ALGÉRIE
30/09/2018 10h:19 CET | Actualisé 30/09/2018 10h:55 CET

La prise de contrôle de Fertial par Ali Haddad rendue impossible par le 5ème mandat?

La proximité de l’élection présidentielle avec un cinquième mandat qui s’annonce et s’énonce déjà sur tous les tons a-t-elle ruiné les chances de Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, de prendre le contrôle de Fertial où il détient 17% contre 34% pour Asmidal?

NurPhoto via Getty Images

La proximité de l’élection présidentielle avec un cinquième mandat qui s’annonce et s’énonce déjà sur tous les tons a-t-elle ruiné les chances de Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, de prendre le contrôle de Fertial où il détient 17% contre 34% pour Asmidal?

Le groupe ETRHB dirigé par le patron du FCE, un proche du frère du président de la république, pouvait l’espérer en rachetant les 49% des parts de l’espagnol Villa Mir qui se retire du pays. 

Du point de vue juridique, cette prise de contrôle était rendue quasiment impossible, à moins d’un renoncement formel du gouvernement, par la disposition de la loi de finance complémentaires, LFC 2009 instaurant “un droit de préemption de l’État ainsi que des Entreprises publiques économiques sur toutes les cessions de participations des actionnaires étrangers ou au profit d’actionnaires étrangers”.

Petite histoire du droit de préemption

Ce droit de préemption, rappelons-le, avait été introduit à la suite de la cession de la filière Orascom Cement au groupe français Lafarge pour la somme de 8,8 Milliards d’euros.  Il y avait dans le lot cédé de part le monde, deux cimenteries en Algérie, acquises par Orascom auprès de l’État algérien en 2004 grâce à un financement des banques publiques algériennes.

Les autorités algériennes qui n’avaient pas été avisées au préalable d’une opération se déroulant au niveau des bourses étrangères n’ont pas digéré de voir Lafarge entrer en Algérie sans passer par leurs autorisations. 

Colère du président Bouteflika qui décrète, le 26 juillet 2008, dans un discours, que la politique d’investissement menée par le gouvernement a été un échec.  La LFC 2009 en sera la traduction juridique. 

Mais Ali Haddad, dont la proximité avec le cercle présidentiel est notoire – l’ancien Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune en sait quelque chose – pouvait espérer faire bouger les lignes, d’autant que l’on a beaucoup parlé de partenariat public-privé.

Déjà actionnaire dans le groupe Fertial à hauteur de 17%, il pouvait tenter de faire valoir que c’était une opportunité de mettre fin à la discrimination contre le privé algérien. Il suffisait que les autorités renoncent au droit de préemption.

Son “entregent politique” - il a mis le FCE au service du quatrième mandat et a déjà appelé le président Bouteflika à rempiler pour un cinquième mandat lui permettait d’espérer de prendre le contrôle. Dans son communiqué daté du 5 septembre 2018, le FCE a appelé “avec sincérité, respect et déférence”, le président Bouteflika ”à poursuivre son œuvre en se présentant aux élections présidentielles de 2019″.

Ouyahia dans le “mauvais rôle”

La partie semblait même bien engagée, au point de susciter une levée de bouclier syndicale.  Le député Smaïn Kouadria a ainsi révélé le 22 septembre sur sa page Facebook une correspondance de Javier Goñi del Cacho, président du Conseil d’Administration de Fertial faisant état d’une lettre d’Ahmed Ouyahia confirmant le renoncement de l’État à faire valoir le droit de préemption.

La colère monte rapidement chez les syndicalistes qui évoquent un «cadeau » injustifié fait à Ali Haddad. Face à ces signes de résistance, la présidence aurait décidé finalement de mettre son “véto”, laissant Ahmed Ouyahia assumer une nouvelle fois le mauvais rôle.

Un cadeau impossible au temps du “bouchi”

Pourtant, comme pour d’autres décisions passées, il parait hautement improbable que M.Ahmed Ouyahia ait omis de saisir la présidence au sujet de ce renoncement au droit de préemption en faveur de patron de l’ETRHB.

La proximité de l’élection présidentielle dans un contexte où les affaires de corruption font la chronique régulière des journaux depuis la toujours mystérieuse affaire Kamel Chikhi et les 701 Kg de cocaïne rendait pour le moins risqué de faire ce “cadeau” à celui qui incarne, aux yeux d’une bonne partie de l’opinion,  l’oligarchie proche du pouvoir. 

Les “méchants” constats de Bernard Bajolet sur les “capitalistes d’État, voire des affairistes, liés aux “services” ou au pouvoir, qu’ils contribuaient à corrompre”- très largement diffusés sur les réseaux sociaux- risquaient de se voir confirmés à travers une telle “largesse” et passer pour une illustration d’un “capitalisme de copinage” qui grandit au détriment des entreprises publiques.

Ali Haddad s’est agrandi par la “politique”. A la veille de la présidentielle, le souci “politique” de faire passer le 5eme mandat lui a sans doute fermé le chemin à la prise de contrôle de Fertial. 

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