TUNISIE
12/10/2018 12h:28 CET

La Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de la Francophonie

Mushikiwabo, adoubée par la France d’abord, a reçu le soutien essentiel de l’Union africaine présidée cette année par le Rwanda

LUDOVIC MARIN via Getty Images

POLITIQUE - La Francophonie, réunie depuis jeudi à Erevan, a nommé comme prévu à sa tête la Rwandaise Louise Mushikiwabo ce vendredi 12 octobre. Une victoire symbolique pour l’Afrique, mais aussi pour Emmanuel Macron, héraut d’une vision plurilinguiste de la défense du français.

Le président français s’est rendu à Erevan en position de force avec la nomination de sa candidate à la fin du Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), une sorte d’ONU de poche de 84 Etats et gouvernements.

La ministre rwandaise des Affaires étrangères avait le chemin libre depuis que le Canada a annoncé, avec le Québec, qu’il retirait son soutien à la secrétaire générale sortante, la Canadienne d’origine haïtienne Michaëlle Jean, qui briguait un nouveau mandat.

Mushikiwabo, adoubée par la France d’abord, a reçu le soutien essentiel de l’Union africaine présidée cette année par le Rwanda. En vertu de son explosion démographique, l’Afrique, continent sur lequel se trouvent 27 des 54 membres de l’OIF ayant droit de vote, représentera 85% des francophones en 2050, sur un total de 700 millions, contre 274 aujourd’hui, selon l’OIF.

 

Le choix de l’anglais par le Rwanda

Mais si chacun s’accordait sur le fait qu’il est temps qu’une personnalité africaine dirige l’OIF, le choix du Rwanda et l’activisme de Paris pour défendre ce choix a suscité des critiques, y compris sur le continent africain. En France, la présidente du Rassemblement National Marine Le Pen s’est dite “indignée que la France puisse soutenir une ministre de Kagamé (le président du Rwanda, NDLR) qui est violemment anti-française, d’un pays qui a choisi de faire de l’anglais sa langue d’enseignement, sa langue d’administration, qui a tourné le dos au français”.

Le Rwanda a en effet remplacé en 2008 le français par l’anglais en tant que langue obligatoire à l’école, avant de rejoindre le Commonwealth, pendant anglophone de l’OIF, un an plus tard. C’est d’ailleurs en anglais que le président rwandais Paul Kagame avait annoncé la candidature de sa ministre, à Paris en mai.

“Y a-t-il au monde un pays moins bien placé que le Rwanda pour prétendre présider aux destinées de la francophonie linguistique ? Sans doute pas”, déploraient déjà mi-septembre dans une tribune au quotidien Le Monde Charles Josselin, Pierre-André Wiltzer, Hélène Conway-Mouret et André Vallini, quatre anciens ministres français chargés de la francophonie.

“En poussant pour une telle candidature, Macron se fait l’ennemi de la francophonie. Il montre sa fascination morbide pour la langue du libéralisme et des États-Unis”, étrille à son tour le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon.

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on souligne au contraire que le plurilinguisme du Rwanda, loin d’être un handicap, “illustre parfaitement” la politique inclusive du président, qui veut défendre le français sans l’opposer aux autres langues, une position contestée par nombre de “puristes”.

La langue n’est cependant pas le seul grief fait à la candidature rwandaise, accusée d’être contraire à la charte de l’OIF, qui a inscrit “le soutien aux droits de l’Homme” parmi ses missions premières. Le Rwanda pratique “censure, menaces, arrestations, violences, assassinats” contre les journalistes qui osent dénoncer l’autoritarisme de ses dirigeants, a récemment dénoncé Reporters sans frontières (RSF).

L’embarrassant dossier saoudien

Le Sommet d’Erevan devait se saisir d’un autre dossier sensible: la candidature contestée de l’Arabie saoudite, qui souhaitait rejoindre l’OIF en tant que simple observatrice, donc sans droit de vote.

L’embarrassant dossier saoudien a fait froncer plus d’un sourcil, étant donné les violations des droits de l’Homme dans le royaume, encore illustrées par la récente disparition de l’opposant Jamal Khashoggi. La candidature saoudienne était d’autant plus embarrassante que l’OIF doit entériner à Erevan une résolution sur “la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes”.

Face aux critiques, l’Arabie saoudite a cependant finalement renoncé à rejoindre la Francophonie, jeudi au premier jour de son sommet à Erevan. L’OIF a en revanche accepté, en tant qu’observateurs, l’Irlande et Malte, qui comptent respectivement 12% et 13% de francophones, selon l’OIF, ainsi que la Gambie, petit pays largement anglophone mais entouré de pays francophones, et l’Etat américain de Louisiane, où 200.000 francophones vivent, sur 4,7 millions d’habitants.

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