TUNISIE
18/07/2018 15h:47 CET

"La politique monétaire de la BCT est inefficace" accuse l'ITES

L'ITES pointe du doigt la politique monétaire "inefficace" de la BCT et présente ses pistes pour améliorer la situation

Bloomberg via Getty Images

L’Institut tunisien d’études stratégiques (ITES) a fortement critiqué, dans sa récente note relative à la conjoncture économique du pays, la politique monétaire de la Banque centrale.

Qualifiée “d’inefficace”, cette politique ne semble pas porter ses fruits comme prévu pour combattre l’inflation, dénonce l’Institut. “La politique monétaire apparaît donc inefficace pour contenir l’inflation même si on a enregistré une stabilisation depuis le mois d’avril” explique-t-il. .

Selon l’ITES, l’inflation n’est pas que d’origine monétaire en Tunisie. Elle est due aussi ”à l’augmentation des coûts de production, particulièrement le coût de l’énergie, des matières premières et des produits semi-finis”.

De plus, l’inflation serait entre autre “la résultante des mécanismes économiques distordus” tels que la contrebande et les circuits de distribution parallèles, précise encore l’ITES. 

S’attaquant aux équilibres macro-économiques, l’ITES relève que tous les indicateurs sont au rouge. “Ces derniers se sont nettement détériorés depuis 2010 à la suite de la politique de relance adoptée depuis 2011” note-t-il.

Avec le creusement flagrant du déficit budgétaire, le faible niveau de l’épargne nationale et une dette publique de plus en plus importante, passant de 41% du PIB en 2010 à 70% en 2017, l’économie tunisienne semble à bout de souffle et “n’est pas de nature à favoriser la restauration des équilibres”.

Pour sauver la face, l’ITES estime qu’il est plus judicieux que la BCT “oeuvre à encourager et mobiliser l’épargne”.  

D’ailleurs, l’Institut a pointé du doigt le relèvement des taux directs et indirects qui selon lui, “n’a pas permis de mobiliser plus de ressources, tout en restant exposé à leurs effets nocifs sur la croissance, l’investissement et la consommation”.

Se montrant plutôt pessimiste, l’ITES prévoit un creusement plus important du déficit budgétaire, et ce contrairement aux prévisions FMI. 

Il indique, par ailleurs, que l’atteinte de l’objectif de croissance de 3% fixée par le gouvernement est, dès lors, difficile à atteindre sans un soutien de l’investissement, le véritable moteur de la croissance. 

D’autre part, “la dépréciation du dinar en 2017 et qui continue en 2018 n’a pas eu l’impact escompté sur l’attractivité du site Tunisie” regrette l’Institut. Et d’ajouter que “cette panne de l’investissement (national et étranger) n’est évidemment pas de nature à créer des emplois suffisants pour résorber le chômage qui ne décroche pas du taux de 15.3%”.

Quelles sont ses recommandations?

Pour l’ITES, “la conjoncture économique mondiale pour l’année 2018 est favorable pour la consolidation de la reprise de la croissance économique en Tunisie”. 

Toutefois, “les finances publiques sont le talon d’Achille de la croissance future de l’économie tunisienne” souligne-t-il. Ainsi pour amortir la crise, “les corrections budgétaires devraient être axées sur l’optimisation des dépenses improductives”. Il explique que “l’expérience internationale suggère que la réduction des dépenses de 1% du PIB entraîne un recul d’environ un demi-point de pourcentage par rapport à la croissance moyenne d’un pays. En revanche, les corrections budgétaires axées sur la hausse des impôts de 1% du PIB s’accompagnent d’un recul du PIB de 2%. Cet effet de récession a tendance à durer plusieurs années. La réduction des dépenses est de ce point de vue la solution de moindre mal”.

Par ailleurs, l’ITES souligne la nécessité d’examiner la composition des recettes fiscales et d’orienter les taxes vers les segments les moins nocifs pour la croissance (taxes récurrentes et sur la propriété).

En ce qui concerne l’inflation, l’Institut trouve que “l’inflation devrait être corrigée par des politiques structuralistes, et non monétaristes comme le fait actuellement la BCT”.

Pour lui, ces politiques consistent à corriger les imperfections du marché. “Le traitement de l’inflation devrait en conséquence se faire, dans l’immédiat, selon une approche sectorielle et non globale” note-t-il. 

Quant aux déficits jumeaux à savoir déficit budgétaire et déficit commercial, l’ITES précise que ces derniers sont à l’origine de la dépréciation du Dinar et l’épuisement des réserves de change. “Notre déficit commercial prononcé (28%) par rapport à la Chine et la Turquie (15%) s’explique essentiellement par la dépréciation compétitive des monnaies nationales de ces pays”.

De ce fait, l’ITES indique que pour résorber les déficits jumeaux, il faut inévitablement “passer par l’amélioration de la productivité du travail et du capital”. 

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