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21/06/2019 08h:58 CET | Actualisé 21/06/2019 08h:58 CET

La Révolution du 22 février ne peut oublier les migrants et les réfugiés d’Algérie

AFP

Depuis le 22 février 2019, les Algérien(n)s se sont massivement soulevés contre un régime corrompu, illégitime et mafieux dans le but de recouvrir leur dignité et leur souveraineté. Pendant les vingt dernières années, ce régime ne s’est pas contenté de piller les ressources du pays, mais il a aussi fortement assombri l’image de l’Algérie dans le monde. 

Le traitement abject réservé aux migrants subsahariens et arabes durant les dernières années a considérablement nuit aux symboles et à la diplomatie du pays. Un traitement indigne d’une nation progressiste qui a soutenu, depuis sa naissance en tant État-nation, les causes justes et les luttes anti-impérialistes dans les pays du Sud.

Sans le sursaut d’orgueil du peuple, ce régime raciste et affairiste aurait continué, sans dédain, a appliqué ouvertement la politique de la honte contre les migrants et les harragas.

Mais en réalité, peu de choses ont changé. Le régime, toujours aux commandes des affaires du pays, continue en catimini à traiter les migrants, les demandeurs d’asile et des réfugiés avec une brutalité sans équivoque. Dans sa logique du “tout sécuritaire”, il continue à expulser à nos frontières des centaines de migrants venus trouver refuge sur notre terre.

En cette journée mondiale du réfugié, il est essentiel de rappeler qu’il y a un vrai besoin de se battre pour protéger les droits des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés en Algérie. 

Plus de cinquante ans après avoir ratifié la Convention de 1951 sur les réfugiés, notre pays ne dispose toujours pas d’un cadre juridique qui définit le statut des migrants, ni de loi sur le droit d’asile. Au contraire, les lois liberticides qui sont en vigueur criminalisent les migrants en situation irrégulière et condamnent nos harragas à des lourdes peines.

Dans le monde, plus 70 millions de personnes ont été forcées de fuir leur foyer, incluant 26 millions de réfugiés dont plus de la moitié a moins de 18 ans. Une importante part de ces mouvements humains a lieu en Afrique subsaharienne.

En Algérie, 100.000 à 150.000 migrants vivent en situation irrégulière, représentant à peine 0.3% de la population. Certains vivent au pays depuis plusieurs décennies sans documentation valide, sans statut ni permis de travail. Que ce soit pour l’habitat, le travail, l’école ou les soins, ces migrants ne sont considérés comme des citoyens de plein droit, et vivent à la marge de la société, sur tous les plans.

L’Algérie de demain, celle portée par le mouvement populaire du 22 février, ne peut faire l’économie de la question des réfugiés, des migrants et des demandeurs d’asile. La place des migrants et des réfugiés dans notre société, leur statut, les moyens par lesquels ils pourraient être régularisés doivent être débattus et intégrés dans le contrat social à venir.

Une Algérie démocratique, sociale et ouverte sur le monde ne peut émerger sans que les lois actuelles soit réécrite, sans qu’un nouveau cadre juridique respectueux des droits humains naisse, sans qu’un texte sur la protection des réfugiés ne soit adopté, sans qu’une vision stratégique sur les mouvements migratoires émerge, et surtout, sans que les citoyens de l’Algérie réserve une place équitable aux migrants dans leur société. Faire fi de la question migratoire, c’est être dans le déni de l’histoire et de ce que sera l’Algérie de demain.

Pour être en mesure d’avance sur cette question, il faut peut-être porter un double regard, à la fois sur le passé et l’avenir. À peine quelques décennies en arrière, le peuple algérien avait trouvé refuge chez ses voisins limitrophes, et ce, lorsque la puissance coloniale tentait de l’écraser par la violence. Aujourd’hui, ce sont les peuples voisins qui subissent les conséquences dramatiques des changements climatiques, des guerres et du sous-développement, et qui tentent, par tous les moyens, de trouver refuge dans une terre d’accueil.

L’Algérie a les moyens d’incarner un modèle de solidarité panafricaine et retrouver une place de choix sur la scène internationale. Elle ne doit pas, au nom d’un nationalisme exacerbé, mimer les logiques sécuritaires de l’Union Européenne pour justifier le statu quo.

Pour cela, c’est au peuple algérien de faire sa part en contribuant à construire un monde de fraternité, ancré dans son histoire millénaire et fidèle à ses valeurs de partage et d’accueil.