ALGÉRIE
04/06/2018 12h:05 CET | Actualisé 04/06/2018 19h:10 CET

A la coupe du monde de foot des “farfelus”, la Kabylie joue et perd

La CONIFA a été créée en 2013 et cette année est la première fois où une équipe représentant “la Kabylie” y joue.

CONIFA

La coupe du monde de football de la très sérieuse FIFA démarre dans quelques jours à Moscou mais il y a une autre coupe du monde de foot qui a déjà commencé, le 31 mai dernier, et qui se joue actuellement à Londres.

C’est la coupe du monde de football de la “CONIFA” - Confédération des associations de football indépendantes - qui a pour moto d’être la “fédération de football pour toutes les associations en dehors de la FIFA”.

La CONIFA se présente comme “une organisation mondiale à but non lucratif qui soutient les représentants des équipes de football internationales de nations, de nations de facto, de régions, de peuples minoritaires et de territoires isolés”.

Elle accueille donc à bras ouverts tous ceux qui le souhaitent.

Cette coupe n’intéresse que très peu les médias, probablement parce qu’elle semble être la création d’immigrés originaires du monde entier et vivant au Royaume-Uni, des amateurs de foot qui veulent jouer, sans trop se prendre au sérieux, avec un maillot représentant plus que leur “appartenance nationale”, leur “spécificité culturelle”.

L’hymne de cette coupe CONIFA, cette année, est d’ailleurs un chef-d’oeuvre d’autodérision qui, par ricochet, moque gentiment la solennité pesante de la FIFA. 

 

Parmi ces équipes, il y a par exemple l’équipe de Barawa qui organise le tournoi cette année, à Londres.

Qui est l’équipe Barawa? C’est celle des “Somaliens de la diaspora” qui se sont choisi pour nom celui du port somalien Brava.

Il y a Zanzibar, le Tibet, le Penjab mais aussi une équipe venue de l’obscure région de Cascadia.

Qui est l’équipe de Cascadia? Celle d’un groupe de citoyens américains et canadiens qui ont décidé que la région du nord-est des Etats-Unis et du Canada, qui comprend l’Orégon, l’Etat de Washington et jusqu’à Vancouver, est une région à spécificité culturelle unique.

Jusqu’à nouvel ordre, les fans de l’idée de Cascadia n’ont exprimé aucune velléité indépendantiste, et toutes les équipes qui jouent à la coupe de la CONIFA ne sont pas forcément animées par des motivations politiques.

D’ailleurs, la CONIFA prend soin d’expliquer sur son site que la politique ne l’intéresse nullement, seul l’anime le désir de “rassembler des gens venus des quatre coins de la planète” pour jouer au foot:

“L’une des raisons essentielles à l’existence de la CONIFA est, au-delà du football, celle de rassembler les peuples de partout. Nous faisons cela en laissant entièrement de côté la politique. Nous ne jugeons pas si nos membres méritent l’indépendance politique ou non, nous sommes à 100% politiquement neutres”.

La CONIFA a été créée en 2013 et cette année est la première fois où une équipe représentant “la Kabylie” y joue.

 

 

L’arrivée de la Kabylie en royaume de CONIFA semble avoir fait souffler un vent de sérieux et même de gravité sur ce tournoi.

Son fondateur, Aksel Bellabaci, affirme avoir été interpellé par la police algérienne qui aurait tenté, pendant des heures, de le dissuader de participer à la coupe du monde de la CONIFA. 

Usant tantôt de menaces et pressions, tantôt de stratégies pour l’amadouer, la police algérienne n’aurait pas réussi à briser la volonté de Ballabaci qui a finalement été libéré. 

Aksel Bellabaci affirme également avoir été mandaté par le leader du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, Ferhat Mehenni, pour aller en Algérie chercher des jeunes joueurs pour participer à cette coupe du monde alternative.

Ferhat Mehenni se trouve en France, chanteur et homme politique, il se présente comme le “président” du “gouvernement provisoire kabyle”.  

Malgré les pressions et les embûches donc, la Kabylie était présente à Londres, elle a joué dans le groupe D: contre le Penjab, les Coréens unis du Japon et l’Arménie de l’Ouest. 

 

CONIFA

L’un des joueurs, dont les noms ont été gardés secrets jusqu’à la dernière minute, avait affirmé à un journaliste français qu’il était “convaincu que le foot est une arme puissante et qu’on peut gagner notre indépendance avec nos pieds”. 

Nous n’en sommes pas encore là, semble-t-il.

L’équipe de la Kabylie a été éliminée hier soir, elle n’ira pas aux huitièmes de finale. Elle a perdu 8 à 0 contre les Penjabis, fait match nul contre les Coréens unis du Japon et perdu encore 4 à 0 contre les Arméniens de l’Ouest. 

La police algérienne, qui semble tout aussi cruellement manquer d’humour, peut souffler.