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09/04/2018 10h:07 CET | Actualisé 09/04/2018 10h:07 CET

La Religion ne protège pas du Sida au Maghreb!

Le déni dont les malades sont victimes dans nos pays n’incitent pas ces derniers à se montrer ni même à se soigner.

Burak Karademir via Getty Images

Nous venons de terminer les trois jours de la campagne de fonds Sidaction 2018 en France et je ne pouvais par conséquent faire l’économie de ce billet pour parler de ce fléau qui continue de faire des ravages dans le Monde et notamment dans nos régions (Afrique, Maghreb et Monde Arabe).

De retour de la Women Tribune d’Essaouira, j’ai eu le loisir d’échanger avec le Dr Nadia Bezad médecin engagée à cette cause et présidente d’OPALS Organisation Panafricaine pour la lutte contre le Sida.

Mais avant d’aborder la thématique dans notre région, voici quelques chiffres dans le Monde.

Le virus continue de faire des ravages: aujourd’hui, près de 37 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde dont 150.000 en France.

Un chiffre qui pourrait cependant diminuer si on restait dans une dynamique de prévention et de dépistage. Selon le dernier rapport de l’Onusida, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida, “plus de la moitié des personnes porteuses du VIH (53%) ont désormais accès au traitement contre le VIH, et les décès liés au SIDA ont diminué depuis 2005.” Au total, sur les 37 millions de personnes porteuses du VIH, 19,5 millions ont eu accès au traitement en 2016 et les décès liés au SIDA ont chuté de 1,9 million en 2005 à 1 million en 2016.

L’objectif d’ici 2020: serait que “90% des personnes porteuses du VIH soient informées de leur séropositivité, 90% de toutes les personnes diagnostiquées séropositives aient accès à une thérapie antirétrovirale soutenue, et 90% de toutes les personnes ayant accès au traitement antirétroviral soient viro-inactivées.”

Ce qu’il faut retenir avant tout s’agissant de la transmission de la maladie:

Il est possible de contracter le VIH de différentes façons:

- si l’on a des rapports sexuels (vaginaux ou anaux) non protégés ou des contacts bucco-génitaux avec une personne infectée.

- la mère transmet le virus à son enfant durant sa grossesse, l’accouchement ou l’allaitement au sein.

- en cas de contact avec du matériel chirurgical contaminé ou d’autres instruments piquants ou coupants.

- via une transfusion de sang ou la transplantation de tissus contaminés.

- en cas d’échange de solutions ou de matériel d’injection (aiguilles ou seringues) contaminés ou de matériel contaminé utilisé pour le tatouage.

La maladie est incurable et infecte les cellules du système immunitaire

On parle de sida lorsque la maladie atteint un stade très avancé, c’est-à-dire le moment où l’infection au VIH déclenche l’une des 20 infections opportunistes ou l’un des cancers liés au VIH.

Les chiffres dans le Monde

Plus de 36 millions de personnes sont infectées dans le monde.

36,7 millions de personnes vivent avec le VIH/sida dans le monde en 2016. La même année, 1 million de personnes en sont mortes.

Environ 1,6 million d’enfants sont atteints du VIH

Près de 160 000 enfants ont été infectés par le VIH en 2016.

Les pays les plus touchés sont africains

Cinq dont le Botswana, la Namibie, l’Afrique du Sud, le Swaziland et l’Ouganda.

Des progrès

En 2015, l’OMS a déclaré que Cuba était le premier pays à avoir éliminé la transmission mère-enfant du VIH et de la syphilis. Grâce à un suivi complet de la mère: chaque femme séropositive avait accès à des traitements antirétroviraux et à des soins prénataux complets. Des avancées aussi notées depuis juin 2016 en Arménie, Bélarus et la Thaïlande.“Près de 76% des femmes enceintes porteuses du VIH ont eu accès à des médicaments antirétroviraux en 2016, soit une augmentation de 47% depuis 2010.” Selon Onusida.

Un traitement d’urgence après un rapport non protégé désormais disponible

Pour réduire la charge virale du virus du VIH/sida dans l’organisme des personnes infectées, les scientifiques ont mis au point un traitement antirétroviral. Le but? Éviter au malade d’infecter son/sa partenaire sexuelle séronégatif.

En France

Dans sa campagne de prévention, depuis janvier 2016, la France propose d’administrer une molécule du Truvada en hôpital. Cette prescription permet d’éviter d’être infecté par le VIH dans le cas d’une relation sexuelle à risques.

Plus de 19,5 millions de personnes sont sous traitement antirétroviral dans le monde

Une grande majorité de ces personnes infectées vivait dans des pays à revenus faibles et intermédiaires. Afin de maximiser les chances de survie des personnes infectées au virus, l’OMS a publié en 2016 la deuxième édition anglaise des “Lignes directrices unifiées sur l’utilisation des antirétroviraux pour le traitement et la prévention de l’infection à VIH”.

