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08/02/2019 11h:52 CET | Actualisé 08/02/2019 11h:52 CET

La République pour religion

Si on continue de laisser cette responsabilité religieuse à l’école, c’est qu’on admet que la République est limitée et que l’Islam doit en compenser les lacunes.

Anadolu Agency via Getty Images

On m’a souvent traité d’Islamophobe car je défends certaines libertés individuelles élémentaires à mon sens dans une République. Pourtant, je fais confiance à l’Islam pour ne pas à se fier à des portes-paroles politiques et institutionnels. 

À l’heure où des écoles coraniques créent des fractures idéologiques dans la société Tunisienne, et si nous pensions a réformer le système du consensus pour risquer le clivage? Éduquons nos enfants à la République, et non à la croyance.

Le mythe de l’école Républicaine

Non, notre école n’est pas républicaine. Si elle l’était, elle garantirait une liberté réelle. La liberté se définit par le choix et pouvons nous dans l’école Tunisienne faire le choix d’apprendre le Coran de notre côté? D’apprendre l’Islam sans dépendre de l’interprétation de celui qui nous l’inculque?

Car, vous serez d’accord avec moi: rien n’est réellement objectif dans l’école. Si vous étudiez à Paris 8 Vincennes Saint Dénis, vos cours d’économie seront axées sur Keynes et Marx beaucoup plus que sur Hobbes, et beaucoup plus qu’à Assas. Comment alors faire preuve d’objectivité quand il s’agit de religion?

Les dérives vers les extrêmes seront un risque. La religion est une affaire de choix, or l’Ecole l’inculque dès le jeune âge à des enfants qui n’ont de développé que leur innocence, une religion imposée par l’État.

Non, je ne viendrais pas vous dire que le constitution prône la liberté de conscience et que l’Etat n’a pas de religion. Bien sûr que si, l’Etat défend que la Tunisie est musulmane mais sans prôner une religion d’Etat.

Le peuple est musulman. L’article 2 défend juste que l’Etat ne nous oblige pas à l’être car la “Tunisie est un Etat à caractère civil, basé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit”.

Ainsi l’Ecole de l’Etat devrait se focaliser sur la civilité, la citoyenneté, la liberté et le droit. Dans toutes ces valeurs, on ne retrouve pas la religion, alors pourquoi l’école perpétue la tradition d’inculquer des cours d’éducation islamique?

Car plus important que l’article 2 de la constitution de la République, l’Etat s’engage à diffuser les valeurs de modération et de tolérance, à protéger les sacrés et à interdire d’y porter atteinte comme le prévoit l’article 6.

La théologie, néanmoins doit continuer d’exister. Mais dans le cadre d’une spécialisation universitaire uniquement.

La peur de la perte de morale: cercle vicieux?

La morale est souvent reliée à la religion. Mais pas que. La famille, la loi et l’école jouent tout autant dans l’apprentissage des codes moraux et civiques. On pourrait penser que la religion joue un rôle essentiel dans le maintien de l’ordre publique mais pas réellement: en 1905, en France, après l’adoption de la loi sur la laïcité, il n’y a pas eu de hausse des délits mineurs, des troubles à l’ordre public ou de crimes majeurs. Le taux est resté stable et indexé sur la démographie.

Alors si la morale n’est pas en lien direct avec la religion quand il s’agit de son aspect pratique, théoriquement on suppose qu’elle inculque de la retenue et une capacité à canaliser son état primaire, rôle aujourd’hui dévolu à la république émanant de la notion de citoyenneté.

Prenons le cas de l’éducation civique et de “l’éducation islamique”: s’ils sont tous les deux enseignés par un professeur modéré, on retrouvera un grand taux de répétition, beaucoup d’informations cumulées.. Quel utilité pour l’enfant d’être surchargé pour le même objectif éducatif: la moralité?

Ainsi, l’idée qu’on ait peur de basculer vers la décadence morale sans l’Islam dans nos écoles est assez peu vérifiable, voire faux.

Le risque est autre: à qui attribuer la responsabilité de l’éducation religieuse?

Penser la foi: Enseignement ou substance?

Comment apprendre la foi à des particuliers? Tout comme les croyances politiques, la religion est une affaire de choix; c’est la position prise par la République dans la constitution. Mais alors comment inculquer un choix parmi tant d’autres sans le prendre soi-même?

Mais il faut se poser une question, la religion doit-elle être enseignée? Ne retrouvons nous pas la forme de foi la plus indivisible que celle que nous trouvons par nous même? Alors que l’enfant, associe spontanément les matières à l’école à une sorte d’obligation, de corvée. Il ne trouve pas la foi, elle lui est imposée, d’ou sa fragilité.

C’est cette même fragilité qui peut les pousser à des interprétations dérivées de l’Islam, car ils n’ont pas interprété librement le Coran, ils ont acquiescé sur l’interprétation d’autrui.

La religion comme enseignement est problématique: car si elle n’a pas d’influence sur ta foi et ni sur ta morale, qu’apporte t-elle a la République?

De manière purement théorique, on pourrait penser la foi en Dieu comme quelque chose de supra-rationnel, comme une substance qui nous est naturelle depuis la naissance; elle est de l’ordre d’un comportement instinctif où l’homme ressent le besoin d’une voie directive qui donne un sens à sa vie.

Dans cette logique, l’école n’a pas vocation a faire de l’éducation au sensible (sauf peut être Gustave Flaubert et son éducation sentimentale). L’expérience sensible, c’est l’homme qui la définit, qui a la liberté d’en jouir. Réguler les instincts naturels de l’homme dans une République, c’est la responsabilité de la loi.

Si on continue de laisser cette responsabilité religieuse à l’école, c’est qu’on admet que la République est limitée et que l’Islam doit en compenser les lacunes étant donné qu’ils visent tous deux les mêmes objectifs: la moralisation du primitif.

Donc tout revient à un seul argument, la moralisation des citoyens; l’attribution des codes sociaux. S’il faut préserver la démocratie, il faut surtout défendre la République (demandez à Robespierre). La République se doit de s’octroyer le monopole de la morale. Elle doit tendre vers l’idée suprême qui donne sens à la vie de ses sujets. La religion est la République de la vie d’après et non l’inverse.

Une solution politique clivante, une réponse aux extrêmes, car il n’y a rien de plus dangereux que quelqu’un qui se croit au dessus de la République: La transformation de l’École en supprimant l’enseignement de la religion.

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