ALGÉRIE
02/07/2019 15h:38 CET | Actualisé 03/07/2019 10h:41 CET

La rétrospective Ahmed Malek raconte le virtuose dans toute sa dimension

La rétrospective Ahmed Malek se poursuit jusqu'au 31 juillet au musée d’art moderne d’Alger (MAMA).

Yasmine Ouali

Parcourir la rétrospective Ahmed Malek au musée d’art moderne d’Alger (MAMA), est semblable à un voyage dans le temps. À la fois pour découvrir le parcours de ce virtuose, et redécouvrir les années fastes du cinéma algérien.

Les organisateurs de cette exposition ont restitué chaque composante de l’univers Malek. Des photos, des vinyles, coupures de presse, ses distinctions, ses instruments, et bien d’autres objets retraçant le long parcours de ce maître-musicien.

 

Yasmine Ouali

 

C’est la première exposition dédiée à ce musicien-compositeur au talent immense. Celui qui a composé la musique de plus de 200 films, documentaires, et génériques. Un héritage exposé pour la première fois, 11 ans après sa mort. Cette collection inédite des archives de Ahmed Malek, a été collectée par ses filles Maya et Henya.

Accrochées comme des toiles aux murs du musée, la plupart des photos de Ahmed Malek ont été capturées par son épouse Danielle Berkmane. On y voit Ahmed Malek lors de ses nombreux voyages, notamment au Japon et à Cuba. Des photos de lui en plein travail en home-studio, ou encore dans le cocon familial avec ses deux filles et son épouse, donnant ainsi à l’exposition une dimension intime qui rapproche davantage le visiteur de l’artiste.

 

Yasmine Ouali

 

L’exposition compte des centaines de pièces, aussi originales les unes que les autres. Parmi les plus originales: sa chemise “Pierre Cardin” réalisée spécialement pour l’artiste à l’occasion de sa participation à l’évènement d’expo d’Osaka. Son certificat de l’école primaire datant de 1944, ou encore son piano “Roland Em-50″.

La musique de Ahmed Malek accompagne cette rétrospective. Des vinyles musique du film bande originale, sont proposés à l’écoute. On retrouve les bandes originales des films “Leila et les autres”, “Les déracinés”, “Autopsie d’un complot”…etc.

Le plus impressionnant de cette rétrospective est de découvrir le nombre de festivals auxquels l’artiste a pris part. Il a sillonné la planète, rapportant dans ses valises des sons aux multiples influences.

 

Yasmine Ouali

 

Pour n’en citer que quelques représentations internationales de Ahmel Malek, le festival de Baltimor aux USA dans les années 80, il participe à la tribune de musique africaine à Dakar, Brazzaville, et Tunis. Il a également été délégué responsable de l’animation artistique au pavillon de l’Algérie à l’exposition universelle de Séville.

Pour mesurer le talent de Ahmed Malek, il suffit de voir le nombre de distinctions qui lui ont été accordées tout au long de sa carrière. En 1972 déjà, il se voit attribuer “le premier prix des arts et des lettres de la composition”. La médaille d’or au festival panafricain en 1976 et “le Prix du mérite nationale pour la composition musicale en 1987.

Le cinéma Malek

Le second acte de cette exposition, les organisateurs l’ont dédié au rôle qu’a joué Ahmed Malek dans le cinéma Algérien. En voyant les affiches de films pour lesquels il a composé de la musique, le visiteur se rend vite compte que son riche parcours est intimement lié au cinéma algérien. Et grâce aux coupures de presse des entretiens que l’artiste a accordé à l’époque aux médias, on découvre comment le virtuose a fait ses premiers pas dans ce monde.

 

Yasmine Ouali

 

L’artiste se voit confier les partitions de la plupart des films majeurs des années 70 lorsque l’ONCIC a pris la décision politique de faire les musiques de films par des compositeurs Algériens.

Moussa Haddad lui confie la musique de son fameux film “les vacances de l’inspecteur Tahar”. Ahmed Malek dit que cette expérience “concluante” lui a ouvert les portes du cinéma.  

 

Yasmine Ouali

 

Plusieurs autres suivront “Omar Gatlatou” de Merzak Allouache, “Zone interdite” d’Ahmed Lallem, “Moisson d’acier” de Ghaouti Bendedouche, “Autopsie d’un complot” de Slim Riyad, “les déracinés” de Lamine Merbah et tant d’autres films algériens.

Ces films, rythmés à la musique de Ahmed Malek, ont eu un écho dans le monde entier. Ils ont été projetés dans de prestigieux festivals, et ont remporté de nombreuses distinctions. C’est ainsi que le talent de Ahmed Malek a dépassé les frontières nationales. Il se faisait solliciter à plusieurs reprises pour collaborer dans la composition de musiques pour des films étrangers.

 

Yasmine Ouali

 

Cette époque glorieuse prend fin dès le début des années 80. Survient alors une longue traversée du désert.

Dans un entretien accordé au “Parcours Littéraire” en 1991, Ahmed Malek exprimait son inquiétude sur l’état de la culture en Algérie. “Une chose me rend malheureux, l’état de décrépitude dans lequel se trouve la culture de notre pays. Une enquête reste à faire sur le détournement des conservatoires de musique de la majorité de nos villes. Et ce n’est pas non plus encourageant de maintenir dans l’ombre et l’oubli des talents nombreux”, déplorait-il à l’époque.

 

studio Akakir