TUNISIE
21/04/2018 17h:09 CET

La présidente de l'IVD au Point: "Ni le chef de l'État ni le chef du gouvernement n'ont autorité sur nous"

Selon Ben Sedrine, le pouvoir en place tend à faire étouffer la justice transitionnelle.

FETHI BELAID via Getty Images

Si en Afrique du Sud ou au Maroc, la justice transitionnelle a fonctionné, c’est qu’elle avait le soutien du pouvoir en place. En Tunisie, ce n’est pas le cas. C’est ce qu’a expliqué Sihem Ben Sedrine, la présidente de l’Instance Vérité & Dignité (IVD) au Point Afrique, dans un article publié ce vendredi 20 avril

Pour Ben Sedrine, le pouvoir en place mène toujours une offensive contre la justice transitionnelle et oeuvre par tous les moyens pour étouffer les dossiers dérangeants de l’IVD.

Elle a, en effet, estimé que la justice transitionnelle n’a jamais été soutenue par les autorités politiques dont ceux élus en 2014. Elle a affirmé que des manoeuvres ont été formulées pour entraver la mission principal de l’IVD qui est de recenser les crimes commis par l’État. 

Des dossiers qui dérangent...

La présidente de l’IVD a pointé du doigt certains députés dont ceux de Nidaa de vouloir stopper coûte que coûte les travaux de l’instance, et ce depuis la transmission d’un premier dossier, le 2 mars, à la chambre spécialisée de Gabès. Un dossier menaçant qui met la main sur quatorze auteurs de violations, a-t-elle précisé.

Un second dossier, impliquant trente-trois auteurs de crimes contre l’humanité, a été, également, envoyé le 13 avril à la chambre spécialisée du tribunal de Nabeul. 

“Cela a commencé à irriter les partis politiques à la manœuvre” a-t-elle noté. Et d’ajouter que ces partis “ont toujours rêvé de nous faire disparaître, mais ils n’avaient jamais utilisé des moyens qui consistent à tordre le cou à la loi par une institution aussi importante dans une république que le Parlement”. “C’est la première fois qu’ils osent aller jusque là” a-t-elle répliqué.

Ben Sedrine estime, ainsi, que son instance est visée. “Le pouvoir en place n’arrive pas à accepter qu’une instance indépendante soit réellement autonome” a-t-elle renchéri en précisant que “ni le chef de l’État ni le chef du gouvernement n’ont autorité sur nous. Ils n’ont pas d’ordre à nous donner.” 

La président de l’IVD a soulevé, à travers les agissements du pouvoir en place, que la démocratie naissante de la Tunisie est encore “balbutiante”.

Les tentatives visant à saper le travail de l’IVD se multiplient

D’autre part, Ben Sedrine a fait savoir que les crimes de corruption sont bloqués par le ministre des Domaines de l’État. “Il y a très peu de chance que l’on arrive à quelque chose” a-t-elle dit en abordant les dossiers relatifs au clan de Ben Ali et les Trabelsi. “Je n’arrive pas à comprendre qu’un gouvernement refuse de remplir ses caisses au moment où elles sont vides” a-t-elle soutenu.

La présidente de l’IVD a, par ailleurs, révélé que les tentacules de la corruption sont partout. “Il n’y a pas d’anges sur terre. Ils peuvent être nés en Suède, si on leur donne les conditions de la Tunisie ils seront des Tunisiens” a-t-elle précisé en affichant son souhait de vouloir dévoiler au public les noms de certains fonctionnaires et responsables “qui ont fait beaucoup de mal au pays” selon ses dires.

Bloquer les travaux de l’IVD est un coup dévastateur à la justice transitionnelle, selon Amnesty International

“La tentative visant à bloquer les activités de l’IVD reflète le climat d’impunité qui prévaut pour les violations des droits humains en Tunisie, ainsi que l’absence de volonté politique de combattre cette impunité” relève l’organisation Amnesty International dans un communiqué de presse datant du 17 avril 2018.

L’organisation a condamné, par ailleurs, l’obstruction de la part de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) en Tunisie, au travail de l’instance. 

Plus de 62 000 victimes de violations des droits humains comptent sur l’IVD pour qu’elle fasse respecter leur droit à la vérité et à la justice pour les crimes qui restent impunis depuis plusieurs décennies, a souligné Amnesty. “Le fait d’empêcher l’IVD d’accomplir son mandat reviendrait à trahir toutes ces victimes”, a-t-elle conclu.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.