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05/11/2019 16h:36 CET | Actualisé 05/11/2019 16h:36 CET

La position de matamore de Trump face à l'Iran pourrait se retourner contre lui

Le 4 novembre 1979 débutait la prise d'otages de l'ambassade américaine à Téhéran, qui allait coûter cher au président Jimmy Carter. 40 ans après, Trump joue avec le feu.

ATTA KENARE via Getty Images
Déguisé en Trump dans une guillotine, un manifestant iranien exprime son hostilité envers le Président américain lors d'une manifestation devant l'ancienne ambassade américaine à Téhéran, pour les 40 ans de la prise d'otages, le 4 novembre 2019.

Entre les deux “meilleurs ennemis” américain et iranien, depuis 1979, la confrontation est presque permanente et de celle-ci peut sortir le meilleur ou le pire pour un président américain. Donald Trump, bien qu’il se prétende excellent négociateur (son livre “L’Art de la négociation” se veut un modèle du genre) devrait se méfier face à une nation qui excelle dans la pratique de la négociation complexe et longue face à un ancien homme d’affaires qui préfère agir vite en faisant monter la pression, pour ensuite obtenir les conditions les plus favorables. 

Ainsi, la très longue prise d’otage de l’ambassade américaine en 1979 à Téhéran a probablement été fatale à Jimmy Carter dont la réélection s’avéra presque impossible tant il apparut affaibli par cet épisode tragique. Reagan fut à deux doigts de se brûler les ailes sur le dossier iranien avec le fameux dossier de l’Irangate qui aboutit à livrer des armes à l’ennemi honni (via Israël!) ce qui permit en échange de financer illégalement la guérilla anticommuniste du Nicaragua. Le bilan de George W. Bush s’est pour sa part assombri non seulement, car il a décidé d’une guerre inutile, illégale, voire immorale et sous de faux prétextes en 2003 contre l’Irak, mais surtout, car elle a renforcé indirectement l’Iran et sa “profondeur stratégique” dans la mesure où Bagdad apparaît désormais sinon comme un vassal, mais a minima comme un État plus que bienveillant vis-à-vis de Téhéran à défaut de pouvoir se proclamer officiellement allié, pressions américaines obligent. 

À l’inverse, le bilan d’Obama restera marqué, outre les inflexions, modestes, sur le plan intérieur (avec la réforme de l’Assurance maladie) principalement par le rapprochement avec Cuba et davantage encore par l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Il considère que l’Histoire lui donnera raison puisque la priorité c’est pour lui “le pivot” vers l’Asie, la concentration sur les problèmes intérieurs (en bon “jeffersonien”) et non sur cette zone instable où il n’y a que des coups à prendre et où il vaut mieux être dans une relative neutralité plutôt que de choisir un camp, même si les alliances doivent être préservées (Israël, Arabie Saoudite), d’autant plus que Washington n’a presque plus besoin des hydrocarbures du Golfe depuis que la production de pétrole non conventionnel (“de schiste”) a explosé ces dernières années. 

Trump, au départ, est plutôt sur cette ligne sauf que curieusement (ou plutôt, car il voulait tellement se dissocier d’Obama), il a toujours affirmé sa volonté de revenir sur l’accord, contradiction évidente avec son néo-isolationnisme. Trump prend le risque énorme de la montée des tensions dans la région, au risque d’affaiblir ses alliés au lieu de leur apporter des garanties de sécurité. Sa position de matamore risque de lui interdire de reculer si les hostilités sont déclenchées à une grande échelle et cela provoquera l’engrenage souhaité par plusieurs de ses proches comme Pompeo ou le sénateur Lindsay Graham, au grand dam d’une partie de ses électeurs. S’il recule, comme cela semble être le cas après la récente et spectaculaire attaque contre les installations pétrolières du géant saoudien Aramco, alors il perdra de sa superbe, et aura durablement affaibli la capacité de dissuasion des États-Unis.

Bref, mal géré, le dossier iranien pourrait devenir un nouveau bourbier, et le vrai talon d’Achille d’un président qui jusqu’ici résiste à presque toutes les crises ou scandales et qui semble avoir oublié les règles de base de toute bonne négociation, à savoir disposer de la meilleure alternative possible (BATNA) en cas d’échec des discussions, ne serait-ce que pour faire pression sur son interlocuteur. Or on peine à deviner quelle est la stratégie de Trump, et il se refuse par ailleurs à toute concession sur les sanctions, malgré les efforts méritoires d’Emmanuel Macron. Le risque est grand qu’il doive aller à Canossa et céder, in fine, à moins que la diplomatie secrète ne s’active et permette une décrispation en échange de concessions discrètes, mais importantes pour les Iraniens, ce qui permettrait d’obtenir une porte de sortie honorable pour les deux protagonistes.   

Face à lui, l’expérimenté Joe Biden (surtout en politique étrangère), qui a presque le même âge, pourrait apparaître comme un recours et un moindre mal pour revenir à un “équilibre kissingérien” oublié. Sans compter que plus la crise s’accentuera, plus elle mobilisera l’énergie de Trump au détriment d’autres dossiers autrement plus importants: Chine, terrorisme, gestion de la relation avec la Russie, sans oublier les questions intérieures…

 

Ce blog a été initialement publié sur le HuffPost France

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