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31/10/2014 14h:50 CET | Actualisé 31/12/2014 06h:12 CET

La laïcité: Voie de salut et de progrès?

LAÏCITÉ - Avec la victoire du parti politique "Nida Tounes" en Tunisie, dont le référentiel politique prône la laïcité, on ne peut qu'être interpellé sur cette inflexion majeure du paysage politique tunisien, et ses éventuelles répercussions sur la revendication laïque au Maroc.

LAÏCITÉ - Avec la victoire du parti politique "Nida Tounes" en Tunisie, dont le référentiel politique prône la laïcité, on ne peut qu'être interpellé sur cette inflexion majeure du paysage politique tunisien, et ses éventuelles répercussions sur la revendication laïque au Maroc.

En effet, une frange minoritaire de la société marocaine, en évolution constante, au fur et à mesure que la compréhension de la laïcité avance, milite ardemment pour que nous nous donnions les moyens en adhérant aux valeurs cardinales de la laïcité (que je retrouve avec une lecture ouverte, moderne, et éclairée, des textes musulmans). Ces moyens sont le socle de valeurs fondamentales qui doit présider à l'épanouissement des sociétés, et à l'optimisation de leur potentiel humain.

Adhérer à ces valeurs pourrait donner à nos sociétés une chance de transcender les carcans et les blocages qui affectent et hypothèquent leur avenir depuis des décennies.

Il me semble opportun de rappeler brièvement que la laïcité n'est en aucun cas une forme d'athéisme ou de rejet de la religion, comme le prétendent certains. Il faut effectivement d'emblée lever cet amalgame, que je qualifierai d'intellectuellement malhonnête, une fois pour toutes.

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La laïcité est une façon d'appréhender la gestion des affaires de la cité, de la politique, en faisant un distinguo très clair entre ce qui relève du temporel et ce qui relève du cultuel.

Cette acception de la laïcité peut à mon sens parfaitement accommoder que l'Islam soit religion d'Etat, comme cela est spécifié dans la constitution, car nous sommes un pays à très grande majorité musulmane. Mais dans le projet laïc, il est fondamental de distinguer entre les normes et les valeurs.

L'Islam n'a pas formellement prévu d'organe d'intercession, rôle que joue le clergé dans la religion catholique. Ainsi, le rôle d'autorité religieuse suprême que représente la commanderie des croyants, incarnée par le Roi, est fondamental et incontournable, pour encadrer la vie spirituelle de la nation. De plus la laïcité n'est, à mon sens, pas antinomique avec la commanderie des croyants et, bien au contraire, elle permet de protéger et renforcer les croyants, la religion, et par ricochet les institutions, en évitant de laisser cet élément important de notre société aux mains "d'apprentis sorciers" autoproclamés et dangereux, dont les agendas cachés n'ont souvent rien à voir avec la promotion des valeurs véritables de notre religion.

Ceci dit, le projet laïque est et restera un projet foncièrement moral, un projet social, un projet collectif, un projet de valeurs avec un sens profond: démocratie participative, projet social commun, etc. Qui dit laïcité, dit aussi liberté de choix, sans entraves. Pour libérer les énergies créatrices et pour permettre le dépassement intellectuel et culturel d'une nation, il lui faut des femmes et des hommes libres.

Il est certain que nous sommes un pays de civilisation et de tradition musulmane, mais il n'en demeure pas moins que la séparation de la société civile et de la religion est plus que jamais nécessaire. En effet, Il est crucial de séparer le domaine public, où s'exerce pleinement la citoyenneté, et la sphère privée, où s'exercent les libertés individuelles (de pensée, de conscience, de conviction).

Tout en étant convaincu que la foi a des implications sociales et politiques, je suis tout autant convaincu que nous avons besoin de citoyens participant aux débats de société dans les domaines éthiques, sociaux, économiques, culturels, et qui ne réduisent pas leurs activités au seul champ spirituel.

La société a également besoin de ses membres engagés dans une pratique religieuse, aussi légitime que saine, sans "confessionnalisation" du politique, mais qui assument simplement leur engagement religieux. La laïcité garantit à tout individu le droit d'adhérer à une conviction, éventuellement d'en changer, ou encore de n'adhérer à aucune.

La laïcité va également au delà de la notion de tolérance. Cette notion fondamentale de tolérance a pour prémices évidents, quelqu'un qui tolère et que quelqu'un est toléré.

Les laïques proposent mieux: les lois que le peuple adopte démocratiquement sont valables pour tous les citoyens sans exclusive. La citoyenneté étant aveugle aux différences, une minorité ne peut être traitée différemment de la majorité.

Au titre de la tolérance, la liberté de culte est une réalité depuis des siècles avec la coexistence pacifique qui a toujours existé avec nos compatriotes de confession hébraïque. Ainsi, culturellement les Marocains ont appris à vivre avec l'autre et même si nous avons noté des raidissements ces dernières années, du fait de plusieurs manipulations à desseins politiques, il est essentiel d'œuvrer pour maintenir cette autre spécificité marocaine.

La croyance fait partie de la vie de tous les Marocains. Qui donc oserait prétendre les encourager à s'en débarrasser? On peut être laïque et respecter toutes les croyances. Les laïques croient à la possibilité de vivre harmonieusement avec les autres, dans le respect de leurs différences

Pour avancer et pour que notre pays occupe la place que devrait lui revenir, il est donc plus judicieux d'arriver à un consensus national sur nos raisons de vivre profondes, et sur les grandes questions éthiques et politiques. A travers une coexistence consensuelle, suscitant l'adhésion du plus grand nombre, une société apaisée de ses tensions, et de ses démons destructeurs, ne peut qu'évoluer vers un développement harmonieux et durable.

Les Tunisiens ont compris que le salut de leur société pourrait venir de ceux qui prônent la laïcité avec le concours constructif d'autres tendances de la société. Le chemin sera encore long et sans aucun doute difficile, mais la voie se précise graduellement.

L'avenir de nos sociétés passe non seulement par une vie spirituelle personnelle riche et apaisante, mais aussi par une gestion de la vie de la cité et de la politique collective basée sur un socle idéologique avec des notions et valeurs permettant l'épanouissement et la participation de tous à la réussite du projet collectif que nous nous serons librement choisi.

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