TUNISIE
05/07/2019 14h:59 CET

La présidence du gouvernement interdit l'entrée aux bâtiments publics aux personnes dont le visage serait couvert

La circulaire publiée vendredi justifie cette décision par des raisons sécuritaires

Zoubeir Souissi / Reuters

La présidence du gouvernement a publié, vendredi, une circulaire interdisant l’entrée aux bâtiments publics aux personnes dont le visage ne serait pas découvert, et donc à celles portant le Niqab.

Selon le document publié par plusieurs médias, cette décision adressée aux ministres, secrétaires d’États, gouverneurs, présidents de conseils municipaux et aux présidents des établissements publics a été prise afin de “préserver la sécurité publique”.

Mosaïque Fm

 

Ainsi, contrairement à ce qui a été relayé sur les réseaux sociaux, la circulaire ne vise pas uniquement le Niqab, mais toute personne dont le visage serait “couvert”.

Par ailleurs, seuls les établissements et institutions publics sont concernés par cette circulaire. Ainsi, le port du Niqab n’est pas interdit dans les espaces publics et dans les établissements privés.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle circulaire est prise en Tunisie. Une circulaire datant du 12 août 1987, toujours en application, interdisait le port du foulard islamique -et par extension du Niqab- aux agents de l’administration et des établissements publics comme l’explique Maryam Ben Salem, chercheuse et maître-assistante en sciences politiques à la faculté de droit et de sciences politiques de Sousse dans sa publication “Le voile en Tunisie. De la réalisation de soi à la résistance passive” publié en 2010.

En 2016, une proposition de loi interdisant le port du Niqab avait été déposée par le bloc parlementaire “Al Horra” à l’Assemblée des représentants du peuple, soulevant un débat à ce sujet, juste après les attaques de Ben Guerdane.

Face à ce débat, le Mufti de la République Othman Battikh avait affirmé que le Niqab n’était ni charaïque, ni tunisien: “L’islam n’exige que ‘la pudeur’ dans la manière d’être”, a indiqué le Mufti qui a rappelé que le niqab ne fait pas partie de la culture tunisienne. “En Tunisie, nous avions la khama (petit voile posé au niveau de la bouche), c’était du temps de ma grand-mère. Même ma mère ne l’avait portée”, a-t-il indiqué.

L’ancien Mufti de la République Hamda Said avait également soutenu que le Niqab est un habit qu’on peut restreindre: “Si l’on admet que le port du voile intégral constitue une des libertés individuelles garanties par la constitution tunisienne, l’Etat est en droit de la restreindre quand il s’agit de la sécurité du pays et de la société”, a-t-il assuré.

“Le Niqab n’est ni une obligation religieuse ni une sunna (ensemble des paroles, actions et jugements du prophète Mohamed)” avait-il indiqué citant pour exemple que “se découvrir le visage pendant l’accomplissement des rites du pèlerinage (à la Mecque) est obligatoire, et ce malgré la mixité dans les lieux Saints”.

En 2014, les personnes portant le Niqab avaient été sujettes à “un contrôle renforcé” sur décision du ministère de l’Intérieur justifiant cette mesure par la lutte contre le terrorisme et l’essor de groupes jihadistes.

Cette décision du chef du gouvernement a lieu dans un contexte de fortes tensions sécuritaires. 

Le 27 juin dernier, la Tunisie a été victime de deux attentats revendiqués par l’État Islamique. Un premier kamikaze s’est fait exploser à l’avenue Charles de Gaulle, au centre-ville de Tunis, un second a visé la direction de lutte antiterroriste d’El Gorjani, faisant au total 2 morts et 7 blessés.

Dans la soirée du mardi, les forces sécuritaires tunisiennes ont poursuivi et éliminé un terroriste activement recherché, en lien avec les attentats de jeudi, à la Cité Intilaka. Qualifié de “cerveau” des attentats, il était recherché par le ministère de l’Intérieur qui avait appelé les citoyens via un communiqué à les alerter de ses déplacements, s’ils venaient à le rencontrer.

Mercredi, une grande quantité de matière explosive avait également été retrouvée dans une mosquée de la Cité Intilaka, ayant un lien possible avec les attentats du 27 juin.

Face à la situation, vendredi, le président de la République Béji Caid Essebsi a décidé de prolonger l’état d’urgence.

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