Ces nouvelles recommandations fournissent indépendamment de la numération des cellules CD4, un traitement antirétroviral à vie à tous les enfants, adolescents et adultes vivant avec le VIH, et notamment à toutes les femmes enceintes ou allaitantes, en commençant le plus tôt possible après le diagnostic de l’infection.

Les personnes séropositives au VIH pourront bientôt avoir accès aux soins funéraires

L’interdiction des soins funéraires pour les défunts porteurs du VIH devrait être mise en place en janvier 2018. Cette mesure concernerait également les personnes atteintes d’hépatites.

RESTEZ DANS LA PREVENTION et en cas de VIH faites le nécessaire!

Pour éviter la transmission du VIH, voici les règles à retenir:

- pour tous rapports sexuels « à risque », utilisez le préservatif

- faites-vous dépister aux MST - surtout si l’on change de partenaire sexuel -, et se faire traiter en cas de MST afin d’éviter la transmission

- utilisez des seringues stériles

- veiller à tester préalablement le sang et les produits sanguins dont on pourrait avoir besoin, pour détecter la présence éventuelle du VIH

- toujours s’adresser pour une circoncision masculine (volontaire à un service médical ) pour les pays qui pratiquent cette coutume

- en cas d’infection par le VIH, une thérapie antirétrovirale est souhaitée le plus tôt possible, en vue d’ éviter une transmission du virus au partenaire sexuel. Idem pour ceux susceptibles d’utiliser le même matériel d’injection ou, dans le cas des femmes enceintes ou allaitantes, à l’enfant.

Des autotests permettent aujourd’hui de dépister le Sida

Des auto-tests du VIH sont disponibles en pharmacies pour certains pays (Europe, USA). Avec une goutte de sang, l’auto-test permet d’obtenir un résultat en 15 minutes, contre plusieurs jours d’attente dans un centre de dépistage. Ils ne peuvent cependant pas se substituer au dépistage classique (prise de sang), n’étant pas fiable à 100%, son résultat doit en effet être impérativement confirmé par un test en laboratoire.

Le Sida au Maghreb

Tunisie des chiffres mesurés

Les personnes vivant avec le VIH/sida s’élèverait, en Tunisie, aux alentours de moins de 2000 personnes en 2017. Selon les dires de la coordinatrice du programme nationale de lutte contre le sida et des maladies sexuellement transmissibles au ministère de la Santé, Hayet Hamdouni.

“La moitié des cas de VIH enregistrés en Tunisie concernerait des personnes dont la tranche d’âge serait comprise entre 25 et 44 ans”.

Ce serait les rapports sexuels non protégés qui seraient la cause principale de la transmission de la maladie. Viendrait ensuite la transmission par le sang, par l’utilisation de seringues déjà utilisés et qui concerne essentiellement les personnes qui se droguent par voie intraveineuse, ajoutant que la transmission de la mère à l’enfant représente 3% par an. Mais les estimations du programme des Nations Unies de lutte contre le Sida, indiquerait que le nombre des cas déclarés ne représente que 60% du nombre réel des personnes vivant avec le sida en Tunisie.

Si le Sida ne sévit pas en Tunisie de la même manière que dans certaines autres régions du monde, il convient de rester dans la vigilance et d’améliorer nos campagnes de sensibilisation auprès des populations rurales, mais aussi à l’égard des jeunes. Mettre l’accent sur l’accès sur, l’éducation sexuelle, et la sensibilisation à l’importance du dépistage qui restera anonyme. Car statistiquement, c’est bien là que réside le plus haut risque, en cas de relations sexuelles non protégées.

MAROC une féminisation de la maladie

Les femmes sous couvert de la religion et du tabou sont de plus en plus touchées au Maroc!

Nous nous sommes entretenues avec le Dr Nadia Bezad Présidente d’OPALS Maroc sur la question.

Si la question du Sida concerne le Monde entier, en Afrique, son expansion a un impact socio-économique majeur surtout sur les systèmes de Santé et les populations vulnérables. La pandémie a eu des conséquences graves sur les tranches de populations représentant des facteurs de précarité et de vulnérabilité et plus particulièrement chez les femmes vulnérables au point de parler d’un processus de féminisation de la maladie, nous explique le Dr Nadia Bezad. En effet, le VIH/Sida touche de plus en plus de femmes au Maroc. Le taux de femmes séropositives a été multiplié par quatre au cours de ces 20 dernières années, selon les chiffres du Ministère. 51% des cas séropositifs sont des Femmes dont 70% sont infectées par leur conjoint. Ces chiffres sont non seulement indicateurs de la situation épidémiologique chez les Femmes dans le pays mais aussi révélateurs de la situation de sa vulnérabilité et de toutes une problématique liée au genre, au non pouvoir de négociation de rapport protégé dans une société patriarcale où la décision ne revient qu’à l’homme et son pouvoir démesuré sur la femme pouvant induire également de la violence psychique et physique.

