MAROC
06/09/2019 10h:14 CET | Actualisé 06/09/2019 11h:01 CET

La journaliste Hajar Raissouni va porter plainte pour torture

Elle dénonce une "manipulation politique".

Hajar Raissouni/Facebook
Hajar Raissouni

JUSTICE - La journaliste d’Akhbar Al Yaoum Hajar Raissouni, arrêtée le 31 août pour “avortement illégal” et “relations sexuelles hors mariage”, va porter plainte contre la police pour torture ”à la suite de l’examen médical forcé qu’elle a subi pour la forcer à avouer des actes qu’elle n’a pas commis”, annonce sa défense dans un communiqué envoyé jeudi 5 septembre.

Maître Mohamed Sadkou, avocat au barreau de Rabat qui défend la journaliste, a annoncé que, suite à la demande de la famille de cette dernière, “il déposera plainte après étude du dossier contre la police pour torture et traitement inhumain, cruel et dégradant sur sa cliente”, poursuit le communiqué.

“Violation de son intégrité physique et morale”

Toujours selon la défense de Hajar Raissouni, alors que dans sa déposition à la police “la journaliste nie les accusations portées contre elle, le bulletin de consultation - légalement sans valeur - rédigé par le médecin rend compte à la fois des aveux que souhaitait obtenir la police et de la réalité de l’examen physique qu’elle a subi sans son consentement”.

“L’examen médical imposé de force à ma cliente Hajar Raissouni est une violation directe de son intégrité physique et morale. L’objectif de ce traitement inhumain, cruel et dégradant était de la contraindre à faire des aveux. C’est la définition même de la torture. Et c’est une violence particulièrement sournoise car elle a ciblé ma cliente dans sa féminité”, explique Me Mohamed Sadkou dans le communiqué.

Hajar Raissoui a été arrêtée samedi 31 août par la police alors qu’elle quittait le cabinet de son gynécologue à Rabat “où elle s’était rendue d’urgence pour une hémorragie”, affirme sa défense. “Elle a par la suite été menée par la police au CHU de Rabat où elle a subi, contre son gré et en dehors de toute procédure légale, une ‘contre-expertise’ médicale d’une extreme violence afin de lui faire avouer des actes qui relèvent de sa vie privée et qu’elle n’a en l’occurence pas commis.” Selon le contre-examen médical diligenté par la police, que le HuffPost Maroc a choisi de ne pas divulguer par respect pour sa vie privée, la jeune femme aurait subi un avortement.

Une affaire politique?

Selon la jeune femme, son arrestation est avant tout “une affaire politique qui vise à la punir de ses articles sur le Hirak (le mouvement de contestation dans le Rif, ndlr), et à intimider son oncle Soulaymane Raissouni, militant des droits de l’homme et journaliste d’Akhbar Al Yaoum”. Sa défense rapporte que la journaliste a été interrogée sur des éléments de l’affaire Taoufik Bouachrine (ex directeur de publication d’Akhbar Al Yaoum, condamné à douze ans de prison pour, entre autres, “abus de pouvoir à des fins sexuelles”), ainsi que sur les récentes publications de son oncle, connu pour son ton critique envers les autorités marocaines. 

Selon son oncle, sa nièce “est une journaliste courageuse qui traite des sujets qui fâchent et que les autorités veulent faire taire. C’est une fausse affaire de mœurs et une vraie affaire politique: les questions qu’ils lui ont posées n’ont rien à voir avec l’avortement. C’est la presse indépendante qui est encore attaquée ici”, estime-t-il dans le communiqué. Pour la défense de la journaliste, cette affaire “soulève bien d’autres questions que celle du droit à l’avortement et notamment celle de la liberté de la presse et de l’indépendance de la justice au Maroc”. 

Pour le procureur du roi, l’arrestation “n’a rien à voir avec sa profession”

Hier, le procureur du roi près le tribunal de première instance de Rabat, devant lequel a comparu la journaliste suite à son arrestation, a cependant nié, dans un communiqué, le caractère politique de cette affaire. L’arrestation de la journaliste “n’a rien à voir avec sa profession”, a affirmé le procureur du roi. “Elle est due à sa visite dans une clinique qui a été contrôlée principalement sur la base d’informations obtenues par la police judiciaire sur la pratique habituelle d’avortements”, continue-t-il.

“L’enquête en question n’a rien à voir avec la profession de journaliste, mais concerne des actes constituant des infractions pénales au regard du droit pénal, à savoir la pratique de l’avortement, l’acceptation et la participation à des avortements par des tiers et la corruption conformément aux articles 444, 450, 454, 490 et 129 du Code pénal”.

Face aux accusations “d’avortement illégal” et de “relations sexuelles hors mariage”, Hajar Raissouni risque deux ans de prison ferme, rappelle sa défense.