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30/10/2018 17h:20 CET | Actualisé 05/11/2018 14h:24 CET

La poudre aux yeux du maintien de l'heure d'été au Maroc

"Nous accusions notre élite de vivre à l’heure de Paris et il y avait de quoi."

Veronica Garbutt via Getty Images

HORAIRES - Nous avons enfin réussi, nous avons finalement effectué le grand saut tant attendu et rattrapé la France et même l’Allemagne. Il fallait juste y penser mais, heureusement, il n’est jamais trop tard et notre cher gouvernement a pris sa couardise à deux pattes et décrété le grand bond en avant. Quelle idée révolutionnaire!

Blague à part, je n’aurais jamais pensé écrire ces phrases tellement je m’étais convaincu que tout allait se redresser. J’avais stupidement foi que les récents déboires n’étaient que des couacs, inévitables dans la phase transitoire que notre pays est censé traverser avant d’arriver à l’état de droit et de tutoyer la prospérité. Je joins ma voix à celle de mes concitoyens afin de décrier une autre désillusion, énième dans une longue suite, qui ne fait qu’accroître notre frustration.

Nous accusions notre élite de vivre à l’heure de Paris et il y avait de quoi. Certainement agacée par notre perception d’elle et sans aucun doute motivée par des intérêts sans rapport avec ceux de la nation, elle a trouvé un subterfuge pour nous ôter de la bouche cette accusation, ô combien fondée et embarrassante: à compter d’aujourd’hui, nous vivons tous à l’heure de Paris. Désormais, quand un de nos pontes prendra son café au Trocadéro en attendant que sa madame finisse ses courses aux Galeries Lafayette, nous serons à la même heure. Nous aurons au moins un point en commun avec ces gens autrement déconnectés de notre quotidien et de nos préoccupations.

Au lieu de tacler l’insécurité qui nous prive de notre quiétude, de proposer un enseignement à même de répondre aux besoins de notre jeunesse, de restaurer notre fierté et notre foi en la patrie, on nous a, une fois de plus, jeté de la poudre aux yeux.

Notre élite est si déconnectée qu’elle a non seulement fait fi de la vox populi mais s’est même permis de mépriser la Vox Dei qui se manifeste a travers la nature. Peu importe quand est-ce que le soleil se lève et se couche. L’oukase est tombé et, comme les précédents, il est sans appel. C’est ce qui s’appelle vivre en démocratie, au Maroc.

Pour ce qui est de l’impact sur la vie des gens, il ne faut pas se leurrer. L’absence totale de consultation, la précipitation et le caractère soudain de la décision, permettent au moins, et c’est une mince consolation, d’assimiler une fois pour toutes que ce pays ne nous appartient pas. En effet, nous sommes sommés, comme les bêtes de somme que nous sommes, d’avaler et de passer à autre chose.

Après nous avoir dépossédés de notre richesse, fracassé nos rêves et ceux de notre jeunesse et déshérite de notre identité, l’État a clairement démontré qu’en tant que serfs, notre rôle se limitait à fournir la corvée, la taille et le cens, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

La blessure ne suffisant pas, suivra l’injure quand ces inféodés débiteront, sans conviction, avec un semblant de solennité, dans un arabe bancal, les yeux retors et le sourire narquois bien en vue:

(“Il s’agit d’une décision souveraine”) !هذا قرار سيادي