MAROC
17/07/2019 12h:31 CET

La loi polémique sur la langue d'enseignement adoptée à la majorité en commission

Les militants de l'arabisation accusent les députés de "trahir" leurs électeurs.

Youssef Boudlal / Reuters

PARLEMENT - Après la polémique et les divergences, le vote. C’est hier que le projet de loi cadre relatif au système de l’éducation, de l’enseignement, de la formation et de la recherche scientifique, reporté par la commission parlementaire de l’enseignement, de la culture et de la communication depuis début avril dernier, a été approuvé à la majorité.

Soumis au vote des membres de cette commission, en présence du ministre de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Saaid Amzazi, et du secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur, Khalid Samadi, la majorité des députés a dit oui au projet de loi.

Ainsi, ils ont été 25 membres de cette commission à voter pour, 2 à voter contre alors que 3 ont choisi l’abstention, comme le précise la Chambre des représentants sur son site web et son compte Twitter: 

A présent, c’est en séance plénière que ce projet de loi devra à nouveau être soumis au vote de l’ensemble des députés de la Chambre des représentants avant que la Chambre des conseillers ne prenne la relève comme le veut la procédure. Un vote qui accuse un retard de plus de trois mois, pour le gouvernement qui avait convoqué le 1er avril une session extraordinaire du parlement pour l’adoption de trois projets de loi, dont celui de l’enseignement.

Mais les partis de la majorité n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’adoption de ce projet de loi lorsque le PJD a décidé de se retirer du consensus. Le groupe a émis une réserve sur deux articles, 2 et 31 de ce projet de loi relatifs au processus linguistique dans l’enseignement, c’est-à-dire à l’option langue. Ce texte propose une nouvelle vision d’apprentissage des langues en accordant la priorité aux deux langues officielles: l’arabe et l’amazigh tout en s’ouvrant sur les langues étrangères. Il est question d’instaurer une alternance permettant que des matières scientifiques et techniques soient enseignées en langue étrangère.

Chambre des représentants

“Lorsque nous nous étions mis d’accord sur l’utilisation d’une autre langue, nous n’avions pas précisé laquelle. Mais on nous a accusés d’être des mercenaires de la langue française. Nous ne le sommes pas, ni pour cette langue ni pour une autre”, avait précisé auHuffPost Marocle coordinateur de la majorité et chef du groupe Mouvement populaire (MP) au sein de la Chambre des représentants, Mohamed Moubdii. Ce dernier répondait ainsi aux critiques et accusations portées par la Coalition nationale pour la langue arabe contre les députés, estimant que voter cette alternance représentait “un putsch”. “Comment peut-on se mettre d’accord sur une forme d’alternance alors que la question relève d’un fondement et d’un droit inaliénable? Notre langue a construit notre origine, notre identité, notre évolution”, estimait le président de cette coalition, Fouad Abou Ali. 

Ce dernier a publié une lettre, après le vote du texte hier en commission. “En levant vos mains, vous ne le faisiez pas seulement pour le français mais pour détruire l’espoir que représentaient les partis politiques pour les Marocains”, écrit-il. Et de poursuivre: “Vous avez fait passer un projet de loi décisif sous le soleil de l’été au moment où les Marocains sont occupés par les vacances, par la fin des années scolaires et les fêtes”. 

Pour Abou Ali, les députés ont “pris en otage l’avenir du Maroc par un projet raté, sans légitimité scientifique et sociale visant à imposer le français (...) et transformer l’école marocaine en simple ‘transit’ dans l’attente d’une embarcation vers Paris...”. Véritable réquisitoire, cette lettre accuse, parfois avec sarcasme, les députés de “trahir” leurs électeurs et leurs “principes politiques” au détriment “d’intérêts personnels et électifs”.