MAROC
08/11/2018 12h:16 CET

La peine de 6 mois de prison ferme à l'encontre de Afaf Bernani a été confirmée en appel

“Et si la cour de cassation n’apporte rien de nouveau, on fera appel à la grâce royale"

FADEL SENNA via Getty Images

VERDICT - “On ne s’y attendait pas”. Mohamed Ziane, avocat de Afaf Bernani, employée du groupe de presse Akhbar Al Yaoum, exprime, dans une déclaration au HuffPost Maroc, sa déception à l’énoncé, mercredi 7 novembre, du verdict de la cour d’appel de Casablanca. Saisie après la condamnation en première instance, le 24 avril dernier, de Afaf Bernani à une peine de 6 mois de prison ferme assortie d’une amende de 1.000 dirhams pour diffamation et dénonciation “d’une infraction qu’elle sait ne pas avoir existé”, suite à une plainte déposée par un officier de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), la cour d’appel a confirmé cette peine.

“Afaf Bernani a usé d’une procédure que la loi prévoit. Entamer une procédure en faux contre un PV de police est un droit reconnu par la loi à toute personne”, insiste l’avocat estimant que les poursuites contre sa cliente “n’auraient jamais dû être engagées”. Afaf Bernani avait porté plainte contre l’officier qui l’avait auditionnée dans l’affaire de Taoufik Bouachrine, le directeur du groupe de presse où elle travaille, pour falsification de son PV. L’officier qu’elle accusait a saisi, de son côté, le parquet de Casablanca pour porter plainte contre une diffamation à son encontre ayant eu pour suite le procès contre cette employée de Akhbar Al Yaoum.

Mais l’affaire Bernani ne s’arrêtera pas à la cour d’appel. “On va se pourvoir en cassation dès aujourd’hui”, annonce l’avocat, précisant que, pour l’instant, sa cliente ne risque rien. “En cas de cassation, l’exécution du verdict est suspendue jusqu’à ce que le verdict tombe”, indique-t-il, craignant que cette nouvelle procédure se déroule “aussi vite” que celle l’ayant précédée. “Et si la cour de cassation n’apporte rien de nouveau, on fera appel à la grâce royale. On épuisera tous les moyens de recours et d’annulation de cette décision”, prévient-il.

Pour rappel, Afaf Bernani avait été convoquée, en février dernier, dans l’affaire Taoufik Bouachrine comme étant l’une des plaignantes. Elle avait alors exprimé sa surprise affirmant n’avoir déposé aucune plainte contre le directeur du journal. “Elle a informé une femme avoir subi un harcèlement sexuel de la part de Taoufik Bouachrine (…) La police judiciaire devait s’en assurer, elle a donc été convoquée”, avait alors précisé le procureur général près la Cour d’appel de Casablanca, Najim Bensami, lors d’un point de presse qu’il avait tenu le 12 mars dernier.

Suite a son audition, Afaf Bernani avait accusé l’officier ayant dressé le PV d’avoir falsifié ses propos. Ce que l’officier avait estimé être une diffamation à son encontre en déposant une plainte à laquelle il avait joint un CD de l’enregistrement de l’audition de Afaf Bernani dont le contenu avait été d’ailleurs dévoilé au cours de la conférence de presse précitée. Le CD montrait Afaf Bernani en train de lire à haute voix sa déposition. “Une preuve scientifique”, avait souligné le procureur annonçant, à ce moment-là, qu’il avait été décidé de la poursuivre en justice.

Ainsi le procès s’est ouvert le 3 avril et après trois audiences dont la dernière a été programmée le 17 du même mois, la cour a estimé que le dossier était prêt et les délibérations ont abouti au verdict du 24 avril. Au lendemain de ce dernier, Bernani avait publié, via le groupe de presse où elle travaille, une vidéo dans laquelle elle avait maintenu ses accusations à l’encontre de l’officier et s’est indignée de n’avoir “pas eu droit de se faire entendre au procès bouclé sans la plaidoirie de son avocat”. Ce que le procureur général avait tenu à démentir précisant qu”’à la deuxième audience, fixée le 17 avril, aucun des deux ne s’était présenté lors qu’ils ont été informés de la date”.