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18/04/2019 15h:01 CET | Actualisé 18/04/2019 15h:01 CET

La liberté des Algériens est antérieure à toute Constitution

Reuters

Il est une vérité d’une telle évidence qu’elle aveugle. La Constitution est un document écrit à une date donnée et qui est censé exprimer les Droits des citoyens et leurs relations avec les institutions qu’ils se donnent pour garantir leur sécurité, leur propriété et leur bien-être. Le Droit qui reconnait à la personne humaine, et donc à toute Algérienne et à tout Algérien, les libertés est antérieur à toute Constitution.

Ces libertés sont “imprescriptibles”, c’est-à-dire que personne ne peut les prescrire, les décider. Elles sont naturellement liées à la personne humaine. La qualité d’une Constitution réside dans la capacité à reproduire dans son texte ces libertés et leur exercice garanti. On peut juger de cette qualité par le niveau de fidélité aux droits naturels des Algériens qui ne peuvent constituer une exception dans l’universalité des libertés.

L’aveuglement dont font preuve les “amoureux de l’article 102 de la Constitution” est plus que suspect. Ils sont les premiers à violer les articles de la Constitution qui ne leur conviennent pas et leur “fidélité constitutionnelle” relève de la pure hypocrisie. Le Mouvement populaire du 22 Février est une contestation radicale de tout le régime politique instauré au lendemain de l’Indépendance.

Ceci admis, comment ne pas considérer que la Constitution en vigueur soit un produit de ce régime et que ses dispositions fondamentales ont pour finalité la perpétuation de ce régime autoritaire, hostile aux libertés individuelles. En effet, malgré des concessions opérées dans des amendements survenus à la suite de crises ou d’adaptations à la réalité de l’évolution de l’opinion nationale, le noyau de cette Constitution demeure la limitation des libertés.

Chaque article reconnaissant des libertés renvoie à des lois dont l’élaboration est confiée aux gouvernements et aux parlements dociles et grassement corrompus. Le résultat est que l’exercice de chaque liberté se trouve suspendu à des autorisations administratives quelquefois rédhibitoires. Et les prérogatives des appareils administratifs et répressifs sont démesurément gonflées au point que les articles de la Constitution énonçant les libertés sont réduits au rôle d’une vitrine alléchante d’un commerce de produits contrefaits.

Reconnaitre que le Mouvement populaire du 22 Février marque une négation du régime politique autoritaire implique de ne considérer la Constitution que dans son article 7 qui énonce : “Le peuple est la source de tout pouvoir. La souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple”. Pourquoi ? Parce que c’est le seul article dont on soit sûr qu’il exprime un principe que personne ne peut contester, acquis bien avant l’élaboration des Constitutions, par une lutte libératrice aux sacrifices considérables qui ont déjà valu à notre peuple la reconnaissance et l’admiration internationales.

Aucun texte ne peut remplacer ou conditionner le droit à l’Indépendance nationale. La volonté de millions d’Algériennes et d’Algériens de vivre ensemble dans la liberté et la dignité fonde l’existence de la Nation algérienne. C’est cette même volonté qui a rejeté le rapport de vassalité instauré par la colonisation.

Dans la continuation de cette affirmation nationale, les Algériennes et les Algériens s’expriment dans un mouvement pacifique massif sans équivalent dans notre histoire pour la souveraineté populaire. Si une Constitution en exprime le principe, c’est tant mieux. Mais en aucun cas ce principe fondateur ne peut être subordonné à son écriture dans un document aussi appelé solennellement “Constitution de la République algérienne démocratique et populaire”.

Si ce texte sert de prétexte à l’autoritarisme, à la négation de la souveraineté du peuple, il relève de la contrefaçon. Alors, aujourd’hui on peut distinguer les partisans de l’éradication du régime politique autoritaire et contraire aux libertés individuelles par la reconnaissance de la prédominance absolue du seul article 7 de la Constitution. C’est le principe, le fondement à la sortie de la crise politique qui résulte des entraves et oppositions des institutions, ces appareils artificiels, à la volonté massivement exprimée de la fin du régime autoritaire et du despotisme.

Le choix est clair : Le peuple ou les institutions ? Le but ou les moyens hostiles au but ? La Constitution et les institutions doivent se conformer au but qui est de garantir les libertés et l’Etat de droit. Mais quand la Constitution a pour finalité la domination du peuple par les institutions, s’accrocher à la sauvegarde des institutions, c’est sacrifier le peuple et les idéaux de liberté et de démocratie. Le choix de l’article 7 de la Constitution est la voie qui ouvre l’espoir pour la construction d’un Etat de droit garantissant l’exercice réel des libertés individuelles.