LES BLOGS
17/09/2018 16h:55 CET | Actualisé 17/09/2018 16h:55 CET

La rentrée en Tunisie: Moment d’espoir et moment de réflexion

La question qui reste à discuter est comment amener tous les acteurs dans le processus de modernisation du système éducatif...

Anis Mili / Reuters

La rentrée scolaire est toujours une journée spéciale pour tous les parents, y-compris pour nous, ayant vécu la semaine dernière la deuxième rentrée scolaire de nos filles en Tunisie. Un moment d’espoir, un peu de nervosité, et d’excitation.

C’est aussi un moment pour réfléchir sur les grandes questions auxquelles fait face le système éducatif Tunisien. J’étais alarmé la semaine dernière par l’annonce du ministre des Affaires sociales sur l’augmentation du taux d’analphabétisme en Tunisie, qui a atteint désormais 19.1 %, le plus haut niveau depuis l’Indépendance.

Le taux brut de scolarisation au préscolaire pour les enfants de 3 à 5 ans d’âge en Tunisie est de 44% en 2016/17. En Tunisie, le préscolaire n’est obligatoire qu’à partir de l’âge de 5 ans. Il semblerait qu’un peu plus de 80% des enfants qui entrent en première année primaire aient eu accès à la classe préscolaire que ce soit dans une école primaire publique ou privée, dans un jardin d’enfants et/ou dans un Koutteb.

Sources: Ministère de l’Éducation – Calcul Mr. Hafedh Zaafrane à partir des données du ministère de l’Éducation.


C’est difficile à comprendre pour un pays qui avait consacré son premier prêt auprès de la Banque Mondiale à l’éducation. Cela semble aussi être en contradiction avec ce qu’un de mes collègues du Conseil d’Administration de la Banque mondiale nous avait expliqué il y a juste quelques mois concernant les enseignants Tunisiens qui sont toujours très demandés dans son pays et qui jouissent d’une excellente réputation. 

Dans quelques semaines mon institution publiera le premier ‘index du capital humain’, instrument qui a été développé cette année, et qui est fondé sur la contribution primordiale de la qualité du capital humain à la performance économique des pays. Un grand débat aura lieu dans quelques semaines sur ce sujet à Bali, lors des Assemblées Annuelles de la Banque mondiale.

Nous étions donc ravis de recevoir des plus hautes autorités du pays la demande que la Tunisie fasse partie des pays précurseurs pour développer leur vision pour accélérer le développement du capital humain. Ce même engagement est reflété dans la nouvelle stratégie multisectorielle sur la petite enfance, qui sera présentée le 20 septembre. Le lancement de cette stratégie montre, encore une fois, que la Tunisie a bien saisi les enjeux et les priorités du développement des premières années, comme cela est perçu au niveau international.

On voit donc, d’un côté, un message préoccupant sur l’augmentation du taux d’analphabétisme, et de l’autre côté, une appréciation de la qualité des enseignants Tunisiennes et un engagement fort et prioritaire sur les résultats d’apprentissage des élèves Tunisiens. La Banque mondiale avec les autres partenaires ont aussi mis à la disposition du gouvernement des financements importants et de l’assistance technique afin de réaliser les ambitions Tunisiennes de modernisation du système éducatif.

La question qui reste à discuter est comment amener tous les acteurs dans le processus de modernisation du système éducatif, de l’universalisation de l’accès à l’éducation préscolaire, la modernisation des curricula et le renforcement de la capacité des enseignants et des gestionnaires des écoles, la réforme du système de la formation professionnelle et le renforcement des universités et centres de recherche. C’est un grand chantier pour lequel il faut un appui à travers la société Tunisienne, appui qui, malheureusement, n’est pas suffisamment acquis considérant les messages qu’on peut lire dans la presse ces dernières semaines. Pour le bien de la Tunisie, s’il y a un secteur sur lequel les intérêts nationaux devraient pouvoir surmonter les intérêts partisans, c’est celui de l’éducation, pour les enfants et le futur du pays.    

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.