MAROC
26/06/2019 11h:21 CET

La photo d'un Salvadorien et sa fille de 2 ans, noyés en tentant de gagner les États-Unis, indigne

Oscar Martinez Ramirez et sa fille ont tenté de traverser le Rio Grande pour rejoindre clandestinement les États-Unis.

IMMIGRATION - En septembre 2015, la photo d’Aylan Kurdi, un enfant syrien de 3 ans retrouvé noyé alors qu’il tentait de quitter la Syrie, avait bouleversé l’opinion mondiale et provoqué un (éphémère) sursaut des consciences. Quatre ans plus tard, une photo similaire illustrant cette fois la réalité migratoire de l’Amérique du sud vers les États-Unis aura-t-elle le même effet outre-Atlantique?

La photo, difficile à regarder, montre les corps de Oscar Martinez Ramirez, un père salvadorien et sa fille d’environ 2 ans, morts noyés alors qu’ils essayaient de traverser le Rio Grande pour passer clandestinement aux États-Unis depuis le Mexique. Les deux corps ont été retrouvés lundi 24 juin, dans les environs de Matamoros, dans l’Etat mexicain de Tamaulipas, selon un rapport de la justice mexicaine auquel l’AFP a eu accès.

ASSOCIATED PRESS

Selon le rapport judiciaire, Oscar Martinez Ramirez, un cuisinier âgé de 25 ans, la mère, âgée de 21 ans, et leur petite fille sont arrivés la semaine dernière à Matamoros après avoir traversé tout le Mexique. Dimanche après-midi, la famille a décidé d’essayer de gagner à la nage la rive américaine du Rio Grande, accompagnée d’un ami.

Le père a pris l’enfant sur son dos en la calant à l’intérieur de son t-shirt pour traverser le fleuve. Mais, emportés par des courants violents, tous deux se sont noyés sous les yeux de la mère, laquelle a pu retourner en vie sur la rive mexicaine, selon les explications qu’elle a fournies aux autorités locales.

Les photographies des cadavres du jeune père et de l’enfant flottant sur le ventre sur la rive mexicaine du fleuve ont fortement choqué l’opinion publique au Salvador et au Mexique, mais aussi aux Etats-Unis où Donald Trump et sa politique anti-immigration sont pointés du doigt.

La présidence salvadorienne a affirmé que “le gouvernement travaillait sans relâche pour rapatrier les corps”. “Notre pays est en deuil”, a affirmé la ministre des Affaires étrangères salvadorienne, appelant la population à “ne pas prendre de risques” en tentant de gagner les Etats-Unis.

Candidate à l’investiture démocrate, la sénatrice américaine Kamala Harris a dénoncé l’“extrême violence” que subissent les migrants et dénoncé la politique “inhumaine” de Donald Trump. Autre candidat démocrate, Beto O’Rourke a jugé le président “responsable” de ces morts.

Mexique et États-Unis sous le feu des critiques

Ce drame intervient alors que les gouvernements américain mais aussi mexicain sont sous le feu des critiques pour le traitement qu’ils réservent aux migrants, et plus particulièrement aux enfants.

Aux États-Unis, où les conditions de détention des migrants mineurs ont déjà fait polémique, l’ONG Human Rights Watch a publié récemment un nouveau rapport choquant sur la situation dans les centres de rétention, après avoir visité celui de Clint, près de la ville frontalière d’El Paso.

Selon l’ONG, les enfants dorment à même le sol cimenté dans des cellules surpeuplées. Ils “n’ont pas d’accès régulier aux douches ou à des vêtements propres”, certains ne se sont pas lavés “depuis des semaines”, n’ont pas de savon et ont parfois des poux. Quinze mineurs ont attrapé la grippe et dix ont dû être placés en quarantaine en raison de leur état de santé.

Quelques jours plutôt, l’avocate du gouvernement avait expliqué devant un tribunal que le savon et la brosse à dents ne faisaient pas partie des conditions de détention “sûres et saines” prévues par la loi pour les mineurs isolés. Ces déclarations ont provoqué un tollé. La jeune élue démocrate Alexandria Ocasio-Cortez a dénoncé des “camps de concentration” gérés par une administration “fasciste”. 

Le Mexique, mis sous pression par Donald Trump, a également durci le ton. Fin mai, le président américain a en effet menacé d’imposer des droits de douane sur tous les produits mexicains importés si Mexico ne freinait pas la vague de migrants clandestins en provenance d’Amérique centrale. Le 7 juin, les deux pays sont parvenus à un accord et les États-Unis ont donné 45 jours au Mexique pour prendre des mesures.

Conséquence directe de ces décisions, des arrestations parfois musclées ont eu lieu sur des zones de passage. Une photo de l’AFP prise pendant le week-end du 22 juin, montrant deux femmes et une fillette arrêtées par des membres lourdement armés de la Garde nationale mexicaine au moment où elles tentaient de traverser le Rio Grande, a provoqué l’indignation et une vague de critiques contre le gouvernement mexicain.

AFP

Démenti, aide humanitaire d’urgence et remaniement

Ces nouvelles révélations ont provoqué diverses réactions des États concernés. Le président mexicain de gauche Andres Manuel Lopez Obrador, au pouvoir depuis décembre, a ainsi démenti mardi 25 juin qu’un ordre ait été donné aux militaires d’interpeller les clandestins dans le cadre de l’accord sur l’immigration récemment conclu avec Washington, contredisant ainsi des propos tenus la veille par le ministre de la Défense, Luis Cresencio Sandoval.

Côté américain, les 300 migrants du centre Clint visité par Human Rights Watch ont été déplacés lundi. Le chef par intérim de la police aux frontières, John Sanders, a quant à lui annoncé sa démission.

Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration clandestine l’une de ses priorités, s’est dit mardi “très inquiet” des conditions de détention des clandestins, appelant le Congrès à s’entendre sur un financement d’urgence des opérations à la frontière.

Ce qui a été fait dans la foulée, avec le déblocage de 4,5 milliards de dollars d’aide humanitaire a été voté à la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates. Mais les républicains, majoritaires au Sénat, menacent de retoquer ce texte plus tard cette semaine si une partie du budget n’est pas dévolue aux forces de l’ordre.

Cet article a initialement été publié par le HuffPost France.