MAROC
24/09/2018 18h:20 CET | Actualisé 25/09/2018 18h:27 CET

La rumeur de canots pneumatiques proposant de rejoindre gratuitement l'Espagne affole les Marocains

Suffisamment pour secouer le nord du royaume ce week-end.

Joseba Etxaburu / Reuters
Partis du Maroc, des migrants traversent le détroit de Gibraltar en juillet 2018. 

MIGRATION - C’est une promesse surréaliste qui a pourtant convaincu bien des candidats, prévenus par messagerie téléphonique et les réseaux sociaux. Dans le nord du royaume, dans la nuit du 22 au 23 septembre, une centaine de jeunes Marocains se sont amassés sur une des plages de Martil dans l’attente d’un canot pneumatique de type “Fantôme”, connu pour être utilisé pour des opérations d’immigration illégale ou de trafic de drogue, qui pourrait les emmener en Europe, gratuitement.

Alors que la MAP annonçait ce matin la mise en échec d’une opération d’émigration clandestine à partir de la plage de Martil, des images relaient les instants ayant suivi cette intervention, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous, où des jeunes empêchés de rejoindre les embarcations ont scandé à l’unisson “le peuple veut l’immigration gratuite”.

Une rumeur virale nourrie par le désespoir

Ces candidats à l’immigration illégale ont fait part au média en ligne Hibapress des raisons qui les ont poussés à tenter leur chance avec cette embarcation fantôme, même si à ce stade, rien ne prouve que le bateau pris en chasse par la gendarmerie est bien celui attendu par la foule. Tous racontent avoir vu au moins un bateau pneumatique, et parfois un deuxième s’approcher de la plage, pourtant encadré par la gendarmerie. L’un des témoins assure que l’un de ces bateau a pu embarquer quatre jeunes hommes. 

“Je suis particulièrement choqué”, dit l’un d’eux, “j’ai le sentiment que tout le monde veut partir. Mais qu’est-ce que c’est que ce pays? Mes frères, si vous voulez partir, moi, je veux rester. Mais j’espère que ce pays emploiera cette jeunesse”. “Vive l’Espagne, nous voulons partir, nous ne voulons pas rester dans ce pays”, l’interrompt un autre, encore trempé de sa tentative de rejoindre l’embarcation attendue. “Ce pays nous méprise. Nous attendrons ce zodiac et vive l’Espagne!”, poursuit-il.

Les rumeurs ont aussi atteint la ville d’Al Hoceima. En effet comme le rapporte le site espagnolEl Confidencial, la ville a également assisté à l’arrivée d’une centaine de jeunes hommes et femmes, également attirés par ce qui ici s’apparentera davantage à une légende urbaine. Selon le journal ibérique, des messages diffusés sur des comptes Facebook, avaient ainsi fait état d’une embarcation ayant pour mission d’amener des Marocains en Espagne “gratuitement et sains et sauf”. Mais contrairement à Martil, aucune embarcation ne viendra finalement à la rencontre du groupe qui, lassé d’attendre, finira par quitter la plage à 3h du matin, rapporte la même source. 

Dispositif sécuritaire renforcé

Selon Al Yaoum 24, un important dispositif sécuritaire a été mis en place pour éviter à nouveau ce genre de mouvements de foule et décourager tout candidat à la migration illégale. “Les forces de sécurité nationale et les forces auxiliaires sont stationnées dans des endroits spécifiques le long de la côte et de la Corniche de la ville de Martil”, précise le quotidien arabophone. 

Du côté de l’Observatoire du Nord des Droits de l’Homme (ONDH), on suspecte l’intervention de trafiquants de drogue de la région: “On nous a rapporté des cas de jeunes qui s’amusaient sur la plage et qui ont été interpelés par des trafiquants, leur proposant de les emmener gratuitement en Europe”, explique au HuffPost Maroc le président de l’observatoire, Mohammed Ben AissaPour ce dernier ces actions sont des “provocations” à l’encontre de l’État marocain. Le président rapporte également que les autorités ont arrêté plusieurs jeunes dans la ville et empêché certains d’accéder aux plages.

Des événements qui détonnent avec la récente sortie du gouvernement, indiquant que le nombre de Marocains impliqués dans des tentatives d’immigration illégale était en baisse, avec 13% de Marocains impliqués dans les tentatives d’immigration clandestine déjouées à fin août 2018, contre 20% un an auparavant. Des chiffres annoncés par Mustapha El Khalfi, ministre délégué chargé des relations avec le parlement et la société civile, et porte-parole du gouvernement, à l’issue d’un point de presse, qui précise en outre que 39.000 tentatives d’immigration clandestine déjouées à fin août 2017, contre 54.000 tentatives à fin août dernier. “Ce chiffre atteste des efforts intenses déployés par les pouvoirs publics pour lutter contre les réseaux d’immigration illégale”, avait-il ajouté.