MAROC
02/07/2019 13h:42 CET

"La route du bled", le podcast qui vous rappellera avec nostalgie vos trajets de vacances

Les trois épisodes ont été diffusés sur la plateforme radio d'ARTE.

Instagram/Rakkid

RADIO - Ils sont synonymes de l’arrivée de l’été. Tous les ans, une vague de voitures arrive d’Europe. A bord, des MRE et dans les coffres et sur les toits des valises remplies de cadeaux.

Ils ont passé, pour certains, des jours dans leurs voitures pour venir profiter de leurs vacances au “bled”. Un voyage à travers l’Europe et l’Afrique du nord conté dans un podcast diffusé sur la plateforme radio d’ARTE, “La route du Bled”. Podcast dans lequel des vétérans de cette route racontent avec nostalgie et humour les aventures vécues sur le chemin du Maroc.

Préparation marathon 

Un podcast de trois épisodes dans lequel on suit, à travers des témoignages, l’organisation du voyage, son trajet, et enfin l’arrivée au “bled”.

“L’idée m’est venue de réaliser un documentaire sur la route du Maroc lorsque mon père nous a quitté, il y a 10 ans”, raconte au HuffPost Maroc la réalisatrice du podcast d’origine marocaine, Halima Elkhatabi. Dans son récit, elle se dit marquée par “une image très forte”, celle de “mon père au volant de sa Renault Nevada qui transporte sa famille vers son pays d’origine”.

Dans son premier épisode, la réalisatrice fait du porte-bagage, fameux signe distinctif des Marocains résidant à l’étranger, un des héros. “Ce gros porte-bagages toujours surchargé, c’est un peu le fardeau de la vie, celui des immigrés et le poids de leur vie”, explique la réalisatrice. Un conteneur à cadeaux pour la famille, amis mais aussi voisins.

Dans le 1er épisode du podcast, une des témoins parle ainsi de ces journées entières passées à Tati, à acheter du café et du thé, des vêtements made in France. La liste des achats doit aussi contenir du parfum, notamment le célèbre “Rêve d’or”, dont le nom est repris en chœur par plusieurs autres qui témoignent de leur expérience.

“J’ai voulu recueillir les voix des plus âgés, pour raconter la réalité des années 80 qui était si différente de celle d’aujourd’hui”, poursuit Halima Elkhatabi. Et de souligner que, “pour les premières générations d’immigrés, il y avait aussi ce mythe du retour. Beaucoup ne savaient pas, à l’époque, s’ils allaient rentrer au Maroc ou rester en France, ils étaient dans l’incertitude, donc on chargeait les voitures aussi pour préparer le retour au pays au cas où on ne nous accepterait plus en France”.

You got a Fast car

Des voyages qui sont parfois des moments de complicité entre les parents et leurs enfants, notamment autour de la musique. Ainsi, pendant presque trois jours de voyage, les mêmes chansons tournent en boucle, les albums achetés à Virgin, notamment le célèbre premier album de Tracy Chapman, sont usés, et des chansons apprises par cœur. “Tout le monde avait cet album de Tracy Chapman”, assure l’un des habitués à ces voyages dans son témoignage.

Des périples racontés par des intervenants empreints de nostalgie, qui se remémorent avec humour voire avec malice parfois ces longs voyages: “quand mon mari me laissait le volant, il m’interdisait de doubler les camions et les caravanes. Du coup, j’attendais qu’il dorme et je le faisais quand même”, confie une mère de famille précisant que “derrière, mes enfants m’encourageaient, ils me disaient ‘allez maman!’″.

 

 Des témoignages qui sont l’élément clé de cette série. “Je voulais entendre tous les membres d’une famille, car, selon la place qu’on a dans la famille, les souvenirs, la réalité et les responsabilités étaient différents”, explique la réalisatrice. “Qu’on soit la mère, le père, l’aîné.e ou la petite dernière, les souvenirs sont très spécifiques et individuels (...) C’est une mémoire collective partagée, car nos souvenirs sont aussi communs”.

Si la tradition du voyage en voiture perdure, elle a bien changé, ces dernières années. En effet, l’époque où tout le monde se perdait sur les routes est (plus ou moins) résolue. L’Espagne aussi n’est plus ce “Far West” si redouté par les Marocains.

“Beaucoup de gens font encore la route, mais dans des conditions complètement différentes. Les niveaux de vie ont augmenté, on fait du tourisme en chemin, on dort à l’hôtel. Ce n’était pas envisageable, pour la plupart des familles nombreuses, à l’époque. Et avec la climatisation, le GPS, le confort des voitures modernes, c’est autre chose”, précise la réalisatrice. Et d’ajouter que “les prix des compagnies aériennes étant de plus en plus abordables, souvent une partie de la famille prend l’avion pendant qu’une autre va en voiture. Bref, on ne veut plus souffrir comme avant!”. 

Le trois épisodes du podcast sont actuellement disponibles sur la plateforme Arteradio. Peut être, seront-ils écoutés par des familles “sur la route du bled”?.