Depuis 2010, le nombre de dépistages a augmenté, avec plus de 400.000 tests effectués. 5,4 millions ont été réalisés en laboratoire et 75.000 auto-tests ont été distribués.

Le VIH/Sida touche de plus en plus de femmes au Maroc. Le taux de femmes séropositives a été multiplié par quatre au cours de ces 20 dernières années, selon des chiffres émanant du ministère de la Santé. Ainsi, il est passé de 8% à la fin des années 90 à 37% sur un total de 34.000 personnes atteintes. Une tendance observée de plus en plus au niveau de l’Afrique. En fait, 60% des personnes y infectées sont des femmes. Il s’agit effectivement d’une féminisation de l’épidémie qui est en corrélation avec la féminisation de la pauvreté.

Des épouses victimes malgré elles sous le poids de la religion

70% de ces femmes infectées sont des épouses comme c’est le cas dans le reste du monde arabe. Un état de fait qui trouve son explication dans la soumission que subissent nombre de femmes et qui ne leur permet pas d’imposer que leurs relations sexuelles soient protégées.

La polygamie, la situation économique et sociale des femmes et la religion expliquent aussi l’augmentation de cette épidémie parmi la gent féminine

Le poids des traditions et de la culture fait que ce sujet reste tabou, elles savent que leur mari voit ailleurs mais ne peuvent lui imposer de se protéger de peur d’être répudiée.

Quand l’ignorance alimente la propagation de la maladie

Beaucoup de ces femmes ignorent leur séropositivité, c’est uniquement lors de leur grossesse ou de l’accouchement qu’elles découvrent que leur bébé est atteint du sida qui les a déjà infectés .

En Afrique subsaharienne même scénario

La majorité des femmes africaines qui sont infectées sont touchées dans le cadre du mariage puisque leurs maris ont souvent plusieurs partenaires mais elles n’ont pas le moyen de leur imposer l’abstinence ou l’usage du préservatif.

Certaines lois participent à la propagation de la maladie

Certaines lois y contribuent également et notamment celles basées sur la discrimination. Aujourd’hui et malgré le fait qu’il s’inspire de la loi française sur la discrimination, le législateur marocain s’est contenté de sérier huit cas de discrimination alors que la loi française en cite 16. On y a gommé tout ce qui est en relation avec l’orientation sexuelle ou le genre. Ainsi, nous sommes forcées de constater que quand il s’agit du genre et de la sexualité, les priorités sanitaires ne sont plus les mêmes dans certains pays musulmans.

Casser les stigmatisations religieuses et les amalgames infondés

Le Sida n’est pas le juste retour du « haram » pour ceux qui enfreignent les lois du seigneur !

Car stigmatiser et nier l’homosexualité, la toxicomanie, la sexualité hors mariage, le travail du sexe et les discriminations envers les séropositifs, ferait encore plus de ravage. Quel que soit la confession, le conservatisme et l’ignorance reste dangereux, car il niera le problème et sa cause réelle. Il s’agit avant tout de questions de sociétés, qui n’ont rien à voir avec le religieux et la moralité. Nos enfants n’en sont pas à l’abri, et il nous faut travailler dans la sensibilisation, l’éducation, la prévention et surtout LA TOLERANCE DES DIFFERENCES. Le déni dont les malades sont victimes dans nos pays n’incitent pas ces derniers à se montrer ni même à se soigner. On se laisse mourir et au mieux on infecte l’autre car on peur du jugement et du regard de l’autre.

Même si les pays arabo-musulmans restent relativement épargnés par la pandémie, le sida est présent et peut toucher chacun de nous!

Des centres de dépistages ont été créés ces dernières années en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Cela augure tout de même d’un début de prise de conscience, mais on peut encore mieux faire, pour les femmes mariées qui subissent ce fléau. Car la religion ne protège pas du sida. Elle est le premier facteur de contamination des femmes maghrébines, dans 8 cas sur 10, c’est le mariage. D’où l’importance d’une vraie campagne d’information et de dépistage envers les hommes, notamment lors des certifications de mariage, il faut réellement dépister avant de consommer le mariage. Et il faut aussi sensibiliser l’homme, surtout celui qui a plusieurs partenaires en dehors du mariage. Autre réalité de nos sociétés…

Retrouvez les conseils de Fériel Berraies : www.feriel-berraies-therapeute.com

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