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31/08/2019 09h:55 CET | Actualisé 31/08/2019 09h:55 CET

La révolution silmiya… l’automne du régime, le printemps de l’Algérie

Ramzi Boudina / Reuters
Demonstrators shout slogans and gesture during a protest demanding social and economic reforms, as well as the departure of the country's ruling elite in Algiers, Algeria August 30, 2019. REUTERS/Ramzi Boudina

La révolution pacifique a traversé les saisons. Elle a été, en son 28eme vendredi, encore plus claire dans ses objectifs, plus déterminée dans sa volonté d’y parvenir… Les slogans étaient fermes et adressés directement au chef d’état-major en tant que porte-parole du pouvoir réel. Le contenu du message est qu’il n’est pas question de revenir sur l’exigence du changement d’un régime périmé et sur l’impératif de mettre en place les bases de l’Algérie nouvelle; et une insistance à mettre fin à l’intrusion de l’armée dans la politique et le pouvoir de derrière les rideaux. 

 

Les slogans étaient chargés de défis. A telle enseigne que l’élan de ce premier vendredi du 7eme mois de la révolution Silmiya semblait être une réponse directe aux menaces du chef de l’armée. La détermination à refuser les élections dans les conditions actuelles - elle est claire et n’échappe pas à l’oeil de l’observateur- et l’attachement à une véritable transition démocratique expriment t un rejet des tentatives  de diabolisation de l’idée d’une période de transition. 

 

Avec intelligence, les manifestants ont lié la période de transition à la souveraineté populaire en un slogan qui  ruine la désinformation du discours officiel, vendu par des trompettes liées au pouvoir qui monopolisent les médias publics et la plupart des médias privés. Le message est: nous sommes là et nous résisterons à toute tentative de passage par la force. Exactement comme l’ont fait les manifestants à Batna lorsqu’ils ont insisté sur la libération de compagnons arrêtés pour avoir brandi le drapeau amazigh et fait échouer une tentative d’enlèvement d’un manifestant par un élément des forces de l’ordre. 

 

Neutraliser la carte de la violence

 

Avec un pacifisme incroyable, les Algériens continuent de neutraliser la carte de la violence et à rendre risible les pratiques restrictives à travers lesquelles le régime tente de mettre fin à la Slimiya pour aller à des élections dans les “plus brefs délais”, formule utilisée par un  pouvoir pressé de reconstituer sa façade civile.

 

A chaque discours, une réponse appropriée: “Pas d’élections, les bandes” (”ما كانش الانتخابات يا العصابات” ); Le slogan est une charge  contre ceux qui sont pressés d’aller aux élections parmi les chefs de parti et ceux qui ambitionnent d’arriver au pouvoir par une manoeuvre derrière le dos des Algériens. 

 

Le nombre des participants aux manifestations revient à ses niveaux habituels et c’est à gorges déployées qu’ils ont scandé,“le Hirak va bien” (”الحراك راهو لاباس ). Un message destiné aux propagandistes qui s’épanchent dans les médias et les réseaux sociaux pour clamer que le “hirak est fini”.  

 

Avec la rentrée sociale, les possibilités que le pouvoir puisse organiser des élections, qu’il veut imposer à tous avec la manière et les  délais qu’il souhaite, s’amenuisent. Et il n’y a pas que cela. Les manifestants font preuve désormais d’une plus grande cohésion en dépit de la grande diversité idéologique de la rue. Leur cohésion se base sur l’unité de l’objectif. Les  vendredis successifs ont fait mûrir leur conscience politique les amenant à focaliser sur l’objectif du changement d’abord. Ils ont ainsi déjoué toutes les manoeuvres du pouvoir et sa propagande dont le seul but a été de diviser les Algériens pour donner l’assaut à leur révolution pacifique, cette occasion  historique de construire l’Algérie nouvelle. 

 

Au 28ème vendredi, le dossier des milliers de disparitions forcées est revenu pour montrer la réalité d’un régime qui ne change pas avec le changement des personnes. L’injustice subie par les milliers de familles sans nouvelles de de leurs enfants est une illustration de la corruption d’un régime qui ne reconnaissait pas le droit à la vie à tous ceux qui s’opposaient à lui. Et comme les tyrans d’hier n’hésitaient pas à clamer que le sacrifice de quelques millions d’Algériens se justifient pour préserver le régime, nous entendons aujourd’hui l’expression “l’Algérie n’a pas besoin de ce genre de personnes” (الجزائر ليست بحاجة لمثل هؤلاء البشر). 

Une formule terrifiante qui reflète une tendance à vouloir exclure et à imposer un mode de pensée unique. Mais ceux qui sont concernés par cette formule méprisante ne sont pas peu, comme le croit le pouvoir qui n’entend plus et ne voit plus. Ils sont tous ceux qui persistent à sortir chaque vendredi pour mettre fin à un régime fondé sur l’exclusion et la négation, sur le mépris de la vie humaine. L’Algérie de la révolution Silmiya arrive, ni les menaces, ni la désinformation ne pourront arrêter sa marche. Elle arrive porteuse d’une promesse de justice et de droit aux femmes et aux hommes 


Traduit par le HuffPost Algérie - Article original