.

La série, très polémique depuis son apparition sur Netflix, n’a pas fini de choquer l’Espagne et le monde entier car elle traite notamment de sujets tabous tels que l’islam et l’homosexualité (le frère de Nadia n’ose pas avouer à ses parents qu’il est gay), les rapports sexuels entre adolescents, l’addiction aux drogues et l’insouciance des jeunes des milieux huppés.