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15/04/2019 18h:47 CET | Actualisé 15/04/2019 19h:05 CET

La nudité forcée, ou les dérives d’un régime déboussolé

Capture d'écran

L’humiliation du corps comme un outil de répression politique refait surface. Des militantes algériennes ont été forcées à se déshabiller dans un commissariat de Beraki, dans la banlieue d’Alger ce samedi 13 Avril. Un véritable “bizutage” qui inclut un examen médical intrusif et particulièrement humiliant. Le corps de ces braves femmes a été utilisé comme une arme pour nous humilier collectivement; nous mettre à genoux; nous punir, nous terroriser pour avoir contesté le régime depuis le 22 février et de ne pas savoir nous taire après les changements proposés. Avec cet acte effronté ; la machine à broyer le changement est entrée dans une nouvelle sphère de la tyrannie.

L’usage politique de la nudité forcée par les régimes non démocratiques est une ancienne pratique. Forcer des individus à se déshabiller est la première étape pour briser la dignité de ceux qu’on veut dominer, renforcer l’idée de leur impuissance face à l’ordre établi, et décourager la contestation.

Pendant l’esclavagisme, les femmes asservies étaient vendues nues dans les rues du sud des États-Unis et les adolescents esclaves servaient parfois nus des dames blanches à table. Le régime nazi forçait les Juifs à parader nus avant d’entasser leurs corps dans des camps de concentration. De même, les prisonniers irakiens rassemblés dans la prison d’Abou Gharaib par l’occupant américain ont été dépouillés de leurs vêtements, torturés et photographiés nus, comme pour symboliser la victoire de la mission impérialiste et humilier le peuple irakien.

En Égypte, la contre-révolution menée par l’armée a largement eu recours à la nudité forcée et l’intimidation sexuelle pour faire taire les voix contestatrices.

Il y a encore l’exemple qu’on connaît bien des Algériennes forcées à se déshabiller et poser nues devant les soldats de l’occupation française qui ont utilisé la nudité forcée et le viol comme arme de guerre. Entre 1954 et 1962, les suspectées sympathisantes du FLN était quasi systématiquement mis à nu pendant les interrogatoires. Les violences sexuelles étaient alors monnaie courante ; un outil de répression parmi tant d’autres. Les témoignages poignants et courageux de Louisette Ighilahrise ou encore Djamila Boupacha attestent de ces pratiques cruelles et barbares.

Dans la première partie de ‘Surveiller et Punir’ Michelle Foucault décrit le corps comme un champ du pouvoir politique. En contestant l’ordre établi, le “criminel” porte atteinte au souverain. Le châtiment physique est donc l’expression de la vengeance du souverain qui s’exprime à travers le contrôle du corps de l’accusé. Il ne s’agit pas là de justice, mais plutôt de punition, dans un duel entre le pouvoir politique et celui qui le défie. C’est dans ce cadre de punition décomplexé qu’il faut voir cet “interrogatoire” subie par nos consœurs au commissariat de Beraki. Un châtiment odieux qui nous montre jusqu’où le régime est prêt à aller pour assurer sa survie.

Cet évènement ne doit absolument pas bénéficier du sentiment d’impunité et de toute-puissance qu’ont longtemps procuré les institutions de l’État. Le pouvoir discrétionnaire absolu de la police, a une redoutable capacité de contamination. À nous de nous mobiliser pour garantir que ces pratiques cessent et que justice soit faite. La résistance doit monter en puissance afin de faire basculer le rapport de forces actuelles. En plus d’occuper l’espace public par millions les vendredis, il nous faut innover et adopter d’autre d’autres moyens de lutte pacifiques pour mettre à pied ce régime despotique. Notre détermination l’emportera.